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Ces États européens où l'avortement est (encore) restreint, illégal ou tabou

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Par euronews
Des manifestants demandant que le droit à l'avortement soit protégé par la Constitution en France, Paris, 2 juillet 2022.
Des manifestants demandant que le droit à l'avortement soit protégé par la Constitution en France, Paris, 2 juillet 2022.   -   Tous droits réservés  AFP

La remise en cause du droit à l'avortement aux États-Unis résonne douloureusement avec le parcours de femmes en Irlande du Nord, où luttes politiques et manque de financement rendent toujours difficile l'accès à l'IVG.

L'avortement a été décriminalisé en 2019 dans la province britannique au conservatisme très ancré alors qu'il était autorisé depuis 42 ans, jusqu'à 24 semaines de grossesse dans le reste du Royaume-Uni.

Mais malgré sa consécration récente dans le droit nord-irlandais, manque de moyens et batailles politiques font que certaines femmes n'ont parfois pas d'autre choix que de se rendre en Grande-Bretagne pour mettre fin à leur grossesse.

Après dix semaines de grossesse, il n'existe aucune option pour avorter en Irlande du Nord, qui ne possède aucun service d'IVG chirurgicale. L'année dernière, 161 femmes ont ainsi traversé la mer d'Irlande pour se rendre en Angleterre ou au pays de Galles pour avorter, selon des chiffres publiés le mois dernier par le gouvernement britannique.

L'avortement, encore un tabou en Irlande du Nord

Devoir voyager pour avorter est déjà une réalité en Irlande du Nord, rappellent les organisations de défense des droits humains.

Or, "les avortements tardifs sont les plus complexes, donc ce sont les femmes qui devraient le moins bouger qui doivent se déplacer", dénonce Naomi Connor, co-organisatrice de la campagne Alliance for Choice.

Certaines femmes victimes de violences à la maison n'osent pas voyager, "trop anxieuses que quelqu'un s'en rende compte", ajoute Mme Connor.

En raison d'un conservatisme religieux marqué tant chez les protestants que chez les catholiques, l'avortement est encore tabou dans certaines régions, notamment rurales, d'Irlande du Nord.

C'est aussi le cas en République d'Irlande où l'avortement a seulement été rendu possible en 2018 à la suite d'un référendum.

Ces États européens où l'avortement est strictement interdit

  • Malte

Un seul pays de l'Union européen interdit strictement l’avortement : il s'agit de l'archipel de Malte, connu pour son conservatisme. 

Ici aussi, l’IVG est un sujet tellement tabou que celles qui y ont recours à l‘étranger préfèrent cacher leur démarche à leurs proches. Rares sont les femmes concernées qui acceptent de témoigner.

Une femme qui interrompt sa grossesse risque entre 18 mois et trois années de prison. Depuis les années 2000, trois femmes ont été condamnées, sans peine de prison. Ce pays, de tradition catholique, n’a par exemple autorisé le divorce qu’en 2011. Le mariage de personnes de mêmes sexes et l’adoption à tous les couples ont été votés en 2017. 

  • Andorre

Dans le micro-État d'Andorre, l'IVG est interdite, y compris en cas d'inceste, de viol, d'anomalie grave du fœtus ou de danger pour la vie de la mère.

Le droit à l'avortement est rigoureusement interdit par l'article 8 de la Constitution du pays. Ici, les femmes qui pratiquant l'IVG sont punies de six mois d'emprisonnement, alors que la personne qui réalise l'acte risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement. De plus si cette personne est professionnelle de santé, elle est interdite d'exercer pendant cinq ans.

Tous les ans, environ 120 femmes andorranes vont avorter en Catalogne ou en France. 

Depuis quelques années, il y a une mobilisation pour demander la légalisation de l'avortement, ou au moins sa dépénalisation. Mais pour cela il est nécessaire de réformer la constitution. 

  • Vatican

Sans surprise, le Vatican aussi interdit strictement l'avortement. 

Le Pape François, pourtant connu pour être plus modéré que ses prédécesseurs, n'avait pas hésité à parler de "tueur à gages" pour qualifier l'interruption volontaire de grossesse.

S'appuyant sur le sixième commandement de la Bible "Tu ne tueras point", il avait fustigé ce qui pour lui est une "dépréciation de la vie humaine". 

Pays où le droit à l'avortement recule

  • Pologne

Varsovie, qui prend un tournant conservateur depuis quelques années, a renforcé sa loi contre l'avortement en 2021. L’IVG n’est possible qu’en cas de viol, d’inceste ou en cas de danger pour la vie de la mère. Une malformation du fœtus n’est plus, depuis 2021, une condition pour avorter.

Une femme qui interrompt sa grossesse sans respecter les exceptions citées précédemment, risque entre cinq et 25 années de prison. Le pays a vu pour la première fois s’ouvrir un procès pour “assistance à un avortement” dans le pays. 

A l’échelle de l’Europe, il s’agit du premier cas où un militant est poursuivi pour cette raison. 

  • Roumanie

Plus à l'est de l'Europe, en Roumanie, l’avortement est légal depuis 1989. Mais de nombreux médecins refusent de pratiquer des IVG face au conservatisme imprégné dans le pays, où le pouvoir de l'Eglise orthodoxe est dominant. 

  • Slovaquie

En Slovaquie, le délai légal pour avorter est de dix semaines. Pourtant, dans ce pays d'Europe centrale, le droit à l’avortement est également en péril : onze propositions de loi pour en limiter l’accès ont été déposées en deux ans, par un lobby local catholique très influent.

  • Italie

Bien que le droit d'avorter subsiste encore en Italie, le pays compte également un nombre grandissant de gynécologues objecteurs de conscience, qui refusent de pratiquer des IVG sur leurs patientes.

Dans 23 pays, les médecins peuvent en effet faire appel à la “clause de conscience”, qui les autorise à ne pas pratiquer d’acte pouvant heurter leurs convictions éthiques, morales et religieuses. Seules la Finlande, la Lituanie et la Suède n’autorisent pas les soignants à refuser de pratiquer l’avortement.

L'avenir du droit à l'avortement reste fragile en Europe, même si une majorité de pays le légalisent, actuellement, sans condition. 

Dans le monde, une cinquantaine de pays ont facilité l'accès à l'avortement en modifiant leurs législations. Pourtant, l'IVG reste totalement interdite dans plus de vingt pays, particulièrement en Afrique et en Amérique du Sud.

Sources additionnelles • AFP