La vie souterraine des enfants ukrainiens

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Par Anelise Borges  & Euronews
Alina et Christina on passé l'essentiel des trois derniers mois sous terre
Alina et Christina on passé l'essentiel des trois derniers mois sous terre   -   Tous droits réservés  Euronews

Comme beaucoup d'enfants ukrainiens, Alina et Christina ont passé l'essentiel des trois derniers mois dans leur cave, à cause de l'intensité des bombardements russes sur la ville de Mykolaïv, au Sud du pays. Alina a onze ans, elle raconte sa vie quotidienne rythmée par les bombes : "Je me réveille et je me brosse les dents. Ensuite, je prends mon petit-déjeuner puis je m'installe pour les leçons en ligne. Après l'école, je me repose un peu puis je déjeune. Ensuite, on joue dans la rue. Quand les sirènes se déclenchent ou que les bombes arrivent, nous jouons dans la cave. Au moment où ils bombardent, maman descend. Papa reste là-haut. Mais si ce sont de très gros bombardements, alors il descend aussi. Dans ces moments, je souhaite seulement ne pas être touchée."

Quand les sirènes se déclenchent ou que les bombes arrivent, nous jouons dans la cave. Au moment où ils bombardent, maman descend. Si ce sont de très gros bombardements, papa descend aussi. Dans ces moments, je souhaite seulement ne pas être touchée
Alina
Ukrainienne de onze ans vivant à Mykolaïv

Dans les régions d'Ukraine pilonnées ou envahies par l'armée russe, la vie quotidienne des habitants est dévastée. Et comme c'est souvent le cas dans les conflits armés, les enfants souffrent particulièrement, explique Joe English, le porte-parole de l'Unicef : "Dans les cas les plus graves, les enfants ont été directement exposés à la violence, à des semaines de bombardements, à la vie souterraine, dans des abris... Cela peut créer des syndromes de stress post-traumatique".

Plus de la moitié des déplacés ukrainiens ont des enfants, selon l'Unicef

Les déplacements massifs de populations exposent les enfants à la traite d'êtres humains et à l’exploitation sexuelle. Plus de deux cents enfants sont morts depuis le début de la guerre.

Le Dr. Jack Shonkoff travaille au Centre du Développement de l'Enfant de l'Université d'Harvard.Pour lui, les enfants porteront les cicatrices de ce conflit d’une manière ou d’une autre, jusqu’à l’âge adulte. "Les problèmes mentaux sont extrêmement importants mais il y a aussi des problèmes de santé physique, qui apparaîtront plus tard", résume-t-il. "Quand le système de stress est activé alors les niveaux d’hormones de stress augmentent dans notre sang, notre fréquence cardiaque s'accélère, notre pression artérielle monte, notre système immunitaire est activé.... Notre taux de sucre dans le sang augmente, apportant de l’énergie à notre cerveau pour qu’il pense plus clairement et à nos muscles pour se battre ou courir. Si ces systèmes ne reviennent pas à un niveau normal, il commence à y avoir un effet de déchirure sur certaines parties du cerveau, ce qui peut affecter le comportement et l'état mental. Cela affecte aussi les systèmes cardiovasculaire, immunitaire et  métabolique, à cause d'un effet d’usure."

Les problèmes mentaux sont extrêmement importants mais il y a aussi des problèmes de santé physique, qui apparaîtront plus tard
Jack Shonkoff
Chercheur au Centre de Développement de l'Enfant à Harvard

Les Ukrainiens plongés au milieu de la guerre n'ont pas la possibilité de réfléchir aux conséquences lointaines de ce qu'ils subissent en ce moment. "Qu'est-ce que je pourrais prévoir aujourd'hui ? Ils peuvent nous bombarder, cela ne sert à rien de réfléchir au futur. Une fusée arrive, et nous cessons d'exister. Nous vivons au jour le jour" conclut le père d'Alina.

Depuis le début de la guerre, environ deux cents enfants ukrainiens ont été tués.