Comment allier habitat, écologie et respect de l'environnement ?

Photo prise, le 04 janvier 2005 à Athée, dans le nord-ouest de la France, d'une maison construite avec des techniques respectueuses de l'environnement.
Photo prise, le 04 janvier 2005 à Athée, dans le nord-ouest de la France, d'une maison construite avec des techniques respectueuses de l'environnement.   -   Tous droits réservés  FRED DUFOUR/AFP
Par Ophélie Barbier

Les conséquences du réchauffement climatique ont poussé les citoyens à agir à leurs échelles. Quand certains fabriquent leurs composts, surveillent leur consommation d'eau ou choisissent de prendre les transport en commun, d'autres veillent à vivre dans un habitat éco-responsable.

L'architecture est devenue un critère de mode de vie écologique. Vivre dans un logement respectueux de l'environnement, construire un foyer avec des matériaux durables, prendre en compte les ressources de son territoire... Pour Sébastien Fabiani, architecte et maître de conférence à l’École nationale d’architecture de Grenoble (ENSAG, France), il est possible d'agir à plusieurs niveaux pour habiter un lieu qualifié d'éco-responsable.

Pour le spécialiste, la notion d'habitat s'est transformée à l'après-guerre. Chacun possédait son pavillon, ce qui a contribué à "la destruction du tissu urbain traditionnel", comme la dénomme Sébastien Fabiani. Selon lui, un village est synonyme de biens mutualisés, de vie en communauté. Avec le temps, les citoyens ont étalé leurs réseaux sur le territoire français pour être autonomes : "chacun possède désormais sa petite maison, et écologiquement c'est désastreux", soutient l'architecte. 

Prendre en compte l'écosystème de nos territoires

Dans les années 70 naît le concept de bio-région, décrit par l’écologiste Peter Berg comme "une zone géographique définie par des caractéristiques naturelles, comme par exemple des bassins versants, des reliefs, des sols, des qualités géologiques, des plantes et des animaux, un climat et une météo”

Ce concept est primordial pour Sébastien Fabiani, qui invite les usagers désireux de construire une maison à s’interroger sur les spécificités locales du territoire qu'ils vont habiter. Plutôt que d’importer des matériaux de l’étranger, la priorité est de privilégier l’emploi de matériaux présents localement. 

ROMAIN LAFABREGUE/AFP
Chantier de 'L'Orangerie', un immeuble de bureaux à Lyon, construit avec la technique du pisé, qui consiste à compacter de la terre humide dans un coffrage (2019).ROMAIN LAFABREGUE/AFP

Repenser nos territoires, à l'échelle des régions, des départements, des villes, s'avère impératif pour l'architecte : “il faut étudier leurs écosystèmes, savoir de quelles ressources ils sont composés, pour pouvoir les habiter”. Car chaque territoire français possède un écosystème singulier

La région Auvergne-Rhône-Alpes (France), par exemple, est composée de zones montagneuses. L’architecture traditionnelle est adaptée au climat de montagne et à la pente. “On trouve dans cette zone géographique beaucoup de constructions en pierre ou en pisé, c’est-à-dire des constructions en terre argileuse, car c’est un matériau que l’on a sous la main dans cet environnement”, précise l'architecte grenoblois. L'habitat éco-responsable vise à trouver un équilibre entre la société humaine et le territoire qu'elle habite.

Trois critères pour réduire son impact écologique

L’habitat éco-responsable est un ensemble et doit prendre en compte le territoire, l’écosystème, la mobilité. Vouloir habiter un lieu suppose de considérer la distance qui sépare le futur logement des lieux où l'on se déplace fréquemment. L'habitat éco-responsable dépend des trajets que l'on emprunte tous les jours : où l'on va au travail, où l'on fait ses courses, où l'on va chercher ses enfants à l'école.

