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Académie d'orchestre du Philharmonique de Vienne : la relève est là

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Par Katharina Rabillon

Jeunes et ambitieux, ils visent l'excellence et viennent de partout pour jouer dans l'une des institutions les plus célèbres au monde. Le Philharmonique de Vienne les accueille dans son académie d'orchestre. Cette structure qui propose un programme exclusif et varié entend faire émerger une nouvelle génération de musiciens qui perpétueront les traditions et le style de jeu du légendaire orchestre viennois.

Chaque année, une douzaine de jeunes talents sont admis pour un cursus de deux ans. Musica a rencontré plusieurs d'entre eux. Ils nous racontent leur nouvelle vie et nous disent leur fierté de faire partie de cette académie.

Le jeune violoniste Lucas Stratmann confie : "On s'exerce tous, chacun de son côté, plusieurs heures par jour, mais on a l'opportunité de se réunir et de créer cette musique ensemble : ce qui est vraiment merveilleux !" Autre élève, la clarinettiste Petra Liedauer renchérit : "Je me souviens encore très bien de la première répétition, j'étais au bord des larmes parce que je n'arrivais pas à croire ce que je vivais."

"Quête d'excellence"

Michael Bladerer, fondateur de l'Académie d'orchestre du Philharmonique, revient sur les éléments essentiels de cette formation interne. "J'explique [aux élèves] dès notre première conversation," précise-t-il, "que les choses les plus importantes pour nous, ce sont l'excellence - en premier lieu -, la tradition et l'élégance, mais c'est bien l'excellence qui est fondamentale : en fin de compte, dans tout, il faut être au plus haut niveau," souligne-t-il.

Cela passe par l'intégration au sein du Philharmonique lui-même : "Le plus important," poursuit Michael Bladerer, "c'est de jouer dans l'orchestre parce que c'est là que les choses sont transmises et perpétuées."

Ce que confirme Daniel Schinnerl-Schlaffer, trompettiste et ancien élève de l'Académie : "Pour moi, en tant que jeune trompettiste, le plus important, c'était de jouer avec les chefs d'orchestre, avec l'orchestre, car je crois que c'est comme cela que l'on apprend le plus."

Parmi les composantes de la formation, Michael Bladerer en évoque une autre : "La musique de chambre est essentielle parce que quand vous n'avez pas de chef d'orchestre face à vous, vous comprenez tout d'un coup quand vous devez prendre des responsabilités, les transmettre et vous écouter mutuellement," estime-t-il.

"Évidemment, les leçons données chaque semaine par un ou une collègue sont aussi très, très importantes," complète-t-il.

"Des connaissances d'une telle profondeur"

Ce jour-là, nous assistons à une leçon délivrée par Benjamin Morrison à Lucas Stratmann autour du Rondo de Schubert.

Après l'avoir écouté jouer un passage, le premier violon du Philharmonique lui précise : "C'est très bien, fantastique. Je pense qu'au tout début, il faut démarrer plus doux tout en conservant la substance du son," dit-il avant de rejouer le passage sur son propre violon. "Tu peux jouer un petit peu plus près du chevalet, comme si tu faisais une boule de glace," lui montre-t-il.

"Je crois que c'est notre responsabilité de pouvoir leur transmettre ce que nous avons appris dans le passé, non seulement en jouant avec eux dans l'orchestre, mais aussi en leur donnant des conseils et en les aidant à être capables de devenir des musiciens autonomes," estime Benjamin Morrison.

Le jeune Lucas Stratmann indique pour sa part : "J'ai pu apprendre tellement sur les aspects techniques du jeu, j'ai aussi appris à être plus imaginatif dans mon jeu. Ce sont des connaissances d'une telle profondeur qui nous sont transmises lors de ces leçons," affirme-t-il.

Katharina Rabillon
Lucas Stratmann, élève de l'Académie d'orchestre du Philharmonique de VienneKatharina Rabillon

Lucas Stratmann, originaire de New York, appartient à cette génération montante qui nourrit de grands espoirs, mais devenir musicien professionnel n'est pas un choix de carrière des plus simples.

