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Attentats du 13 Novembre : 8 dates marquantes d'un procès historique

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Par Olivier Peguy  avec AFP, AP
Protagonistes du procès des attentats du 13-Novembre à Paris - Archives
Protagonistes du procès des attentats du 13-Novembre à Paris - Archives   -   Tous droits réservés  AFP

Dans le procès des attentats du 13 novembre 2015, le verdict doit être prononcé ce mercredi soir.

S'achèvera ainsi un procès historique, qui aura duré 10 mois.

Voici 8 dates marquantes de ce procès-fleuve.

Jour 1 - Ouverture du procès - 8 septembre 2021

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Salah Abdeslam, principal accusé du procès des attentats du 13 Novembre / Paris, le 08/09/2021BENOIT PEYRUCQ/AFP or licensors

Six ans après les faits s'ouvre le procès des attentats du 13 Novembre. Un procès historique destiné à faire la lumière sur ce qui s'est passé le 13 novembre 2015, les attaques à St-Denis et Paris qui ont fait 130 morts et 350 blessés. Ce sont les attentats djihadistes les plus sanglants jamais commis en France. Près de 1800 parties civiles se sont constituées pour ce procès.

Ce procès se déroule sous très haute surveillance. 

Les audiences se déroulent dans une salle construite spécialement pour l'occasion dans l'ancien palais de justice de Paris. A l'ouverture, les experts estiment que ce procès devrait durer près de neuf mois, une durée sans précédent pour une audience criminelle en France. Il durera en fait 10 mois.

La cour d'assises spéciale doit juger vingt accusés, soupçonnés d'être impliqués à divers degrés dans la préparation des attaques. Parmi ces accusés, Salah Abdeslam, seul membre du commando encore en vie.

Conduit de la prison de haute sécurité de Fleury-Mérogis, il déclare à l'ouverture du procès qu'il est un "combattant de l'Etat islamique".

Jour 10 - Témoignage du premier policier arrivé au Bataclan - 22 septembre 2021

Dès les premières semaines, les premiers témoins défilent à la barre, donnant une vue d'ensemble de la tentaculaire enquête franco-belge et des premiers éléments recueillis sur les neuf scènes de crime des attentats.

Une journée est particulièrement émouvante : le 22 septembre. Le premier policier arrivé au Bataclan quelques minutes après le début de l'attaque, témoigne anonymement mercredi. Il a fait revivre sa terrifiante progression dans l'édifice, la vue des nombreux cadavres, les tirs contre les terroristes, l'évacuation des blessés...

Kamil Zihnioglu/AP
Un des policiers déployés aux abords du Bataclan, à Paris, le 13/11/2015Kamil Zihnioglu/AP

Comme le dit l'un des avocats des parties civiles, il fait partie de ces "héros" qui se sont illustrés ce soir-là pour venir en aide aux victimes.

Jour 42 - L'ancien président François Hollande à la barre - 10 novembre 2021

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l'ex-président François Hollande témoigne au procès des attentats du 13 Novembre / Paris, le 10/11/2022BENOIT PEYRUCQ/AFP or licensors

Son récit était très attendu par les familles de victimes : François Hollande était appelé à témoigner par l'association de victimes LifeforParis. L'ancien chef de l'Etat a raconté "son" 13 novembre 2015.

A la barre, ce mercredi 10 novembre, il détaille les décisions prises "lors de cette nuit funeste", mais aussi celles des mois qui l'ont précédée et suivie. Dans la salle d'audience comble de la cour d'assises spéciale, il justifie sa politique étrangère au Moyen-Orient et répond aux polémiques.

Comme en réponse aux accusations lancées par les terroristes, il indique que le commando qui a frappé Paris cette nuit-là s'était organisé bien avant les frappes en Syrie qui n'étaient intervenues que le 27 septembre.

C'est la première fois qu'un ancien chef de l'Etat témoigne aux assises. 

Jour 63 - le Covid et le procès - 4 janvier 2022

Fin décembre, le principal accusé Salah Abdeslam est testé positif au Covid-19, présentant des symptômes du coronavirus. 

Le procès, suspendu le 17 décembre pour les fêtes de fin d'année, est censé reprendre le 4 janvier. Mais le Covid-19 bouleverse le déroulement des audiences. "J'espère qu'on finira ce procès en 2022 !", lance le président du tribunal, Jean-Louis Périès.

Au total, six des onze accusés comparaissant détenus, serrés dans le box, ont été atteints par le Covid, obligeant à chaque fois à suspendre les audiences.

Le Covid n'a pas touché que le box des accusés. Les trois avocats généraux l'ont contracté, l'un d'eux lors des explications très attendues de Salah Abdeslam sur sa soirée du 13-Novembre. Loin de la salle, il a envoyé ses questions par messages à ses collègues.

Le procès qui devait initialement se terminer fin mai, s'achèvera en fait fin juin.

