Arménie : l'Assemblée nationale française appelle à envisager des sanctions contre l'Azerbaïdjan

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Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
Archives : l'Assemblée nationale française à Paris
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L'Assemblée nationale française a appelé mercredi le gouvernement à envisager des sanctions contre l'Azerbaïdjan en cas de poursuite des attaques contre l'Arménie, dans une résolution sans valeur contraignante mais votée à l'unanimité.

Elle a aussi demandé à l'exécutif d'œuvrer pour le lancement d'une "enquête internationale" sur "les exactions dont se seraient rendues coupables les forces armées azerbaïdjanaises à l'encontre des soldats et civils arméniens".

Près d'un mois après les sénateurs français, les 256 députés votants ont approuvé la résolution, avant de se lever et d'applaudir, en se tournant vers l'ambassadrice d'Arménie Hasmik Tolmajyan.

Plusieurs capitales occidentales, dont Paris et Washington, ont accusé l'Azerbaïdjan d'avoir lancé les 13 et 14 septembre derniers une offensive contre son voisin, ciblant plusieurs villes et villages et faisant 286 morts. Le président français avait alors appelé son homologue azerbaïdjanais à respecter "l'intégrité territoriale" de l'Arménie. Les États-Unis, par l'intermédiaire de la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, avaient également condamné les "attaques illégales de Bakou".

Dans leur résolution, les députés français appellent "à considérer l'imposition de sanctions économiques personnelles, si les attaques et l'occupation du territoire souverain de la République d'Arménie devaient se poursuivre".

Le gouvernement français met en avant son rôle de médiateur

"Nous restons convaincus qu'il existe une opportunité" pour la paix qui passe "par un règlement négocié", a déclaré la secrétaire d'Etat chargée du Développement et de la Francophonie Chrysoula Zacharopoulou, appelant à "écouter attentivement" ce que dit l'Arménie, et à "poursuivre le dialogue avec l'Azerbaïdjan".

"Le gouvernement ne peut pas souscrire à certaines mesures", "notamment les demandes de sanctions économiques", ce qui "reviendrait à nous priver de jouer le rôle de médiation que nous demande de jouer l'Arménie", a-t-elle encore fait valoir.

"On ne peut pas contribuer à financer le régime de Bakou en lui achetant du gaz, lui vendre des armes d'un côté, et de l'autre pleurer le sort des Arméniens", a dénoncé le communiste Pierre Dharréville.

"L'Arménie n'a ni gaz, ni pétrole, elle ne constitue pas un marché majeur. Elle n'a rien à vendre, et nous n'avons certainement pas grand chose à gagner en l'aidant, si ce n'est notre honneur, notre dignité, notre humanité", a plaidé pour sa part Sarah Tanzilli, élue de la majorité.

L'exécutif français est aussi invité à "accentuer" son soutien à l'Arménie, "notamment en ce qui concerne l'aide humanitaire", et à "étudier le renforcement de ses capacités de défense".

"Ce peuple polytraumatisé ne tiendra pas seul face à la pétro-dictature azerbaïdjanaise d'une part et la puissance militaro-impérialiste turque d'autre part", a alerté Sarah Tanzilli.

Bakou dénonce une "provocation" française

L'Azerbaïdjan a rejeté ce texte d'initiative parlementaire, estimant selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères qu'il constituait une "provocation" de la France à l'égard de Bakou.

Cette résolution "vise à saper le processus de normalisation des relations entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie" d'après ce communiqué, qui accuse Paris de mener une campagne de diffamation.

Les relations entre les deux pays se sont détériorées ces dernières semaines, l'Azerbaïdjan jugeant les prises de position d'Emmanuel Macron pro-arméniennes. Bakou a d'ailleurs annoncé vendredi avoir annulé des pourparlers de paix prévus à Bruxelles avec l'Arménie parce qu'Erevan insistait pour que le président français Emmanuel Macron y assiste.

Mission d'observation européenne

La résolution votée par l'Assemblée nationale invite par ailleurs le gouvernement à œuvrer au sein de l'ONU pour "le déploiement d'une force d'interposition internationale" entre les deux pays.

À la mi-octobre, déjà, une mission civile d'observation de l'UE, déployée du côté arménien de la frontière avait été lancée à la suite d'une réunion quadrilatérale tenue le 6 octobre entre le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil européen Charles Michel.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan tiennent depuis plusieurs mois des réunions régulières visant à normaliser leurs relations sous l'égide de Moscou, Washington ou Bruxelles.

La Russie, qui souhaite conserver son statut de maître des horloges du Caucase, s'implique activement dans le règlement du conflit, Vladimir Poutine ayant reçu le président azerbaïdjanais et le Premier ministre arménien le 31 octobre à Sotchi, pour un sommet tripartite.

Le territoire arménien visé

L'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés pour le contrôle du Haut-Karabagh dans une première guerre lors la chute de l'URSS, remportée par l'Arménie. Un deuxième conflit initié en septembre 2020 par l'Azerbaïdjan, avec le soutien de la Turquie, a conduit à une défaite d'Erevan, qui a perdu le contrôle d'une majeure partie de ce territoire, en vertu d'un cessez-le-feu signé sous l'égide de Moscou en novembre 2020. Depuis, des soldats russes de maintien de la paix y sont déployés.

Le Haut-Karabagh est un territoire peuplé majoritairement d'Arméniens, arbitrairement rattaché à république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan en 1921, par le bureau caucasien du parti bolchévique.

Les bombardements survenus en septembre ne concernent, cette fois-ci, pas le Haut-Karabagh, mais directement le territoire de la république d'Arménie.