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La nouvelle scène musicale du Qatar saisit la chance de la Coupe du monde

Par Miranda Atty & Aadel Haleem
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Alors que la Coupe du monde de la FIFA 2022 approche à grands pas, le monde de la musique au Qatar est en pleine effervescence. Le studio qui produit la bande-son officielle de la compétition planche sur les cérémonies d'ouverture et de clôture tandis que de jeunes artistes locaux et internationaux installés dans le pays espèrent profiter de l'événement pour afficher leur talent et leur diversité.

Matt Howe baigne dans la musique depuis toujours et si quelqu'un sait reconnaître un tube, c'est bien cet ingénieur du son qui en 1999, a remporté un Grammy Award pour l'album de l'année avec "The Miseducation of Lauryn Hill".

Mais malgré ses quarante années d'expérience, le Britannique installé au Qatar qui travaille au sein des Katara Studios est toujours prêt à apprendre.

"Venir ici était une bonne chose pour moi car je voulais en savoir un peu plus sur la musique du Moyen-Orient, sur la péninsule arabique," explique Matt Howe. "Je voulais trouver quelque chose que je peux apprendre pour moi-même, pour m'en servir par la suite, peut-être quand je rentrerai chez moi," poursuit-il avant de faire remarquer : "Cette industrie fonctionne avec le bouche à oreille et si vous tirez votre épingle du jeu et que vous pouvez vous mettre en contact avec d'autres, c'est vraiment bien."

Bande-son de Qatar 2022

Les Katara Studios, un studio d'enregistrement qui est en passe de devenir un leader de l'audiovisuel au Moyen-Orient, ont produit l'entraînant premier single "Hayya Hayya (Better Together)" de la bande-son officielle de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Pour la première fois, celle-ci comportera plusieurs chansons et réunira des artistes et des styles internationaux en hommage à un sport véritablement mondial.

Mazen Murad est directeur musical des Katara Studios. "C'était très intéressant de faire travailler ensemble toutes sortes de personnes et elles ont adoré ça !" se félicite-t-il. "Les artistes occidentaux ont été enthousiasmés par les percussionnistes et les chanteurs qataris et vice versa," renchérit-il.

Mazen Murad est aussi ingénieur mastering : ce qui veut dire qu'après avoir été enregistrée et mixée, la musique lui est confiée pour les dernières retouches.

Dotés d'équipements d'enregistrement de pointe, les Katara Studios ont également lancé leur propre maison de disques. "Nous accueillons davantage d'artistes, de chanteurs et de musiciens parce que dans un lieu comme celui-ci, ils peuvent perfectionner leur art, en enregistrant et en sortant leurs morceaux," indique Mazen Murad. "S'ils n'avaient pas cet endroit, ils devraient attendre d'aller en Europe, par exemple, donc je crois que cela fait une énorme différence," affirme-t-il.

Katara Studios
Aisha (au centre) lors du tournage du clip de "Hayya Hayya (Better Together)"Katara Studios

"On n'a pas du tout la pression !"

Les Katara Studios qui réunissent sous un même toit, toutes les installations dédiées à la musique, au cinéma et à la télévision - ce qui est unique dans la région - produisent également les cérémonies d'ouverture et de clôture de la prochaine Coupe du monde.

Le réalisateur américain Luca Bercovici qui a fait ses débuts en 1984 avec la série de films d'horreur comiques "Ghoulies" est directeur du cinéma aux Katara Studios. Il dit vouloir réaliser la meilleure cérémonie d'ouverture que le tournoi n'ait jamais connue et confie ironiquement : "On n'a pas du tout la pression !"

"Je crois que je peux parler au nom de tous en disant que nous sommes totalement motivés pour faire de ce rêve, une réalité et créer ce qu'il y a de mieux," ajoute-t-il. "On s'implique en ayant cet état d'esprit et on est confiants," dit-il.

Melting pot musical

Nul doute que le single "Hayya Hayya (Better Together) jouera un rôle important lors de cette cérémonie d'ouverture. Ce morceau est interprété par la chanteuse qatarie Aisha aux côtés de Trinidad Cardona et Davido. Il rassemble différentes cultures tout en restant profondément qatari, estime la jeune femme.