Jour 113 - Salah Abdeslam a présenté ses "excuses" aux victimes - 15 avril 2022

Il était resté silencieux durant des années. Son procès lui offre l'occasion de s'exprimer. Et chaque déclaration de Salah Abdeslam est décortiquée, analysée. Veut-il se dédouaner ? Veut-il apparaître malgré tout comme un caïd vis-à-vis de ses co-accusés ? Pourquoi a-t-il renoncé à faire exploser sa ceinture explosive ?

En tout cas, le 15 avril, au terme de son dernier interrogatoire, il présente ses "excuses" aux victimes des attentats.

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Trois des accusés du procès des attentats du 13 Novembre (dont Salah Abdeslam, à dr.) / Paris, le 10/06/2022BENOIT PEYRUCQ/AFP or licensors

"Je veux présenter mes condoléances et mes excuses à toutes les victimes", a déclaré depuis le box le Français de 32 ans, des larmes sur les joues. "Je sais que la haine subsiste (...) je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération".

Jour 122 - "You can’t kill rock’n’roll" - 17 mai 2022

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Le chanteur du groupe Eagles of Death Metal, lors du procès des attentats du 13 Novembre / Paris, le 17/05/2022Christophe Ena/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved.

"Ces événements ont changé ma vie à jamais". Voici les mots de Jesse Hughes, chanteur du groupe de rock américain Eagles of Death Metal, qui se produisait au Bataclan le soir de l'attaque djihadiste du 13 novembre 2015.

Il était auditionné le mardi 17 mai par la cour d'assises spéciale de Paris, dans le cadre du procès des attentats.

D'une voix forte et claire, Jesse Hughes a rappelé comment, "au milieu du concert", il a entendu des tirs. "Venant d'une communauté désertique en Floride, je connais le son des armes. J'ai reconnu que c'était des tirs", dit-il, "je savais ce qui allait arriver, je sentais la mort se rapprocher de moi".

Avec émotion, il a aussi évoqué sa difficile reconstruction et son sentiment de culpabilité, alors que 90 personnes venues voir son concert ont été tuées ce soir-là. "Je pense aux familles des victimes tous les jours", ajoute-t-il.

Jesse Hughes a toutefois assuré avoir "pardonné" aux "pauvres âmes qui ont commis ces actes". Et de conclure : "You can’t kill rock’n’roll" ("Vous ne pouvez pas tuer le rock'n'roll").

Jour 137 - Fin des réquisitoires - 10 juin 2022

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Les avocats généraux Nicolas Le Bris, Camille Hennetier et Nicolas Braconnay lors des réquisitoires / Paris, le 08/06/2022BENOIT PEYRUCQ/AFP or licensors

Entre le 8 et le 10 juin, les trois avocats généraux ont avancé les arguments sur la culpabilité des accusés. Et de finir leurs réquisitoires par les peines réclamées pour chacun.

Ils requièrent des peines allant de 5 ans d'emprisonnement à la perpétuité incompressible à l'encontre des 20 accusés.

Le ministère public a réclamé les peines les plus lourdes contre Salah Abdeslam (la perpétuité avec une période de sûreté incompressible) ainsi qu'à l'encontre de deux hauts cadres de l'État islamique, présumés morts en zone irako-syrienne et jugés en leur absence. Il a également requis la perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans contre le Belge Mohammed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles.

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ainsi demandé la "perpétuité réelle", une sanction rarissime, à l'encontre de Salah Abdeslam. C'est  la peine la plus lourde du code pénal. Le ministère public estime que Salah Abdeslam est "resté fidèle jusqu'au bout à son idéologie" et n'avait jamais exprimé "le moindre remords". 

Jour 147 - Fin des plaidoiries de la défense - 24 juin 2022

Thibault Camus/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
Me Olivia Ronen, avocate de Salah Abdeslam / Paris, le 08/09/2021Thibault Camus/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.

Le 24 juin, Me Olivia Ronen, l'une des deux avocates de Salah Abdeslam achève sa longue plaidoirie en faveur de son client, et boucle ainsi les deux semaines consacrées à la défense de accusés.

La jeune pénaliste lance à la cour : "Je ne vous demande pas du courage. Je vous demande d'appliquer le droit avec toute la rigueur que votre conscience exige".

Salah Abdeslam n'est "pas un psychopathe" et ne doit pas être condamné à "une peine de mort sociale". Au procès des attentats du 13-Novembre, la défense du seul membre encore en vie des commandos a plaidé vendredi pour lui éviter la prison à vie.

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a requis à l'encontre du Français de 32 ans la peine la plus lourde du code pénal : la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, qui rend très infime la possibilité d'une libération.

Cette peine n'a été prononcée que quatre fois pour des crimes commis sur des mineurs par des hommes tous reconnus "psychopathes au sens psychiatrique du terme", relève Me Olivia Ronen, l'une des avocates de Salah Abdeslam.

Ce dernier n'est "ni psychopathe ni sociopathe", il n'est qu'un "exécutant déserteur" qui n'a "pas tué", insiste la pénaliste.

Le verdict du procès est censé être rendu ce mercredi 29 juin, en fin de journée.