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Cinq questions pour décrypter le dernier rapport du GIEC

Le réservoir de Vinuela presque vide d'eau en raison du manque de pluie, dans le sud de l'Espagne, le 22 février 2022
Le réservoir de Vinuela presque vide d'eau en raison du manque de pluie, dans le sud de l'Espagne, le 22 février 2022   -   Tous droits réservés  Carlos Gil/AP   -  
Par Oceane Duboust  avec AFP

Le 2e volet du 6e rapport du GIEC a été publié le 28 février. Passé au second plan de l'actualité en raison de l'invasion de l'Ukraine, ce document apporte des chiffres qui font frémir sur la situation climatique actuelle. Alarmant sans être alarmiste, le texte appelle à prendre des décisions fortes et à augmenter les moyens dédiés à la lutte contre le réchauffement sous peine d'en subir les conséquences dramatiques plus tard.

Qu'est-ce que le 6e rapport du GIEC ?

Ce rapport est l’étude de 34 000 articles scientifiques passés au crible bénévolement par 270 auteurs. C’est le deuxième volet de ce rapport qui a été publié le 28 février. Le travail sur ce rapport a commencé en 2015 et devrait s’achevait en 2022. Pour rappel, le GIEC a été crée en 1988 sous l'impulsion de l'Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations Unies pour l'environnement.

En plus du rapport, un « résumé pour les décideurs », diplomatiquement pensé mot à mot, a été publié après deux semaines d'intenses négociations.

Que dit ce volet ?

Ce deuxième volet concerne « les questions d’écologie, de la vulnérabilité humaine face aux risques et de l’adaptation » d'après le chercheur Wolfgang Cramer dans une interview donnée au journal du CNRS. Les conséquences du réchauffement climatique sur les écosystèmes mais aussi sur la société qui avaient déjà été mises en avant dans les précédents rapports sont de nouveau soulignées.

Chaque fraction de degré supplémentaire peut avoir des conséquences globales dont certaines irréversibles, d'autant plus si la barre fatidique de 1,5° est dépassée a indiqué l'organisation. Par exemple, les coraux les moins profonds « ne devraient pas survivre jusqu'à la fin du siècle si le réchauffement se poursuit sans relâche » précise le communiqué.

Le réchauffement du climat a également un impact direct sur les populations. Ainsi, entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes, soit près de la moitié des habitants de la planète, son déjà « très vulnérables » aux impacts du réchauffement climatique.

Qui est concerné ?

Tout le monde, en raison des liens complexes qui lient les écosystèmes, les hydrosystèmes et les populations humaines. En revanche, tout le monde n'est pas touché de manière égalitaire : « la capacité des sociétés humaines à s’adapter diffère beaucoup entre des pays du Nord et du Sud, et même à l’intérieur d’un même État » selon Wolfgang Cramer. Certains pays du Sud sont ainsi extrêmement touchés alors qu'il sont de très faibles émetteurs.

Ainsi, François Gemenne, spécialiste des migrations climatiques évoque à l'AFP l'« exode rural massif » de familles africaines dépendant d'une agriculture de subsistance frappée par le dérèglement climatique. Pourtant le continent ne contribue qu'à hauteur de 4 % au total des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), soit le pourcentage le plus faible de toutes les régions indiquait l'expert Tanguy Gahouma-Bekale dans un article pour les Nations unies.

De nombreux peuples autochtones sont également en première ligne face aux dérèglements climatiques. Ceux de l'Arctique sont menacés par la fonte de la banquise. Les conséquences sont plus directes mais également plus rapides : le pôle Nord se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète.

Qu'est-ce que la « mal-adaptation » mentionné dans ce volet ?

Les capacités d'un écosystème ou d'une société à résister aux effets néfastes du réchauffement climatique dépend grandement de leur résilience. Certaines mesures ont d'ores et déjà été prise pour résister aux événements extrêmes. Cependant les effets ont parfois été contre-productifs, c'est ce que rapport nomme la « mal-adaptation ».

« Il y a beaucoup de situations dans lesquelles des projets d'adaptation ne fonctionnent pas », commente Ed Carr, un des auteurs de ce rapport de plus de 3 500 pages sur les impacts du réchauffement. « Certains ont même empiré les choses ». Un problème ignoré pendant longtemps selon les scientifiques du Giec.

Par exemple, construire un barrage pour empêcher les inondations urbaines peut aider à protéger une zone précise sur une période limitée.

« Mais si la mesure que vous mettez en place a des conséquences négatives tout au long de la rivière et aggrave les choses à long terme, c'est de la mal-adaptation », souligne la climatologue Friederike Otto, de l'Imperial College de Londres, regrettant la tentation des humains d'ignorer leurs mauvais choix et de tout mettre sur le dos des aléas météo.

Quelles sont les solutions proposées ?

Pour explorer en profondeur ces problématiques, il faudra attendre le 3e volet prévu pour avril 2022 consacré aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Un consensus est clair chez les experts : les moyens alloués à la lutte contre le réchauffement sont insuffisants, qu'ils soient politiques ou financiers.

Ainsi, on compte seulement 16% des terres et 8% des mers comme zones protégées, tandis que selon Hans-Otto Pörtner, coprésident du groupe de travail, il faudrait protéger et conserver efficacement et équitablement « 30 à 50 % des habitats terrestres, océaniques et d’eau douce » pour que la société bénéficie de l'absorption du carbone par la nature.

Ce sont donc des mesure fortes et des investissements élevés que réclament les scientifiques aux décideurs. Comme le souligne le dernier paragraphe du rapport pour les décideurs : « Les éléments scientifiques sont sans équivoque : le changement climatique menace le bien-être de l’humanité et la santé de la planète. Tout retard dans l’action mondiale concertée nous ferait perdre un temps précieux et limité pour instaurer un avenir viable ».