Crimée : une œuvre émouvante de street art contre la guerre en Ukraine

Projet artistique "J'ai en Ukraine..."
Projet artistique "J'ai en Ukraine..."   -   Tous droits réservés  Antik Danov
Par Naira Davlashyan

Mise à jour du 28 mars 2022 : Euronews a découvert que ce projet a, en fait, été créé en 2014 après l'annexion de la Crimée et non après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. L'artiste affirme que le projet est toujours d'actualité.

"Ma mère est en Ukraine. Alexey, 19 ans", "Mon amoureux est en Ukraine. Oksana, 23 ans", "Ma sœur est en Ukraine. Roman, 10 ans". Ces messages sont apparus sur des affiches dans les rues d'une ville de Crimée après l'invasion russe de l'Ukraine.

Ces affiches, manuscrites à la peinture et comme tachée de larmes – comme si les habitants de la péninsule eux-mêmes avaient couché leurs sentiments sur le papier – ne sont restées accrochées aux d'arrêt de bus que quelques heures avant d'être arrachées. Mais les photos de cette installation artistique et militante sont depuis devenues virales sur les réseaux sociaux.

L'auteur, un artiste de Crimée, travaille sous le pseudonyme d'Antik Danov. Il explique que l'idée de ces affiches lui est venue de sa volonté de "protester contre la guerre actuelle".
"Cette série est importante pour moi et tout mon entourage ; il s'agit essentiellement d'imbrication familiale", a-t-il écrit à Euronews.

"Nous sommes tous liés par nos familles, des parents et des amis. Mais aujourd'hui, nous sommes tous inclus dans la guerre, où des gens des deux côtés souffrent et meurent – nos familles, nos proches, nos amis. C'est terrible. Je considère qu'il est nécessaire que tout le monde se ressaisisse, descende dans les rues et sur les places afin de manifester pour faire arrêter cette guerre de toute urgence", a ajouté l'artiste.

Au total, Antik Danov a créé dix affiches, qu'il a dû collées à la nuit tombée. Selon lui, le soir-même, seule l'affiche évoquant une sœur restait intacte.

"Tous les prénoms sont tirés de mon imagination. Ce sont des images artistiques, mais je suis sûr qu'il y a de nombreuses coïncidences avec la vie réelle", a-t-il déclaré.

Antik préfère ne révéler ni son vrai nom ni la ville où il travaille, par crainte pour sa sécurité. "Ce n'est pas la première fois que je mets en œuvre mes idées dans la rue, et je suis prêt à en assumer toutes les conséquences (...), mais je ne suis pas prêt à tomber entre leurs griffes juste comme ça, j'essaie de rester en alerte", a expliqué l'artiste.

"Je ne me considère pas comme un criminel. La création est mon langage ; avec lui j'exprime ce que je comprends de ce que j'absorbe de mon environnement, puis je rends ce que j'ai digéré à travers mes projets", ajoute-t-il, Je le fais parce que je ne peux pas me permettre de ne pas le faire. J'ai essayé et voulu prendre du recul, me détourner de la création, mais j'y reviens toujours après un certain temps."