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L'Union européenne a peut-être atteint son moment où "tout est possible"

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Par Giorgia Orlandi  &  Yolaine De Kerchove Dexaerde (traduction)
Manifestant appelant à un embargo des hydrocarbures russes - Bruxelles (Belgique), le 29/04/2022
Manifestant appelant à un embargo des hydrocarbures russes - Bruxelles (Belgique), le 29/04/2022   -   Tous droits réservés  Virginia Mayo/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved

La dernière fois que j'ai couvert la conférence sur "l'Etat de l'Union" à Florence, c'était il y a un an, alors que la lutte mondiale contre le Covid-19 occupait le devant de la scène. Cette fois, l'appel était complètement différent.

À l'époque, j'avais rencontré le Premier ministre albanais Edi Rama pour discuter de l'élargissement de l'Union européenne et de la candidature de son pays à l'adhésion, mais aujourd'hui, la guerre est revenue en Europe et l'Union européenne est confrontée à la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et ce n'est pas tout. Pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine,les effets unificateurs du conflit s'estompent.
Le coup d'envoi de l'événement a été donné juste après que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dévoilé une proposition d'embargo pétrolier progressif contre la Russie, ce qui a suscité des divisions entre les États membres.

Les orateurs qui ont afflué dans la ville italienne à la fin de la semaine dernière avaient été désignés pour répondre à une question cruciale : "L'Europe est-elle prête pour la prochaine génération ?". La mise en œuvre du plan de relance de l'UE pour aider les citoyens frappés par la pandémie, les préoccupations en matière d'État de droit et la crise climatique sont quelques-uns des sujets abordés lors de la conférence.

Pourtant, à mon arrivée à Badia Fiesolana, dans la banlieue de Florence, pour la première journée de discussions, il était évident que les débats sur l'énergie seraient en tête de l'ordre du jour.

Vincenzo Amendola, sous-secrétaire d'État italien aux Affaires européennes, m'a dit que ce dont l'Union européenne a besoin, c'est de procéder à la révision des traités, répétant ainsi ce que son Premier ministre, Mario Draghi, avait dit à la séance plénière du Parlement européen à Strasbourg quelques jours auparavant. Mais surtout, M. Amendola a souligné que la voie empruntée par l'Italie pour mettre fin à sa dépendance à l'égard des sources d'énergie russes est une voie à sens unique, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas de retour en arrière.

Une vision que, malgré les divergences, de nombreuses personnes à Florence partageaient, y compris la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera Rodríguez.

Je l'ai rencontrée à la fin de l'un des panels les plus intéressants de la journée, intitulé "Relever le grand défi énergétique de l'Europe", auquel participait également Kadri Simson, commissaire européen à l'énergie - une question qui allait de pair avec une autre session intitulée "La crise ukrainienne va-t-elle affaiblir la politique climatique et énergétique de l'Europe ?".

J'ai posé la même question directement à la vice-première ministre belge, Petra De Sutter, qui était invitée au panel. Elle m'a répondu que c'était plutôt le contraire et que le fait de s'éloigner du gaz russe allait accélérer la transition de l'UE vers les sources d'énergie verte. En d'autres termes : "Derrière chaque défi se cache une opportunité de croissance", un concept qui résume assez bien l'essence du sommet.

Le deuxième jour de l'événement, lorsque les grands acteurs de Bruxelles ont pris la parole, il est apparu plus clairement ce que "saisir l'opportunité" signifie pour l'Europe aujourd'hui et ce qui est en jeu.

Alors que l'accent était mis sur la sécurité et les changements dans l'ordre mondial, le plus haut diplomate de l'UE, Josep Borrell, a clarifié l'idée en soulignant le fait qu'il s'agit d'un tournant historique pour l'Europe, l'UE se comportant comme un acteur géopolitique sur le front militaire et énergétique.

Il va sans dire que l'unité entre les États membres est une condition préalable pour faire de la crise actuelle une opportunité pour le bloc des 27 pays. Mais comment préserver l'unité de l'UE alors que le bloc met en œuvre des sanctions contre la Russie ? C'est la question que j'ai décidé de poser à Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen.

Sa réponse a été directe et n'a laissé aucune place au doute, indiquant clairement que l'UE ne peut se permettre d'être divisée : "Si l'unité échoue", m'a-t-elle dit, "le leadership politique échoue aussi".

Mais je crois que ce sont les mots de Roberta Metsola, lors de son discours d'ouverture plus tôt dans la journée, qui illustrent le mieux la situation actuelle de l'Europe. S'inspirant de la célèbre déclaration de Mario Draghi, faite au plus fort de la crise financière alors qu'il dirigeait la Banque centrale européenne, ellea déclaré que l'Europe était confrontée à un autre "moment où tout est possible". Un moment, a-t-elle ajouté, "qui devrait conduire au changement".