This content is not available in your region

Nucléaire : la Belgique débranche un premier réacteur

Access to the comments Discussion
Par euronews  avec AFP
Deux des quatre réacteurs nucléaires de la centrale de Doel, située dans le port d'Anvers, en Belgique, le 19 septembre 2022
Deux des quatre réacteurs nucléaires de la centrale de Doel, située dans le port d'Anvers, en Belgique, le 19 septembre 2022   -   Tous droits réservés  KENZO TRIBOUILLARD / AFP

C'était acté, c'est désormais une réalité. La Belgique va mettre à l’arrêt ce vendredi un premier réacteur nucléaire, sur les sept que compte le pays qui s'était engagée à fermer ses deux centrales d'ici à 2025. Mais cette première étape vers la sortie du nucléaire suscite doutes et polémiques en pleine flambée des prix de l'énergie sur fond de guerre en Ukraine.

L'opérateur Engie va donc fermer vers 21h, soit 19h GMT, l'un des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Doel, situé dans le port d'Anverssur l'Escaut. Il pouvait produire à lui seul jusqu'à 10% de l'électricité du pays.

La déconnexion du réacteur Doel 3, âgé de 40 ans, a été préparée de longue date. Elle s'inscrit dans le plan belge de sortie du nucléaire approuvé en 2003 qui prévoyait à l'origine l'arrêt à l'horizon 2025 des sept réacteurs qui assurent environ la moitié des besoins du pays. Ainsi en 2021, l'énergie nucléaire représentait 49,7% de la production d'électricité en Belgique, selon la FEBEG, fédération belge des producteurs d’électricité, des négociants et fournisseurs d’électricité et de gaz.

Quatre réacteurs sont en fonction dans la centrale de Doel, les trois autres le sont dans la centrale de Tihange. Ensemble, ces réacteurs ont une puissance de 5 931 megawatts. Ces équipements ont été mis en service entre 1975 et 1985.

Le doute plane dans la classe politique

A l'approche des échéances fixées par le plan de sortie du nucléaire, le doute semble pourtant gagner le gouvernement fédéral qui se divise sur la question alors que la hausse des coûts de l'énergie met à rude épreuve ménages et entreprises.

En mars, il s'était déjà difficilement mis d'accord pour prolonger jusqu'en 2036 deux des sept réacteurs nucléaires. Pour l'avenir, la Belgique ne ferme pas la porte au nucléaire de nouvelle génération.

Mais la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden (chrétienne-démocrate flamande) a mis le feu aux poudres la semaine dernière en demandant à l'autorité de sûreté nucléaire belge (AFCN) s'il serait possible de reporter l'opération de démantèlement de Doel 3 au cas où une relance du réacteur était envisagée ultérieurement...

La vice-Première ministre écologiste Petra De Sutter s'est dite "choquée" par cette remise en cause du calendrier "à quelques jours de la mise à l'arrêt des opérations".

Et Engie a répliqué par un tir de barrage. "Le réacteur va être mis à l'arrêt définitivement et n'a donc pas vocation à redémarrer", a expliqué une porte-parole de l'exploitant qui a souligné n'avoir reçu aucune demande du gouvernement en ce sens.

De son côté, l'AFCN n'a officiellement fermé aucune porte mais a répondu à Mme Verlinden qu'une décision "très tardive" de prolongation du réacteur n'était "pas un signe de bonne gouvernance" et qu'elle ne pouvait "pas garantir qu'un scénario tardif et non préparé ne comporte pas de risque pour la sécurité nucléaire".

Des pro-nucléaires devaient manifester à Doel dans la matinée pour réclamer le maintien du réacteur "dans un état opérationnel".

En théorie, une relance du réacteur ne serait pas impossible. Après l'arrêt vendredi soir, les travaux préparatoires dureront environ cinq ans avant le démantèlement du réacteur.

"Aucune opération techniquement irréversible ne se produit pendant cette première phase", a reconnu le directeur de la centrale Peter Moens.

Mais il a estimé qu'un report ou une inversion du processus ne serait "ni sage, ni conseillé" pour des raisons techniques et opérationnelles, citant notamment le manque de combustible et de personnel.

Le débat belge fait écho à celui de l'Allemagne où des responsables politiques conservateurs et libéraux réclament de prolonger les trois derniers réacteurs nucléaires du pays au-delà de fin 2022, date de leur arrêt programmé.

Pour l'instant, Berlin a simplement accepté de maintenir en veille deux réacteurs jusqu'au printemps 2023 pour faire face à d'éventuelles urgences.

En Belgique, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité Elia a indiqué ne pas s'attendre à des risques en matière d'approvisionnement liés à cet "arrêt qui était prévu".

"On a suffisamment de capacité de production disponible pour répondre à la demande", a expliqué un porte-parole.

L'essor des énergies renouvelables, solaire et éolien, y compris offshore, a permis au pays d'atteindre des exportations records en 2021. Les centrales à gaz ont représenté un quart du mix énergétique.

Greenpeace affirme que "la fermeture de Doel 3 ne pose aucun problème pour la sécurité d'approvisionnement et n'a pas d'impact significatif sur le prix de l'électricité".

Les libéraux francophones du Mouvement réformateur (MR) craignent pourtant des pénuries.

"Avec des risques de black-out en France cet hiver, avec l'Allemagne qui quitte le nucléaire mais qui est asséchée en gaz, on sait que l'on va avoir de grosses difficultés", a averti l'ancienne ministre (MR) de l'Energie Marie-Christine Marghem.

Elle a réclamé l'abrogation de la loi de sortie du nucléaire qu'elle juge "has been".