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La France, pionnière européenne du recyclage des bateaux de plaisance

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Par Margaux Racaniere  avec afp
Une épave en train d'être embarquée par la société recycleurs breton, une des 26 agréées pour la destruction des bateaux de plaisance
Une épave en train d'être embarquée par la société recycleurs breton, une des 26 agréées pour la destruction des bateaux de plaisance   -   Tous droits réservés  AFP   -  

Que faire avec un bateau de plaisance en fin de vie ? Pour beaucoup la solution a longtemps été d'abandonner l'épave dans la nature, et tant pis pour le paysage et la pollution. Dans les vasières de la rade de Brest, dans l'ouest de la France, des déchets maritimes menacent les espaces naturels protégés.

"On est sur des épaves principalement avec des coques plastiques en polyester, qui en se dégradant vont créer des débris, des micro-plastiques qui vont aller se nicher dans l'environnement et se stocker notamment dans les sédiments marins" précise Nazaré Das Neves Bicho, chargée de mission au Parc naturel d'Armorique. Elle alerte également sur la toxicité des peintures et de l'antifouling, des batteries ou des éventuels restes de carburant présents dans les embarcations.

Au total, depuis 2020 près de 300 bateaux ont été identifiés sur la rade de Brest que les propriétaires doivent récupérer sous peine de payer une amende de 1 500 euros pour occupation illégale du domaine public maritime. Un coup de pression qui semble porter ses fruits. D'après la direction départementale des territoires et de la mer du Finistère, seules 25 épaves n'ont pas encore été récupérées en rade de Brest.

La destruction des bateaux de plaisance, un domaine réglementé

Cette opération de nettoyage a été facilitée par la loi de 2015 sur la transition écologique, qui a instauré depuis 2019 une filière de déconstruction des bateaux de plaisance, l'APER. La déconstruction est financée intégralement par les vendeurs de bateaux neufs. Seul le déplacement du bateau jusqu'au centre de destruction est aux frais du propriétaire.

L'Association pour la plaisance éco-responsable (APER) estime qu'elle atteindra les 5 000 bateaux déconstruits dans les prochains mois : "Il y a eu vraiment un bond des déconstructions avec la mise en place de l'APER. explique Lucas Debièvre, responsable du développement à l'APER. "Bien sûr parce qu'on finance la déconstruction et du coup ça a plu à beaucoup de collectivités, de particuliers, de professionnels, mais aussi parce qu'on essaye de changer un petit peu les consciences sur la question des bateaux en fin de vie et de la nécessité de les déconstruire et de les recycler proprement", souligne-t-il, en suivant du regard le vieux voilier à la coque défranchie qui vient d'être arraché du sol par une grue des Recycleurs bretons, l'un des 26 centres de déconstruction agréés en France.

Un modèle unique en Europe

Les prix de tout nouveau bateau de plaisance sur le marché français comporte une éco-contribution qui permet de financer le recyclage des bateaux. Un modèle encore unique en Europe. En Suède par exemple, la destruction de 500 bateaux de plaisance a été financée par l'Etat. En Norvège, des entreprises privées expérimentent différentes méthodes de recyclage pour transformer les épaves en équipements urbains.

"On est pris pour exemple dans pas mal de pays européens, renchérit Lucas Debièvre, On a donné des petites visio-conférences en Espagne ou en Italie, qui souhaitent mettre en place aussi des filières similaires de responsabilité élargie des producteurs."

Il y a actuellement près de 6 millions de bateaux de plaisance dans l'Union Européenne d'après une étude de 2017. Chaque année, entre 60 et 120 000 (1 à 2% de la flotte totale) cessent de d'être en état de naviguer et nécessitent d'être recyclés. L'Union européenne a déjà tenté de s'atteler au chantier des bateaux de plaisance avec le projet Boatcycle, entre 2010 et 2012 qui a posé des lignes directrices pour la construction de bateaux de manière plus durable, ainsi que des instructions pour le démantèlement et le recyclage des bateaux en fin de vie, et Boat DIGEST entre 2013 et 2015 qui fournit une formation et une accréditation pour le démantèlement des bateaux. Mais contrairement à la loi française de 2015, ces projets ne font pas porter le coût du recyclage sur les metteurs de marché, c'est-à-dire les constructeurs et les importateurs.