Watches and Wonders 2022 : l'horlogerie de luxe au secours de la planète ?

Van Cleef & Arpels Livre Florae exhibition
Van Cleef & Arpels Livre Florae exhibition   -   Tous droits réservés  Mika Ninagawa   -  
Par Olivia Pinnock

Le développement durable a été au centre des débats lors de l'édition 2022 du salon Watches and Wonders réunissant près de 40 Maisons horlogères et joaillières à Genève.

Du 30 mars au 5 avril, un panel s'est réunit quotidiennement pour aborder des questions aussi cruciales que la transparence, la circularité et l'approvisionnement responsable pour les acteurs du secteur. Dans le même temps, les exposants des grandes Maisons et des marques plus confidentielles ont réfléchi ensemble à des solutions post-pandémie après deux éditions entièrement digitales.

"On réfléchissait déjà à tout ça avant la pandémie mais cette période a clairement été un accélérateur. Cela nous a montré l'importance de la responsabilité sociale des entreprises et de leur impact environnemental", explique Nicolas Bos, PDG de la marque française de bijoux et de montres Van Cleef & Arpels.

"C'est désormais une notion qui est ancrée dans notre réflexion quotidienne. Cela nous pousse à intégrer ce facteur dans tous les domaines de fabrication. "

Mika Ninagawa
Van Cleef & Arpels Livre Florae exhibitionMika Ninagawa

Nicolas Bos identifie l'approvisionnement en matières premières responsables, comme les métaux et les pierres précieuses, l'utilisation d'énergies renouvelables et de matériaux recyclés comme des domaines clés sur lesquels la marque se penche.

Selon lui, l'initiative d'opter pour des décisions plus respectueuses de l'environnement est portée par les équipes au sein même des marques. "On n'en parle pas tellement avec les clients. Je pense que c'est un changement qui vient de l'intérieur [de l'entreprise] et de l'industrie, nos équipes ont envie de faire bouger les lignes", assure-t-il. "Je déteste toutes formes d'écoblanchiment, c'est pourquoi nous ne communiquons pas toujours sur les actions que nous menons. Nous faisons beaucoup de choses, mais nous sommes conscients que tout n'est pas parfait et qu'il reste encore beaucoup de problèmes à régler."

Lors de cette nouvelle édition du salon Watches and Wonders, un certain nombre de Maisons horlogères ont présenté des avancées écologiques intéressantes telles que des bracelets en plastique recyclé ou en cuir végétal, mais Rolf Studer, co-PDG de Oris, estime que ces initiatives ne suffiront pas à résoudre le problème. Cette société suisse a obtenu l'an dernier le label bas carbone et développe un plan pour réduire ses émissions de 10 % chaque année.

"Nous n'y arriverons pas seulement en utilisant des matériaux recyclés dans la fabrication de nos montres", poursuit Rolf Studer. "Il faut porter nos efforts sur le fret, les déplacements, les emballages et le poids des produits."

Van Cleef & Arpels
The nature-inspired Lady Arpels watchVan Cleef & ArpelsVan Cleef & Arpels

À bien des égards, les montres de luxe ont une empreinte beaucoup plus faible que d'autres industries, elles sont produites en petites quantités et leur longévité et réparations sont inhérentes au concept. Oris veut aller au-delà de la réduction de son impact et être une force active pour la planète. Un certain nombre de ses montres permettent de collecter des fonds pour des projets écologiques et Oris a rassemblé ses employés, ses clients et ses amis du secteur pour nettoyer des plages.

"C'est fascinant pour moi, et très satisfaisant de voir que, en tant que marque de luxe, nous sommes capables d'embarquer des gens sur des événements de dépollution dans le monde entier", se félicite Rolf Studer. "Nous les amenons sur des plages de Shanghai, de Corée, aux États-Unis et en Suisse et, au lieu de siroter du champagne dans un salon chic, nous leur disons : "ramassez des déchets avec nous !".

Chopard s'engage aussi pour l'environnement. La Maison suisse de bijoux et de montres a profité du salon Watches and Wonders pour présenter sa campagne pour l'utilisation d'un or plus éthique. L'entreprise travaille directement avec de petits mineurs d'or artisanaux en Amérique du Sud en leur assurant un revenu décent et la possibilité d'obtenir la certification Fairmined.

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Boutiques Chopard et Tudor à GenèveWatches and Wonders

Depuis 2018, Chopard utilise 100 % d'or d'origine responsable grâce à un mélange d'or Fairmined et d'or recyclé. L'objectif est désormais d'augmenter de 40 % à 60 % la quantité d'or provenant de ses partenaires miniers artisanaux.

Patricia Evequoz, responsable développement durable de Chopard estime que cet objectif "n'est pas seulement philanthropique". "Bien sûr, nous payons une prime [aux mineurs d'or] parce que cela fait partie du jeu, explique-t-elle, mais le but est vraiment d'incorporer cela dans l'activité principale, dans la stratégie de l'entreprise. Cela la rend plus puissante et durable. La philanthropie, parfois, n'est pas vraiment attachée à l'activité principale de l'entreprise et parfois elle a ses limites. Il est vraiment crucial pour nous que ce projet continue."

Chopard s'efforce également de s'approvisionner en pierres précieuses de manière responsable afin de réduire son empreinte carbone et de s'attaquer à un certain nombre d'autres impacts environnementaux et sociaux. La marque est consciente de ses lacunes, mais elle a inscrit sa stratégie commerciale dans une perspective durable.

Patricia Evequoz pense même que les horlogers de luxe ont un rôle à jouer dans le changement de mentalité des consommateurs : "La relation que nos clients entretiennent avec nos équipes de vente, avec nos boutiques, est une relation très directe. C'est une relation très forte, et parfois une relation à long terme. Nous avons donc cette possibilité d'engager un dialogue sur ce sujet."

Les montres de luxe restent un produit destiné à quelques privilégiés, mais il est passionnant de voir comment plusieurs Maisons horlogères se sont saisies du thème du développement durable afin de continuer à s'inscrire dans le temps.