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Bernard Law, sommité déchue de l'Eglise américaine

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Bernard Law, sommité déchue de l'Eglise américaine

Bernard Law, sommité déchue de l'Eglise américaine
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Le cardinal Bernard Law, décédé mercredi à 86 ans, fut l’une des sommités les plus respectées de l’Eglise catholique américaine avant de tomber en disgrâce en 2002 en raison d’un gigantesque scandale de prêtres pédophiles dans son diocèse de Boston.

Militant dans les années 1960 dans le sud des Etats-Unis pour les droits civiques des noirs, mais aussi inlassable opposant à l’avortement, ce prélat conservateur proche du pape Jean Paul II était devenu “le cardinal le plus influent des Etats-Unis”, soulignaient des experts au moment de sa démission de l’archevêché de Boston.

En cinquante ans de prêtrise, il a fréquenté les malades du sida, les fidèles de paroisses très pauvres, majoritairement noirs et hispaniques. Mais il était également ami de la famille du président George W. Bush, proche du pape, et familier de nombreux hommes politiques américains.

Né au Mexique où son père était militaire dans l’armée de l’air, il a un intérêt particulier pour l’Amérique latine. Farouche opposant à la loi Helms-Burton imposant à l‘époque un embargo contre Cuba, il s’entretient par exemple par téléphone à plusieurs reprises avec le président Fidel Castro.

Diplômé d’histoire médiévale de la prestigieuse université de Harvard, il s’oriente finalement vers la religion avant d‘être ordonné prêtre en 1961. A 30 ans, il est donc nommé dans le Mississippi, fief des luttes pour les droits civiques des noirs.

En tant que diplômé de Harvard, “il aurait pu faire un autre choix, mais il a choisi l’Eglise et commencé son ministère dans le diocèse le plus pauvre des Etats-Unis”, expliquait l’un de ses amis, le père Patrick Farrell, décédé voici quelques années.

Dans le Mississippi, le jeune prêtre fait l’objet de menaces de mort, pour son opposition à la discrimination raciale, alors qu’il est chargé du journal du diocèse.

En 1969, il devient directeur exécutif de la conférence épiscopale pour les affaires inter-raciales et oecuméniques.

Il retourne deux ans plus tard dans le Mississippi, avant d‘être nommé en 1973 évêque du diocèse de Springfield-Cape Girardeau, dans le Missouri, où il ouvre un centre d’accueil pour les réfugiés vietnamiens.

Farouche opposant à l’interruption de grossesse, il défend les positions traditionnelles de l’Eglise en s’opposant à l’ouverture de la prêtrise aux femmes et à une remise en cause du célibat des prêtres. En 1996, il organise une “marche pour la vie” à Washington. Il devient aussi président de la commission pour la défense de la vie au sein de la conférence épiscopale américaine.

- Cardinal en 1985 –

Nommé en 1984 archevêque de Boston, diocèse de deux millions de catholiques où il officia pendant dix-neuf ans, il est créé cardinal un an plus tard par le pape Jean Paul II.

Sa solide réputation sera toutefois ruinée par son silence sur de graves affaires de prêtres pédophiles qui ont éclaté à Boston. Contraint à la démission, il demande pardon aux victimes. Il a vécu plutôt discrètement au Vatican jusqu‘à sa mort mercredi des suites d’une longue maladie.

On lui reproche notamment d’avoir protégé pendant des années au moins deux prêtres pédophiles, leur faisant simplement changer de paroisse pour étouffer des scandales.

L’un d’eux, John Geoghan, a été condamné en janvier 2002 à dix ans de prison pour s‘être livré à des attouchements dans une piscine sur un garçon de dix ans. Une affaire pour laquelle le cardinal Law fut appelé à témoigner sous serment à Boston. John Geoghan, mis en cause par 130 victimes, est mort l’année suivante étranglé en prison.

Le deuxième prêtre, Paul Shanley, condamné pour des viols répétés sur un garçonnet dans les années 1980, est sorti de prison en juillet après douze ans d’incarcération, un fait critiqué par un association de victimes.

Une enquête du Boston Globe avait conclu que la hiérarchie catholique locale avait couvert des abus sexuels commis par quelque 90 prêtres à Boston et dans les environs au cours de plusieurs décennies.

L’affaire a sapé l’autorité morale de l’Eglise américaine, mais a également vidé ses caisses pour payer des millions de dollars à des centaines de victimes. Depuis lors, d’autres scandales ont éclaté et certains diocèses on fait faillite.

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