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Après la plainte de la FFF contre So Foot, nouvelle attaque sur le scandale des abus sexuels

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Par euronews
Le président de la Fédération française de football (FFF) Noël Le Graët, le 13 mars 2021.
Le président de la Fédération française de football (FFF) Noël Le Graët, le 13 mars 2021.   -   Tous droits réservés  AFP

A deux mois de la Coupe du monde au Qatar, la FFE fait face à de nouvelles accusations qui mettent en cause l'institution et de nombreux dirigeants du football français.

Après la publication de l'enquête du magazine So Foot qui évoque de graves dysfonctionnements au sein de la FFF, cette fois c'est le journalise indépendant Romain Molina qui a publié un dossier qui accuse la Fédération.

Selon le journaliste, la FFF aurait gardé le silence sur des accusations d'abus sexuels au sein de l'institution et au centre de formation de Clairefontaine pendant 40 ans.

L'enquête intitulée "40 ans de silence" a été publiée sur le site d'informations norvégien Josimar. L'une des plus importantes accusations concerne le rôle Noël le Graët, président de la FFF depuis 2011. S'appuyant sur de nombreux témoignages, Romain Molina affirme que Noël Le Graët, mais aussi d'autres hauts responsables de la FFF, auraient couvert de multiples cas d'abus sexuels, y compris sur des joueurs mineurs.

Abus sexuels sur mineur

Romain Molina dans son article accuse des entraîneurs, des agents, des dépisteurs ainsi que des hauts dirigeants du football français d'avoir abusé sexuellement, harcelé et fait chanter des jeunes joueurs et joueuses. Certaines de ces victimes étaient mineures au moment des faits.

L'enquête revient sur certains de ces scandales, notamment celui qui concerne Angélique Roujas, ancienne entraîneure responsable de la section féminine du centre de Clairefontaine. Limogée pour faute grave en 2013, Angélique Roujas est accusée d'avoir eu des relations sexuelles avec de nombreuses jeunes joueuses, dont des mineures.

Une des anciennes joueuses qui a témoigné sous couvert d’anonymat a parlé de ce moment difficile : "J’ai été victime d’elle à Clairefontaine. Je sais ce qu’il s’est passé et je sais à quel point ça a été dur de me reconstruire. Aujourd’hui encore, je ne sais pas si je veux en parler publiquement, car c’est douloureux et je ne sais pas si je serais soutenue. J’en ai parlé à des adultes de la fédération à l’époque, dont Brigitte Henriques, qui était vice-présidente à l’époque, mais que s’est-il passé ? Rien. Ils n’ont rien fait."

L’enquête développe également le cas de David San José, qui a été licencié pour "comportement inapproprié" après avoir envoyé des messages d’amour à un joueur de 13 ans du centre en 2013. Mais d'après l'enquête, ces deux personnes continueraient de travailler auprès d'enfants.

Selon Romain Molina, sous la pression des joueuses professionnelles qui aurait menacé de faire grève, Noël Le Graët aurait prévenu une seule fois les autorités judiciaires en 2013, pour des faits qui auraient eu lieu en 2004.  

"Toutes les personnalités politiques mentionnées (les anciennes ministres des Sports Najat Vallaud-Belkacem et Valérie Fourneyron, l’ancien secrétaire d’État aux sports Thierry Braillard, et les anciens conseillers sportifs du président de l’époque, Thierry Rey et Nathalie Iannetta) ont confirmé n’avoir été alertés pour aucun de ces cas", écrit Romain Molina. 

"Tu fermes ta gueule. C'est comme ça que ça marche"

"Quand quelque chose arrive, tu fermes ta gueule. C'est comme ça que ça marche. Ils sont trop puissants. Dès que vous parlez d'abus, vous êtes hors-jeu. Les fautifs ? Ce n'est pas seulement la FFF mais aussi la LFP, les clubs. Je veux dire, avez-vous vu face à combien de cas nous avons été confrontés au cours des deux dernières années ? Qu'avons-nous fait pour protéger nos enfants ?", a confié à Romain Molina, un ancien membre du conseil d'administration de la FFF.

Bien que certains commentateurs sportifs l'appellent "le youtubeur", Romain Molina est surtout connu pour ses enquêtes sur les dérives et scandales dans le monde du football qui sont publiés dans des médias prestigieux tels que The New York Times ou The Guardian.

Une de ses précédentes enquêtes avait notamment permis de suspendre le président de la Fédération haïtienne, accusé de viol et abus sur mineurs. 

La FFF et Noël Le Graët sous pression

Cette enquête n'est pas la seule qui accable Noël Le Graët. L'article de So Foot, paru le 8 septembre, accuse le dirigeant français d'avoir envoyé des SMS à caractère sexuel à des employées de la FFF. 

Selon une source interrogée par So Foot, plusieurs femmes auraient démissionné ces dernières années de l'instance car elles se sentaient "harcelées sexuellement, mais aussi moralement". Sollicité par les médias, Le Graët n'a pas répondu.

Au-delà du président Le Graët, c'est toute la gouvernance de la FFF qui est pointée du doigt par le magazine So Foot. 

Entre guerre des clans et tensions au sommet, le mensuel dresse le portrait d'une instance qualifiée de "bateau à la dérive", en revenant notamment sur le PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi) lancé en 2021 par la directrice générale Florence Hardouin en raison des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, et qui a abouti au départ de 18 employés. 

La DG y apparaît comme un personnage à poigne, autoritaire et très ambitieuse. Sa trop grande proximité avec l'équipe de France lors de la Coupe du monde en Russie en 2018 a poussé, selon le magazine, treize des directeurs de la FFF à réclamer sa démission, obligeant Noël le Graët à commander un audit sur sa gestion, audit dont les résultats n'ont jamais été divulgués. 

So Foot évoque aussi des notes de frais trop dispendieuses pour certains cadres ou des conflits d'intérêt possibles dans le cas de Bachir Nehar, un intime du sélectionneur Didier Deschamps, qui cumule des fonctions d'intendant des Bleus avec celles d'agent de joueurs.            

Comment la FFF a t-elle réagi ?

Murée dans le silence sur ces révélations durant une semaine, la Fédération a fini par réagir jeudi, après la réunion de son comité exécutif, en annonçant le dépôt d'une plainte "en diffamation contre le magazine So Foot en raison des imputations gravement diffamatoires" de l'article. 

La FFF n'a cependant pas précisé sur quels points précis elle comptait porter plainte. 

A deux mois du Mondial, l'ambiance s'est brusquement tendue à la FFF : le ministère des Sports a décidé vendredi de lancer un audit en interne après la parution d'une autre enquête de So Foot évoquant de sérieuses dérives en matière de management.

Quel impact sur l'équipe de France?

A l'approche du Mondial, le timing est loin d'être idéal pour les Bleus et leur sélectionneur Didier Deschamps. 

Le technicien, arrivé en 2012 et dont le contrat expire à l'issue du tournoi, est très proche de Le Graët et leurs sorts pourraient être liés en cas de contre-performance au Qatar. 

Deschamps a d'ailleurs reconnu jeudi que ce n'était "pas le climat le plus apaisé" qu'il ait connu pour préparer une telle échéance. "Ce n'est pas l'idéal mais j'en ai connu d'autres, avec mon staff je suis concentré sur ce qui se passe sur le terrain", a-t-il toutefois ajouté, critiquant la "culture du buzz et de l'instantané".

Sources additionnelles • AFP, Josimar