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Salman Rushdie, symbole malgré lui de la liberté d'expression

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Par Euronews
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Salman Rushdie, archives de 2018.
Salman Rushdie, archives de 2018.   -   Tous droits réservés  Rogelio V. Solis/Copyright {2018} The Associated Press

Salman Rushdie a 40 ans lorsqu'il publie en 1988 Les Versets sataniques et, à partir de ce moment, sa vie est irrémédiablement bouleversée.

L'écrivain britannique, diplômé de Cambridge, est confronté à une explosion de fanatisme. Salman Rushdie, qui a grandi dans une famille musulmane bourgeoise de Bombay, est la cible de haine dans tout le monde musulman.

Peu de gens ont lu les 600 pages des Versets sataniques, mais l'indignation monte dans le monde entier, des gens meurent dans des manifestations contre lui et son livre est interdit dans plusieurs pays.

Le 14 février 1989, l'ayatollah Khomeini émet sa fatwa, qui condamne a mort l'auteur des Versets sataniques : "J'informe le peuple musulman du monde entier que l'auteur de ce livre, contraire à l'islam, au Prophète et au Coran, ainsi que tous ceux qui ont participé à sa publication, sont condamnés à mort."

Salman Rushdie entre dans une vie de semi-clandestinité mais ne renonce pas à écrire, en espérant, sans y croire, que la fatwa finira par être levée : "Il faut que l'Iran annule la Fatwa, c'est le moins qu'on puisse exiger, et je demande aux pays de l'UE de faire pression pour cela", estimait-il en 1996.

"Mon problème, c'est que les gens continuent de me percevoir sous l'unique prisme de la fatwa", avait toutefois confié un jour ce libre-penseur qui se veut écrivain, pas symbole.

Un cas "précurseur"

Mais la montée en puissance de l'islam radical de ces dernières années n'a cessé de le ramener à ce qu'il a toujours été aux yeux de l'Occident: le symbole de la lutte contre l'obscurantisme religieux et pour la liberté d'expression.

Déjà, en 2005, il considérait que cette fatwa était un prélude aux attentats du 11 septembre 2001. Et, en 2016, il notait: "Mon cas n'a été que le précurseur d'un phénomène bien plus vaste qui désormais nous concerne tous."

Au fil des ans, son œuvre littéraire est récompensée, mais sa vie reste menacée. En 1996, il doit renoncer à se rendre au Danemark pour recevoir un prix : les services de renseignement ont jugé le voyage trop risqué.

Avant son agression vendredi, Salman Rushdie avait retrouvé une vie a peu près normale à New-York, où il s'est installé depuis l'an 2000, tout en continuant de défendre dans ses livre la satire et l'irrévérence. 

"Trente ans ont passé", disait-il toutefois à l'automne 2018. "Maintenant tout va bien. J'avais 41 ans à l'époque (de la fatwa), j'en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d'autres raisons d'avoir peur, d'autres gens à tuer..." 

Son livre, a-t-il par ailleurs expliqué depuis, a été "grandement incompris". "Il s'agissait en réalité d'un roman qui parlait des immigrés d'Asie du sud à Londres et leur religion n'était qu'un aspect de cette histoire-là".