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Yiorgos Lillikas, chef de la diplomatie chypriote: "La Turquie doit remplir ses obligations"

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Yiorgos Lillikas, chef de la diplomatie chypriote: "La Turquie doit remplir ses obligations"

Yiorgos Lillikas, chef de la diplomatie chypriote: "La Turquie doit remplir ses obligations"
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La Turquie doit remplir ses obligations: c’est le message du chef de la diplomatie chypriote Yiorgos Lillikas à Ankara. Chypre qui met en garde la Turquie: le non-respect de ses engagements vis-à-vis de l‘île met en péril ses négociations d’adhésion à l’Union européenne. L‘île est toujours divisée. Au sud, la République de Chypre, reconnue sur la scène internationale et membre de l’Union européenne depuis 2004. Au nord, un Etat turcophone autoproclamé, uniquement reconnu par Ankara.
Le gouvernement de Nicosie insiste sur l’ouverture des ports turcs pour les navires chypriote-grecs, mais Ankara refuse. Résultat: Chypre soutient une suspension, au moins partielle, des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Avant le sommet européen de la mi-décembre, EuroNews a voulu en savoir plus sur la position de Chypre. Un seul mot d’ordre: la Turquie doit faire un pas.

EuroNews
“La présidence finlandaise vient d’inviter tout le monde pour se parler face-à-face sur ce problème chypriote. Cette invitation a été annulée à la dernière minute, pourquoi ?”

Yiorgos Lillikas
“Comme vous savez, la Turquie refuse de reconnaître la République de Chypre et donc elle refuse même de nous rencontrer. Pour le moment je ne peux pas dire que je suis très optimiste. Toutes les informations que je reçois par d’autres gouvernements qui sont en contact avec la Turquie sont très négatives.”

EuroNews
“Mi-décembre, les chefs d’Etats et de gouvernements des 25 se réuniront pour discuter du dossier turc et du dossier chypriote. Que proposez-vous très concrètement pour débloquer la situation ?”

Yiorgos Lillikas
“Que la Turquie remplisse ses obligations!”

EuroNews
“Vous parlez des obligations. C’est-à dire l’ouverture des ports turcs ?”

Yiorgos Lillikas
“Il y a plusieurs obligations que l’Union Européenne a décidé. Ce sont: l’ouverture des ports et des aéroports de la Turquie comme prévu dans l’accord douanier entre la Turquie et l’Union Européenne et dans le protocole d’Ankara. C’est aussi la normalisation des relations entre la Turquie et la République de Chypre. Mais c’est aussi la reconnaissance de l’Etat de la République de Chypre en tant qu’Etat-membre de l’UE. Puisqu’on a un paradoxe aujourd’hui: un pays-candidat (la Turquie), qui veut adhérer (à l’UE), qui veut faire partie de la famille européenne, refuse de reconnaitre et d’avoir des relations diplomatiques avec un membre de la famille de l’UE. Ca, c’est très paradoxal.”

EuroNews
“La raison pour laquelle la Turquie dit “non” systématiquement c’est qu’elle dit que l’Union Européenne a promis de rompre l’isolement de la partie nord de Chypre. Alors: est-ce qu’on n’a pas besoin d’un geste d’ouverture pour effectivement rompre cet isolement économique du Nord ?”

Yiorgos Lillikas
“D’abord, permettez-moi de dire que l’histoire de l’isolement est un mythe. Et la meilleure preuve de cela, est que les deux dernières années le produit par tête dans les parties occupées, le revenu des Chypriotes-turcs a été multiplié par quatre.”

EuroNews
“Je viens de parler, il y a quelques jours, avec le président Mehmet Ali Talat, président de Chypre du Nord, un gouvernement qui n’est pas reconnu internationalement. J’ai lui a posé la question suivante: pourquoi ne renvoyez-vous pas les troupes turques? Sa réponse était qu’il a peur, peur de vous, peur des militaires grecs. Que répondez-vous à cela ?”

Yiorgos Lillikas
“Il y avait 120.000 Chypriotes-turcs en 1974. Selon le taux de croissance de la population, aujourd’hui, il devrait y en avoir autour de 200.000 dans la partie occupée. Aujourd’hui, ils ne sont que 75.000. Ils sont moins qu’en 1974, sous la “protection” de la Turquie. Ils ont quitté l‘île, malheureusement, pour partir à Londres ou dans d’autres régions du monde. Par contre, qu’est-ce que fait la Turquie? Elle a ramené plus de 180.000 colons d’Anatolie. Elle est en train de coloniser le Nord de Chypre et de modifier le caractère démographique de l‘île. Donc, avec une présence de 40.000 soldats turcs sur le terrain bien que notre garde nationale compte 9.000 hommes. S’il y a une question de sécurité, c’est vraie pour nous. Parce que nous sommes sous la menace de l’armée turque. Nous sommes un tout petit pays: nous sommes une population de moins d’un million d’habitants!”
S’ il y a une question de sécurité, mettons cette discussion sur la table, autour de la table, sur un dialogue, je suis prêt, nous sommes prêt à inviter des forces européennes, de remplacer les forces de la garde nationale de Chypre et l’armée turque, de remplacer toutes les armées étrangères à Chypre par une force européenne, une force militaire européenne pour protéger les deux communautés !”

EuroNews
“Etes-vous prêt à accepter, un jour ou l’autre, la Turquie comme Etat-membre de l’Union Européenne ?”

Yiorgos Lillikas
“Bien sûr, je dois dire: nous, on a déjà soutenu deux fois la demande de la Turquie: en décembre 2004 et en octobre dernier, on a voté en faveur d’un commencement des négociations de la Turquie. Parce que nous considérons que c’est à notre avantage national aussi d’avoir une Turquie qui soit européanisée si je peux utiliser ce terme, c’est-à-dire une Turquie qui se transforme en régime démocratique, un régime qui respecte le droit international, les droits de l’Homme, qui respecte le droit européen. Notre soutien au processus d’adhésion de la Turquie ce n’est pas un soutien inconditionnel: la Turquie doit remplir ses obligations, chose que pour le moment elle refuse de faire.”

EuroNews
“Une de ces conditions est l’ouverture des ports turcs. Et effectivement, la Turquie vient de confirmer qu’elle n a pas l’intention de le faire, pour l’instant. Et vous, de votre côté, vous bloquez l’ouverture des chapitres de négociations, donc effectivement rien ne bouge. Pour revenir à la question que je viens de poser, mais j’ai l’impression que vous n’avez pas répondu à 100%: que proposez-vous très concrètement pour débloquer la situation aujourd’hui jusqu‘à mi-décembre, pour le réunion des chefs d’Etat et de gouvernement ?”

Yiorgos Lillikas
“Vous voyez: on ne peut pas appliquer les conditions de la Turquie. C’est la Turquie qui peut s’aider elle-même. Donc, on est prêt à aider la Turquie à condition qu’elle s’aide elle-même. Pour le moment elle refuse de céder. Donc, on est bloqué à cause d’une mentalité, à cause d’une culture politique en Turquie qui croit que l’adhésion à l’Union Européenne est un menu à la carte.”