L'architecte préconise ensuite de rénover ce qui existe déjà :“Il faut éviter de construire du neuf. Il faut plutôt transformer le bâti existant. L'impact des constructions neuves est multifactoriel. Quand on fait construire dans un champ, par exemple, cela implique de créer une route et des réseaux : on participe à la destruction des surfaces agricoles françaises”.

Utiliser des matériaux naturels et bio dégradables dans la construction, qui n’ont pas d'impact dans leur fabrication, est le troisième conseil de Sébastien Fabiani. Plutôt que d'utiliser du béton qui consomme beaucoup d'énergie, “il faut utiliser les ressources naturelles locales qui sont à notre disposition”, ajoute-t-il.

JOEL SAGET/AFP or licensors
Un monticule de paille en Normandie, France (2022).JOEL SAGET/AFP or licensors

En cela, les déchets agricoles sont un excellent parti. La France accumule chaque année des monticules de paille dont elle n'arrive pas à se débarrasser - ce matériau étant imputrescible. Via différents procédés industriels, la paille peut être transformée en isolant. L'architecte français explique que cette conversion évite d'utiliser de la laine de bois, de roche, de verre, qui est issue de pays éloignés : "la paille est un matériau renouvelable, qui a peu d’impact écologique, qui est sain et qui n’est pas bourré de composés organiques volatiles”. Mais le fait est qu'en France, certains matériaux manquent. Favoriser les matériaux locaux n'est pas toujours aisé. 

La filière du bois, grande problématique française

À l’après-guerre, la filière française du bois est déstructurée par les puissantes filières de l’acier et du béton. Elle perd en vitesse et n’arrive pas à s'aligner sur ses concurrentes. Dans le même temps, des pays scandinaves développent le bois à une échelle industrielle bien plus importante. Les prix sont bas : le bois de qualité, de sapin notamment, s'achète en majorité dans les pays nordiques.

Aujourd'hui, la France dispose d’une grande quantité de feuillus, mais la désorganisation de la filière du bois ne permet pas de les utiliser en nombre dans la construction. Ce déficit est pourtant voué à changer, d’après Sébastien Fabiani, car les conifères ne pousseront bientôt plus en dessous de 1000 mètres d'altitude dans le pays : par conséquent, les feuillus devront se substituer aux conifères.

"80% des constructions en bois que l’on aperçoit en France sont constituées de bois issu de l’étranger : Allemagne, Autriche, Pologne, pays scandinaves...", note l'architecte grenoblois. Mais, paradoxalement, faire venir du bois de l’étranger est “préférable” à la construction en béton, nuance Sébastien Fabiani, “car une tonne de béton correspond à 4 tonnes d’équivalent CO2”.

Construire des lieux qualitatifs et durables

La qualité doit supplanter la quantité, et cela se passe dans la fabrication d'habitats durables et peu polluants. “Pour peu consommer, la base est de construire un bâtiment bien isolé et bien orienté, avec de la lumière naturelle”, explique le professeur d'architecture. Des solutions s'y ajoutent, et permettent de produire de l’énergie à moindre coût écologique, tel que l''installation de panneaux solaires.

La logique est également de construire des bâtiments capables d’être évolutifs, c’est-à-dire qui puissent se transformer avec les décennies, se reconvertir et perdurer dans le temps. Un exemple adéquat est celui de l’immeuble haussmannien, un type de bâtiment qui peut abriter des logements, des bureaux ou des commerces.

BOYAN TOPALOFF/AFP
Immeuble haussmannien à Paris, 2022.BOYAN TOPALOFF/AFP

Sébastien Fabiani met également en avant le système du réemploi : “nous disposons de moins en moins de ressources naturelles. Nous devons penser à des systèmes constructifs démontables qui, lors de leur démolition, permettent de récupérer un maximum de matériaux à réemployer dans de nouvelles constructions”. Cette récupération de matériaux est l'objectif de l'association iséroise Ecomat38, qui affirme en 2021 avoir collecté 554 tonnes de matériaux du bâtiment et en avoir revendues 258.