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Setsuko Thurlow, de victime du nucléaire à prix Nobel de la paix

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Setsuko Thurlow, de victime du nucléaire à prix Nobel de la paix

Setsuko Thurlow, de victime du nucléaire à prix Nobel de la paix
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Survivante du premier bombardement atomique de l'histoire et militante du désarmement, la Canadienne d'origine japonaise Setsuko Thurlow reçoit dimanche à Oslo le prix Nobel de la paix au nom de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), organisation lauréate cette année et dont elle est ambassadrice. Née de parents pacifistes le 3 janvier 1932, elle est écolière quand se produit l'événement qui allait bouleverser sa vie et changer le monde à jamais: le bombardement atomique de sa ville natale, Hiroshima, le 6 août 1945. Logeant dans un immeuble à 1,8 km de l'épicentre de l'explosion au moment fatidique, elle y perd plusieurs membres de sa famille et en garde un souvenir indélébile. "Je me souviens d'un éclat de lumière bleuté. Mon corps a été soufflé dans les airs, je me souviens de cette sensation de flotter", confiait-elle cet automne à l'AFP. Coincée sous des décombres, comme des dizaines de personnes autour d'elle, elle s'en sort grâce à l'aide d'un inconnu. "La ville que j'ai vue était indescriptible. Je n'étais qu'une lycéenne de 13 ans, et je venais de voir ma ville détruite. C'était devenu une ville morte". Un étrange silence pesait sur Hiroshima, le soleil matinal d'une belle journée d'été ayant disparu dans le nuage de poussière qui enveloppait la ville. "Personne ne criait, personne ne courait. Les survivants n'en avaient pas la force physique ou mentale. Tout au plus étaient-ils capables de quémander de l'eau d'une voix à peine audible", se remémorait-elle lors de cet entretien. A travers cette expérience traumatisante avec la mort d'environ 140.000 personnes, elle trouve sa vocation: servir les autres. Après la guerre, Setsuko Thurlow entreprend des études en travail social à l'université Jogakuin d'Hiroshima, puis quitte son pays pour les Etats-Unis, où elle épouse un Canadien en 1950. En 1955, elle émigre au Canada, à une époque où l'immigration d'Asiatiques était interdite, sauf pour les proches de citoyens canadiens. Deux ans plus tard, le couple part s'installer au Japon, où elle enseigne, et c'est en 1962 que le couple et ses deux garçons reviennent au Canada. - Souvenirs douloureux - Enseignante dans des écoles de Toronto, elle se consacre ensuite à la mise en place de structures d'accueil pour les immigrants japonais qui arrivent dans la plus grande ville canadienne sans parler l'anglais. Au milieu des années 1970, avec détermination, elle relate les événements d'Hiroshima à des enfants dans les écoles puis devient conférencière en multipliant les tournées mondiales en faveur du désarmement nucléaire. A 85 ans, elle poursuit sans relâche cette mission au sein de l'organisation non gouvernementale "Histoires d'Hibakusha", qui regroupe des survivants des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Inlassablement, elle raconte son histoire tant aux écoliers qu'aux plus hauts diplomates, dans l'espoir de les sensibiliser aux horreurs de la guerre nucléaire et de freiner la prolifération des armes de destruction massive. Ambassadrice de l'ICAN lors de son lancement en 2007, Mme Thurlow est admise dans l'Ordre du Canada, la plus haute décoration de son pays d'adoption. Toujours active, elle joue un rôle majeur cet été dans les négociations qui mènent l'ONU à adopter un traité posant pour la première fois l'interdiction de l'arme atomique. "Je rappelle continuellement ces souvenirs douloureux, pour que les gens qui n'ont jamais vécu une telle dévastation puissent comprendre (...), pour qu'ensemble, nous puissions empêcher que cela se reproduise un jour", explique-t-elle. "Le monde est un endroit bien plus dangereux aujourd'hui", dénonce Mme Thurlow en allusion aux tensions alimentées par le programme nucléaire nord-coréen.
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