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France : dans l’enfer des incendies, la solidarité entre villageois

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Par Ophélie Barbier
des pompiers s'attaquant à un incendie près de Belin Beliet, au sud de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, mercredi 10 août 2022.
des pompiers s'attaquant à un incendie près de Belin Beliet, au sud de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, mercredi 10 août 2022.   -   Tous droits réservés  Departmental fire and rescue service 33

En France, près de 6 800 hectares de forêt de pins étaient partis en fumée jeudi matin, après des reprises du gigantesque incendie de Landiras, en Gironde (sud-ouest). Le feu a progressé vers le nord, la nuit du 11 août, vers la commune de Belin-Béliet.
François-Xavier est éleveur dans la ville limitrophe de Salles, où il aide les fermiers des environs à transférer leurs animaux à l’abris des feux. Il nous livre son témoignage.

François-Xavier Riffaud habite en Gironde depuis une dizaine d'années. Son épouse et lui sont éleveurs près du littoral de l'ouest français. À tout juste huit kilomètres de chez eux, un incendie progresse de façon fulgurante : plus de 5000 hectares ont brûlé en une nuit, près de la commune de Belin-Béliet. 

L'air n'a jamais été aussi chaud et la flore n'a jamais été aussi sèche. "On se croirait en automne. Les arbres n'ont plus de feuilles. Et la pluie n'est pas tombée depuis trois mois", confie François-Xavier, qui n'a jamais vécu un été aussi aride. 

François-Xavier Riffaud
Deux équidés récupérés par François-Xavier, appartenant à un fermier des environs.François-Xavier Riffaud

Une problématique majeure rend le travail des pompiers très complexe dans le secteur. Le sol, ici, est composé de tourbe. Cette matière organique, accumulée au fil des siècles, est très inflammable. Le feu se propage sous terre, il n'est plus visible et s'étend comme les racines d'un arbre. Les flammes peuvent surgir à tout endroit et à tout instant. Une vision d'un autre monde, apocalyptique.

"Nos sacs sont prêts"

Des pins surplombent le foyer de François-Xavier et Julia, à cinq mètres de là. Être à l'écoute, être disponibles et prudents, sont devenus mots d'ordre. L'évacuation de la commune de Salles (Val de l'Eyre) peut avoir lieu à tout instant, une situation profondément anxiogène pour les Sallois. "Nos sacs sont prêts, si nous sommes astreints à partir", explique François-Xavier. 

En effet, des températures record s’élevant à 40 degrés ont été atteintes ces derniers jours. Les incendies, qui se rapprochent de la commune, polluent l'air de particules de fumée, toxiques, qui s'additionnent à la fatigue générale des habitants. Aujourd'hui, Salles se trouve être la prochaine ville sur la liste des zones à évacuer. 

François-Xavier et Julia vivent alors le même quotidien, jour après jour, sous des chaleurs caniculaires : "on se réveille après une nuit souvent difficile. Le matin, nous prenons des nouvelles et nous allumons nos téléphones. Puis nous attendons les coups de fil. Il y a 48 heures, nous recevions des appels toutes les 10 minutes pour des évacuations d'animaux. Alors, nous nous tenons prêts".

Mettre les animaux à l'abri

Dans l'enfer des feux, les incendies ont poussé les habitants au soutien mutuel. Et le couple d'éleveurs apporte sa pierre à l'édifice. Grâce aux pompiers, qui possèdent une liste de personnes prêtes à héberger du bétail, François-Xavier et Julia partent à la rescousse des fermiers contraints à quitter leurs exploitations. 

Accompagnés par les soldats du feu jusqu'aux fermes dans le besoin, les deux Girondins recueillent les animaux à l'aide de leur bétaillère et les amènent à l'abri, chez eux, ou chez des habitants du coin, capables de s'en occuper.

François-Xavier Riffaud
La bétaillère utilisée par Julia et François-Xavier pour acheminer les animaux évacués (12 août 2022).François-Xavier Riffaud

"C'est un processus de garderie animalière temporaire. Nous avons eu des brebis, des chèvres, des chevaux, des poneys", énumère l'éleveur, qui prend soin de rester en contact avec les propriétaires animaliers. Certains n'ont pas eu le temps de transférer leurs animaux avant l'arrivée des incendies : dans la panique, les fermiers ont ouvert leurs prés, laissant leurs animaux fuir les braises. 

Face à cette situation inédite, une base arrière de taille se tient prête à aider les pompiers. Des civils surveillent les reprises de feu, les agriculteurs et céréaliers partent au contact des incendies pour apporter de l'eau, des habitants préparent le repas des pompiers éreintés.

La ténacité des bénévoles, additionné au courage des pompiers, impressionne François-Xavier : "c’est un combat, nous sommes en guerre et nos soldats, ce sont eux. Je loue le courage de ces gens qui dorment sur le bitume après avoir passé des heures à travailler pour nous protéger"

Dans l'attente de la pluie

Et pour autant, l’incendie qui ravage les forêts girondines et landaises chaque minute n'empêche pas les vacanciers d'affluer. La commune de Salles se situe à proximité de zones très touristiques, prisées en été. "Il y a des personnes qui se battent pour leur maison, et à quelques kilomètres, des touristes sont mécontents que l’on barre la route à cause des feux", s'indigne François-Xavier, qui déplore un "double monde", difficile à conjuguer.

L'inquiétude des citoyens s’accentue. Le mois d'août et les diverses vagues de chaleur sont exceptionnels cette année. Pour l’habitué des lieux, les périodes chaudes s’aggravent au mois de septembre dans cette zone de la France. Il ne reste qu'à espérer que ces incendies ne soient pas qu'un début.

Departmental fire and rescue service 33
La fumée couvre le ciel d'un brasier près de Belin Beliet, au sud de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, mercredi 10 août 2022.Departmental fire and rescue service 33

Ce week-end, de la pluie est prévue dans la région, selon Météo France. Mais pour l'éleveur, le risque d'un orage à l'horizon pourrait envenimer la situation : "il y a deux revers. Soit nous aurons des orages avec de la pluie. Soit nous aurons, comme aux mois d'août habituels, des orages secs qui réactivent les feux. Espérons également que la foudre ne tombera pas".

À l'origine, Julia et François-Xavier élevaient une centaine de brebis en sous-bois, dont l'utilité principale était d'éviter les incendies. Les bêtes servaient à nettoyer certains environnements de végétations endémiques qui nourrissent les feux. Mais la violence du réchauffement climatique a poussé les deux Girondins à vendre leur cheptel il y a six mois. Ils partiront vivre en Indre-et-Loire, désormais, à la recherche d'espaces verts, pour continuer leurs activités d'éco-pastoralisme. Une méthode alternative qui mériterait, selon eux, davantage d'intérêt.