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Une programmation riche pour la 34e édition de Visa pour l'image.
Une programmation riche pour la 34e édition de Visa pour l'image.   -   Tous droits réservés  Océane Duboust / euronews   -  

Visa pour l'image : le monde à travers l'objectif

Après 34 ans, c'est devenu une tradition à Perpignan, à 30 kilomètres de la frontière espagnole. Chaque année, le festival Visa pour l'image met en lumière le meilleur du photojournalisme. Après deux années de pandémie, l'édition qui a débuté ce samedi est revenue à la normale.

L'occasion de découvrir des reportages sur ce qu'il se passe dans le reste du monde à travers 25 expositions jusqu'au 11 septembre. Mais aussi des projections, des conférences et des rencontres, une occasion rare pour le public d'échanger avec les personnes derrière les images qui font l'actualité.

Focus sur l'Ukraine

La guerre en Ukraine fait peut-être moins les unes des journaux mais le conflit est omniprésent au festival.  Dans le communiqué de presse du festival, Jean-François Leroy, directeur du festival nous rappelle que vingt journalistes ont perdu la vie en Ukraine depuis 2014 selon Committee to Protect Journalist.

Sur les murs de la Caserne Gallieni en plein centre ville, l'incroyable travail de Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka, deux photoreporters ukrainiens qui ont couvert le siège de Marioupol pour Associated Press.

L'histoire tragique de Kirill, 18 mois, est racontée au public photo après photo : son père le portant dans ses bras à travers les urgences, les médecins tentant de lui sauver la vie et ses parents effondrés et en larmes après son décès.

© Evgeniy Maloletka / Associated Press
Une femme devant un camion de pompiers détruit par des tirs d’obus. Marioupol, Ukraine, 10 mars 2022.© Evgeniy Maloletka / Associated Press

Nous croisons Evgeniy Maloletka, dont une photo est sur toutes les affiches du festival, alors qu'il quitte l'exposition consacrée à Boutcha. Sous le soleil, dans une chemisette kaki, il raconte : "Toutes les plateformes permettant de montrer la réalité du terrain sont importantes. Nous apprécions que tout le travail que nous avons fait à Marioupol ait cet écho, mais lorsque nous étions là-bas, nous ne le savions pas. C'était vraiment horrible et inquiétant. Nous essayions de survivre et de montrer comment c'était, avec un focus particulier sur le personnel médical et humanitaire".

Lorsque nous l'interrogeons sur son exfiltration de la ville, il explique qu'il devenait impossible de travailler : l'hôpital était encerclé, le bâtiment voisin était occupé par les troupes russes et il y avait des frappes toutes les 20 minutes. Ses pensées vont aux personnes qui l'ont aidé, lui et son collègue, à partir, sachant qu'ils étaient journalistes. Son travail est nominé pour le Visa d'or news, l'un des principaux prix du festival.

A trois minutes de là, au couvent des minimes, l'œuvre de Lucas Barioulet contraste avec les fresques religieuses qui surplombent ses photographies. Lors de son séjour en Ukraine, le jeune photojournaliste de 26 ans a couvert la vie quotidienne comme il l'appelle. Les repas, les funérailles, le retrait des œuvres d'art du musée de Lviv... tous ces moments qui ont eu lieu malgré les bombardements.

Une fenêtre sur le monde

Cependant, l'Ukraine n'est pas le seul point de mire. "Nous nous interdirons, comme toujours, de circonscrire notre programme à un seul sujet, aussi important soit-il" écrit Jean-François Leroy. Ainsi, le festival nous emmène autour du monde avec un autre thème clé : l'environnement avec des expositions qui résonnent comme une sonnette d'alarme.

Alain Ernoult est passé du photojournalisme de guerre à la photographie animalière. Il a intitulé son travail consacré aux espèces en voie de disparition "6e extinction". Il entre en résonance avec les photographies de Brent Stirton sur la viande de brousse et les épidémies, un travail qu'il a commencé deux ans avant la pandémie. Un rappel que les photoreporters sont tout autant des témoins que des lanceurs d'alerte.

© Ana María Arévalo Gosen lauréate du prix 2021 Camille Lepage
Des femmes condamnées pour des crimes liés au gang Barrio 18. Prison pour femmes d’Ilopango, à l’est de San Salvador, Salvador, mars 2021.© Ana María Arévalo Gosen lauréate du prix 2021 Camille Lepage

Sur le mur de l'église dominicaine, elles nous regardent droit dans les yeux. Des femmes vêtues d'uniformes pénitentiaires beiges. La photo d'Ana María Arévalo Gose nous fait pénétrer dans les prisons féminines d'Amérique latine, à travers l'ennui et la promiscuité. Des femmes qui voient leurs droits fondamentaux bafoués derrière les barreaux. L'année dernière, elle a remporté le prix Camille Lepage, du nom de la journaliste française tuée en République centrafricaine en 2014.

Pour sa première journée d'ouverture, le festival est un succès avec de la foule dans chaque lieu. En moyenne, 200 000 personnes viennent durant les deux semaines. "Je pense que les photos sont plus marquantes que les vidéos, car c'est un moment figé, c'est plus dur et plus marquant" nous dit Eric, un visiteur de Montpellier. Son ami Maxime ajoute : "Les traits, l'expression du visage à travers la photographie, c'est parlant".

Océane Duboust / euronews
Visiteurs devant l'exposition la 6e extinctionOcéane Duboust / euronews

Le festival est aussi l'occasion de reconnaître le travail des journalistes qui risquent souvent leur vie sur le terrain.

Dans une profession de plus en plus précaire, avec un nombre croissant de pigistes et de photographes qui vont sur le terrain sans assurance, sans gilet pare-balles ou même sans casque, Visa pour l'image nous rappelle la valeur et le coût de ces images. Un métier pas tout à fait comme les autres. Comme l'écrit Jean-Claude Coutausse dans son texte, 40 ans derrière l'objectif: "Une image ne dit jamais la vérité, mais on peut éviter de la faire mentir".

Tous les événements du festival sont gratuits et se déroulent à Perpignan jusqu'au 11 septembre. Une partie des œuvres est visible en ligne sur le site : visapourlimage.com