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La corruption d'un ex-ministre turc exposée lors d'un procès à New York

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La corruption d'un ex-ministre turc exposée lors d'un procès à New York

La corruption d'un ex-ministre turc exposée lors d'un procès à New York
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Le gouvernement turc espérait en avoir fini avec ce scandale mais il est revenu en force mercredi devant un tribunal new-yorkais: l'homme d'affaires Reza Zarrab a expliqué avoir versé des millions de pots-de-vin à l'ex-ministre turc de l'Economie, pour faciliter un trafic illicite d'or avec l'Iran. Reza Zarrab, un magnat turco-iranien arrêté aux Etats-Unis en mars 2016, qui a depuis plaidé coupable et accepté de coopérer avec la justice américaine, a témoigné quatre heures durant dans ce procès au tribunal fédéral de Manhattan sur le contournement des sanctions économiques américaines contre l'Iran. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan avait tout fait pour éviter ce déballage et ce procès, qu'il a qualifié de "complot politique". L'affaire a contribué à alimenter les récentes tensions turco-américaines. Reza Zarrab, qui s'exprimait en turc via un interprète, a affirmé avoir versé des millions d'euros de pots-de-vin à l'ex-ministre de l'Economie Zafer Caglayan à partir de mars 2012. L'homme d'affaires de 34 ans a expliqué comment il en était arrivé là. Il a indiqué avoir approché le ministre début 2012, alors qu'il voulait s'imposer comme un intermédiaire-clé dans un juteux trafic visant à permettre à l'Iran d'utiliser ses ventes d'hydrocarbures pour ses paiements internationaux, malgré l'interdiction faites aux banques américaines et internationales de commercer avec l'Iran. M. Caglayan a accepté d'aider Reza Zarrab à devenir le principal intermédiaire pour la banque publique turque Halkbank, "à condition de partager ses profits à 50/50" avec M. Caglayan, a affirmé Reza Zarrab. Reza Zarrab était alors surtout connu en Turquie pour son train de vie luxueux et pour sa femme, la célèbre chanteuse turque Ebru Gündes. M. Zarrab, qui témoignait mercredi en tenue de prisonnier et a indiqué être désormais détenu par le FBI dans un lieu resté secret, a expliqué avoir versé au total "entre 45 et 50 millions d'euros", plus "environ sept millions de dollars" de pots-de-vin au ministre entre mars 2012 et mars 2013. Interrogé par le procureur Sidhardha Kamaraju, il a dessiné devant les jurés le schéma complexe qui permettait à l'Iran, avec l'aide de partenaires turcs, de contourner ces sanctions: "plusieurs milliards d'euros" de revenus iraniens d'hydrocarbures ont ainsi, selon lui, transité par des comptes que détenaient les différents protagonistes à la Halkbank, avant d'arriver à Dubaï, souvent sous forme d'or transporté dans des valises à l'origine iranienne savamment dissimulée. Ankara avait réclamé des mois durant, en vain, la libération de Reza Zarrab pour éviter ce procès. - Ministre blanchi en Turquie - Lorsque le scandale avait éclaté en Turquie en décembre 2013, à l'époque où M. Erdogan était Premier ministre, quatre ministres dont M. Caglayan avaient dû démissionner, même s'ils avaient nié les accusations portées contre eux. Des écoutes téléphoniques mises sur la place publique à l'époque avaient directement mis en cause M. Erdogan et son fils Bilal. Après une vaste purge dans la police et la justice turques, M. Caglayan et les autres ex-ministres impliqués avaient été blanchis par le Parlement turc en janvier 2015. Depuis le début de l'affaire, M. Erdogan n'a cessé de dénoncer un "complot politique" piloté par l'opposant Fethullah Gülen. Son gouvernement a qualifié la procédure judiciaire américaine comme partie de ce complot. M. Gülen vit en Pennsylvanie, dans l'Est des Etats-Unis, et Ankara réclame son extradition. Zafer Caglayan a lui été inculpé par la justice américaine en septembre, même s'il n'a pas pu être appréhendé et ne figure pas au banc des accusés lors de ce procès. Sur les neuf personnes inculpées aux Etats-Unis, une seule est au banc des accusés, l'ex-directeur général adjoint de Halkbank, Mehmet Hakan Atilla. Reza Zarrab a affirmé mercredi que M. Atilla avait aidé à maquiller ce trafic illicite pour que l'origine iranienne des fonds soit indétectable par les banques américaines. Il a cité plusieurs fois Mehmet Hakan Atilla comme ayant donné des instructions pour rendre ce trafic indétectable par les autorités américaines. La déposition de M. Zarrab doit se poursuivre jeudi, en attendant un contre-interrogatoire de la défense, peut-être vendredi. L'avocat de la défense Victor Rocco a prévenu mardi qu'il entendait décrédibiliser Reza Zarrab, qu'il a qualifié de "menteur" et d'expert en pots-de-vin, prêt à corrompre jusqu'à ses gardiens de prison américains. M. Zarrab a confirmé mercredi avoir tenté de soudoyer ses gardiens en échange d'alcool et d'un téléphone portable.
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