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Les stars épinglées sur les réseaux sociaux pour leurs vols en jets privés

Archives : jet privée avec à son bord l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos, en train d'atterrir sur le tarmac de l'aéroport de Vigo, en Espagne, le 19 mai 2022
Archives : jet privée avec à son bord l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos, en train d'atterrir sur le tarmac de l'aéroport de Vigo, en Espagne, le 19 mai 2022   -   Tous droits réservés  BRAIS LORENZO/AFP
Par Euronews  avec AFP

La "jet set" n'a jamais aussi bien portée son nom. Hommes d'affaires, stars et politiques ont l'habitude de se déplacer luxueusement en avions privés. Seulement à l'époque de l'urgence climatique, ce mode de vie fait de plus en plus grincer des dents. Les détectives du web ont donc pris la décision d'afficher publiquement sur les réseaux sociaux leurs trajets en jet privé à l'empreinte carbone élevée.

Après avoir publié mi-juillet sur Instagram une photo de son avion et celui de son compagnon, la star de la téléréalité Kylie Jenner a été qualifiée de "criminelle du climat" par des internautes.

D'innombrables "mèmes", des photos ou vidéos humoristiques, ont aussi circulé pour se moquer de la chanteuse Taylor Swift après la publication ce vendredi d'une analyse de l'agence de marketing Yard, qui la classe comme "la célébrité la plus pollueuse de l'année", avec 170 vols depuis le début de l'année.

Yard s'est basé sur les données du compte Twitter "Celebrity Jets" qui suit les vols de célébrités grâce à des données publiques en ligne.

Tweet du compte "Celebrity Jets" représentant le trajet d'1h32 fait par le jet privé appartenant à Kylie Jenner.

À l'origine de ce compte, un étudiant de 19 ans nommé Jack Sweeney. Il a commencé en juin 2020 en suivant le jet privé d'Elon Musk et dispose désormais de 30 comptes traquant aussi bien des stars du sport, de la "tech", comme le patron de Meta Mark Zuckerberg, ou encore des oligarques russes.

Il a inspiré d'autres internautes comme Sébastien*, un ingénieur aéronautique de 35 ans qui a créé en avril le compte "I Fly Bernard" sur les trajets des avions de milliardaires français pour les interpeller sur leur empreinte carbone.

"Ce que j'essaie de dénoncer, c'est leur utilisation des jets privés comme des taxis", explique-t-il à l'AFP, en pointant les nombreux vols intérieurs ou européens effectués par les avions.

Peter DeCarlo, professeur à l'université Hopkins expliquait dans un article du Washington Post que le problème est aussi l'émulation suscitée par ce mode de vie polluant. 

"[...] Un jet privé devient un symbole de prestige et quelque chose auquel les gens aspirent, et ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans le contexte du réchauffement climatique" dit-il.

5 à 14 fois plus polluant qu'un vol classique

"En Europe, les trois quarts de ces vols pourraient être faits en train", dénonce William Todts, directeur exécutif de Transport & Environment, qui regroupe des ONG européennes du secteur.

Le secteur aérien est responsable de 2 à 3% des émissions mondiales de CO2 mais selon un rapport de Transport & Environment publié en mai dernier. Les vols privés ont une empreinte carbone par passager 5 à 14 fois supérieure aux vols commerciaux et 50 fois supérieure au train, selon cette source.

L'aviation privée est d'ailleurs en plein essor depuis la pandémie, ses clients souhaitant éviter les suppressions de vols et la promiscuité face au virus.

Certaines stars ont réagi face à la pression des réseaux sociaux. La semaine dernière, un porte-parole de Taylor Swift a affirmé dans la presse qu'elle "prête régulièrement son jet à d'autres personnes". "Lui attribuer la plupart ou tous ces trajets est totalement incorrect", poursuit-il.

Le rappeur Drake, pointé du doigt pour un vol de 14 minutes entre Toronto et Hamilton, a répondu sur Instagram que l'avion avait été déplacé pour le garer ailleurs, "personne n'était à bord de ce vol", a-t-il précisé.

"C'est encore pire s'il a volé à vide", s'étrangle Béatrice Jarrige, cheffe de projet au sein de l'association Shift Project.

En France, un porte-parole du groupe Bouygues assure que l'avion suivi par "I Fly Bernard" présenté comme celui de Martin Bouygues appartient au groupe et "est utilisé par plusieurs collaborateurs". Il précise que les émissions de CO2 de l'avion sont compensées par des projets de reforestation, une solution critiquée car elle ne réduit pas les émissions de manière substantielle.

Bernard Arnault, Jean-Charles Decaux et Vincent Bolloré, également visés par le compte Twitter, n'ont pas souhaité commenter.

L'hypocrisie des politiques également visée

Si les vols des hommes d'affaires et les stars sont scrutés, ceux des hommes politiques le sont aussi et peut être même encore plus. Ainsi, lors de la COP26 de Glasgow qui a eu lieu à la fin de l'année 2021, plus de 400 jets privés auraient été mobilisés selon le Daily Mail. Un bilan qui a fait bondir les militants pour le climat qui ont souligné que certains dirigeants européens pouvaient rejoindre en quelques heures la ville écossaise par des moyens plus propres. 

Mme Jarrige espère que ce mouvement des réseaux sociaux se transformera en action politique. "Il ne s'agit pas d'interdire totalement les vols, mais il faut que les plus riches fassent un effort de sobriété", précise-t-elle, en plaidant pour des investissements dans le ferroviaire.

Pour M. Todts, les propriétaires de jets devraient au minimum exiger qu'ils fonctionnent aux biocarburants plutôt qu'au kérosène, car cela pousseraient les avionneurs à développer ces technologies.

En septembre 2021, le secteur de l'aviation d'affaires a estimé que ces carburants durables sont "clé" pour atteindre l'objectif de neutralité carbone qu'il s'est fixé pour 2050.

*Le prénom a été changé car la personne souhaite conserver son anonymat