Le nombre de détenus en France atteint un record absolu en novembre, à 72 809

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Par Christophe Garach
Des détenus dans une cellule de la prison du centre Pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, France, le 3 octobre 2022
Des détenus dans une cellule de la prison du centre Pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, France, le 3 octobre 2022   -   Tous droits réservés  THIBAUD MORITZ/AFP or licensors

Jamais la France n'a compté autant de détenus dans ses prisons. Selon les données statistiques du ministère de la Justice, 72 809 personnes sont actuellement derrière les barreaux. Un record de densité carcérale qui atteint désormais les 120% alors que l'administration pénitentiaire ne dispose que de 60 700 places.

À l'échelle européenne, la France (en jaune sur la carte) reste dans la moyenne en terme de nombre de détenus pour 100 000 habitants.

Source : statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe / graphisme Euronews
Nombre de détenus par pays pour 100 000 habitants (au 31 janvier 2021)Source : statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe / graphisme Euronews

Mais ce ratio pourrait augmenter passant de 92 à 107% en prenant en compte les dernières données françaises, soit le même niveau que l'Ukraine ou celui de la Grèce, selon les statistiques annuelles du Conseil de l'Europe.

Conséquence de cette politique pénale plus répressive, 56 prisons françaises sont confrontées à une densité carcérale de 150%. Trois prisons dépassent même les 200%.

L'an dernier, dans l'Union européenne, c'est en Finlande qu'on dénombrait le moins de détenus avec 43,3 prisonniers pour 100 000 habitants. C'est en République tchèque que l'on enregistrait le plus de détenus avec 192 personnes pour 100 000 habitants.

À titre de comparaison, parmi les membres du Conseil de l'Europe, c'est en Turquie et en Russie que les taux d'incarcérations figurent parmi les plus élevés, avec plus de 325 détenus pour 100 000 habitants.

Source : statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe / Graphisme Euronews
Population carcérale pour 100 000 habitantsSource : statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe / Graphisme Euronews

Plus d'un quart des détenus sont en attente de jugement

Le précédent record datait de mars 2020 (72 575 détenus), à la veille du premier confinement décidé pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et qui avait entraîné une chute drastique du nombre de prisonniers : il y avait eu moins d'entrées en détention et des mesures de libérations anticipées.

Depuis, les statistiques sont remontées régulièrement jusqu'à frôler ce plus-haut historique le mois dernier, avec 72 350 personnes incarcérées au 1er octobre.

Cette tendance, un mal structurel qui avait valu à la France en janvier 2020 une condamnation de la CEDH, va à rebours de celle enregistrée dans les voisins européens de la France où le taux d'incarcération a baissé ces dix dernières années: -12,9% en Allemagne, -17,4% aux Pays-Bas.

Sur une année, on dénombre 2 997 prisonniers de plus en France - ils étaient 69 812 au 1er octobre 2021 - soit une hausse de 4,3%.

Selon les chiffres officiels du ministère, 15 469 détenus sont actuellement en surnombre par rapport aux places disponibles dans les établissements pénitentiaires (contre 13 170 il y a un an). En raison de cette surpopulation, 2 225 sont contraints de dormir sur des matelas posés à même le sol.

3,5% des personnes incarcérées sont des femmes et 0,8%, des mineurs.

Surpopulation carcérale

Plus du quart des détenus (26,9%) sont des prévenus, c'est-à-dire des personnes en attente de jugement - et donc présumés innocents.

La densité carcérale dans les maisons d'arrêt, où sont incarcérés ces prévenus et les condamnés à de courtes peines, grimpe à 142,8%.

Cinquante-six prisons françaises affichent une densité supérieure à 150% (51 en métropole et cinq en Outre-mer). Cette densité dépasse même 200% dans six établissements (contre trois le mois dernier) : Carcassonne (215,6%), Nîmes (214,5%), Perpignan (204,6%), Foix (203,1%), Majicavo à Mayotte (200,9%) et Bordeaux-Gradignan.

Dans ce dernier centre pénitentiaire du Sud-Ouest, elle grimpe à 206,6% : 350 places opérationnelles pour 723 détenus, et à la clé des conditions de vie régulièrement dénoncées.

L'Observatoire international des prisons (OIP), l'Ordre des avocats du barreau de Bordeaux et une association de défense des droits des détenus (A3D), ont tenté des actions en justice pour faire cesser cette "atteinte grave et massive aux droits fondamentaux des personnes détenues". Le Conseil d'Etat a rejeté leur requête le 11 novembre.

En 2020, la CEDH avait rendu un arrêt sévère, demandant à la France de résorber la surpopulation carcérale et offrir un véritable recours aux détenus qui en souffrent. Elle ne lui avait toutefois pas intimé d'agir, comme elle l'avait fait pour l'Italie ou la Hongrie.