"L'élément le plus qatari, ce sont les instruments : les percussions présentes en fond sonore, c'est très qatari," affirme-t-elle. "Il y a aussi "Hayya Hayya" qui est une expression arabe pour dire : "Allez, on y va !" dit-elle. "J'ajoute moi-même un élément qatari et arabe, je ne pense pas que les gens aient l'habitude de voir une femme voilée dans une chanson de la Coupe du monde, donc ça, c'est assez nouveau," estime-t-elle. "Donc, ces petits éléments ici et là font que ce morceau est international et facile à apprécier dans le monde entier, mais en même temps, il reste caractéristique de la région," juge-t-elle.

Dans ce contexte d'effervescence créative lié à la prochaine Coupe du monde, Aisha se réjouit de l'évolution du secteur de la musique dans le pays.

"Je pense que davantage d'artistes qataris vont émerger et s'impliquer davantage et que l'industrie musicale qatarie sera de plus en plus diverse," indique-t-elle. "J'ai vraiment hâte d'assister à cela parce que je connais de nombreux d'artistes qataris qui sont excellents et incroyables," affirme-t-elle avant d'ajouter : "Nous sommes dans un pays qui encourage les jeunes à se faire connaître et à partager leur talent. Mais simplement, tous n'osent pas le faire."

"Un jour, le Grand Prix de F1 du Qatar nous a contactés"

Alors que de très nombreuses nationalités sont présentes au Qatar, rien d'étonnant à ce que la scène musicale de la capitale Doha soit d'une telle diversité. L'un de ses acteurs est Martin Farragher dont le nom d'artiste est Faraway Martin.

Irlandais installé à Doha, Martin s'y produit régulièrement en concert depuis 2015. Le reste du temps, il donne des cours de musique à des enfants de 6 à 12 ans. Dès la fin des cours, il n'est pas rare de retrouver Martin en concert - souvent, avec les membres de son groupe - dans des lieux uniques à travers la ville. Des décors qui lui ont permis de tourner des clips originaux, nous raconte-t-il. 

"Pendant le confinement, il n'y avait pas de concerts, aucune salle n'était ouverte," dit-il. "On s'est filmé en train de jouer sur des paddles en mer ou dans une grotte au milieu du désert et on a publié nos vidéos sur TikTok et YouTube et cela a fait boule de neige : un jour, le Grand Prix de F1 du Qatar nous a contactés et nous a demandé de jouer sur la scène principale le samedi soir et j'ai failli tomber de ma chaise quand j'ai reçu l'email, c'était incroyable, une expérience géniale," s'enthousiasme-t-il.

Martin Farragher
L'une des vidéos postées par Faraway Martin pendant le confinementMartin Farragher

Martin confie être à son aise dans l'environnement multiculturel de Doha. "Dans mon groupe, il y a deux Irlandais, un Anglais, un Américain et un Cubain," fait-il remarquer. "La scène musicale au Qatar est en constante évolution car les gens arrivent et repartent, cela vous incite à rester curieux et c'est aussi un excellent moyen de se faire des amis et d'en apprendre plus sur les différents styles de musique et les différentes cultures," se félicite-t-il.

Alors que sa notoriété s'accroît, Faraway Martin sortira prochainement, un mini-album de cinq titres.

La musique comme étendard

Autre artiste international établi à Doha : Sammany Hajo. Il y réside depuis 16 ans. Le musicien mêle les influences R&B et hip hop à sa culture soudanaise. 

"Quand j'ai eu la confiance nécessaire pour faire des expérimentations avec la musique, il m'a semblé logique d'intégrer des rythmes et mélodies soudanais à la musique que j'écoutais plus jeune," nous a-t-il expliqué.

L'artiste se sert de sa musique pour s'exprimer sur des sujets politiques et sensibiliser le public à la révolution soudanaise. "J'ai eu plusieurs conversations avec des personnes qui étaient sur place, dans les manifestations, et elles me disaient combien l'art et la révolution sont importants," raconte-t-il avant d'ajouter : "Pour moi, l'art aide les personnes qui ne sont pas particulièrement au courant de ce qui se passe dans le monde à mieux voir les choses."

ColorsxStudios
L'artiste soudanais installé à Doha Sammany HadjoColorsxStudios

Quand à la scène musicale de Doha, le jeune musicien-chanteur-producteur estime qu'elle est en plein essor : "J'ai rencontré de nombreuses personnes de talent qui partagent la même passion pour la musique et j'ai eu le plaisir de jouer avec eux de temps en temps. Je crois que très bientôt, nous aurons une grande plateforme réunissant tous les musiciens et artistes du Qatar," assure-t-il.

Même si la scène musicale du pays est encore en construction, avec la Coupe du monde de foot qui approche, les artistes ne manquent pas d'opportunités pour briller sur le terrain de la musique.