"Le monde de la musique classique est très concurrentiel et c'est facile de s'y perdre," reconnaît-il avant d'ajouter : "J'ai eu des doutes, je devais avoir 14 ou 15 ans. Je me demandais : 'Est-ce que je serai capable d'en faire ma carrière ? De jouer ? Qu'est-ce que je ferai dans la musique ?' En fait, j'adore la musique et être ici m'a rassuré sur le fait que je peux faire carrière dans la musique," se félicite-t-il. Ses efforts au sein de l'académie ont d'ailleurs payé : "Grâce à tout le soutien que j'ai eu de la part de mes professeurs de l'orchestre, j'ai pu très bien me préparer et j'ai obtenu une position dans le pupitre des seconds violons," précise-t-il dans un large sourire.

Une affaire d'amitié

Il y a bien sûr, l'expérience musicale "si enrichissante" comme l'évoque le jeune Lucas. Mais le jeune homme indique également qu'au sein de l'académie, il s'est "fait des amis incroyables qui [le] portent vers le haut et [l'] inspirent tellement."

Camarade de Lucas, le jeune violoniste Robert Amadeo Sanders renchérit : "On travaille ensemble la journée et le soir, on se retrouve, on sort. Et d'avoir autour de nous, des personnes qui nous soutiennent," poursuit-il, "c'est vraiment génial."

Autre élève, le bassonniste Traian-Petroniu Sturza ajoute : "On a tous le même âge à peu près et espérons-le, on sera collègues ou du moins, on aura lié connaissance pour le reste de notre carrière. Évidemment, c'est bien que l'on puisse établir une si belle amitié dès le début," reconnaît-il.

Concerts partout dans le monde

Les élèves jouent au sein du Philharmonique de Vienne partout dans le monde.

Alors que l'orchestre se tourne vers l'avenir et soutient la création musicale contemporaine, les jeunes talents ont eu la chance, en mars dernier à Budapest, de jouer sous la baguette de Tomas Adès, considéré comme l'un des compositeurs les plus accomplis de sa génération.

Une rencontre "passionnante" pour la jeune joueuse de hautbois Katharina Kratochwil : "J'ai aimé son œuvre dès le départ et j'avais hâte de travailler avec lui," confie-t-elle.

"C'est toujours enthousiasmant pour eux d'avoir le plaisir de jouer dans un grand orchestre comme celui-là pour la première fois dans leur vie et je me dis que nous verrons ces jeunes musiciens jouer pendant de nombreuses années à l'avenir," se réjouit Tomas Adès.

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Répétition du Philharmonique de Vienne à l'approche du concert à Budapest avec Thomas AdèsKatharina Rabillon

Lors de leur cursus au sein de l'académie, les élèves ont l'opportunité de partager la scène avec des chefs d'orchestre de légende, mais aussi de faire leur connaissance lors de rencontres dédiées, par exemple avec le maestro de renommée internationale, Christian Thielemann.

"Très souvent, ils sont très spontanés et comme ils n'ont pas d'expérience, ils ont une manière très directe d'aborder les choses," estime le chef d'orchestre. "Je ne suis plus comme cela, je me suis endurci et j'ai perdu un peu cela ; mais parfois, je me vois en eux," s'amuse-t-il.

Moments d'exception

Parfois, les jeunes talents participent même à des moments historiques comme le concert donné par le Philharmonique en première mondiale en l'emblématique basilique de la Sagrada Familia en mars dernier.

Et les expériences incroyables ne manquent pas pour les élèves. À la mi-juin, ils ont pu s'imprégner de l'atmosphère enchanteresse du château de Schönbrunn à Vienne à l'occasion de l'un des concerts les plus impressionnants de leur jeune carrière : le Concert d'une nuit d'été où le Philharmonique de Vienne a une nouvelle fois, partagé sa passion pour la musique avec son public.

"Une expérience unique" pour Lucas Stratmann qui avec ses camarades, a eu la chance de réaliser un rêve en se produisant dans ce cadre grandiose.

Journaliste • Katharina Rabillon