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Les retours de Rohingyas ne débuteront pas dans les délais prévus

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Les retours de Rohingyas ne débuteront pas dans les délais prévus

Les retours de Rohingyas ne débuteront pas dans les délais prévus
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Les retours de réfugiés rohingyas en Birmanie ne pourront pas débuter dans les délais prévus, a annoncé lundi le Bangladesh, alimentant de sérieuses interrogations autour de ce programme de rapatriements.

En vertu d’un accord signé le 23 novembre entre Dacca et Naypyidaw, auquel 750.000 réfugiés au Bangladesh sont potentiellement éligibles, les premiers rapatriements auraient dû avoir lieu “dans les deux mois”. Soit le 23 janvier au plus tard.

Or côté bangladais, les autorités ont reconnu que la date limite ne pourrait être respectée, le processus logistique et administratif prenant du retard.

“Ce n’est physiquement pas possible. Aucune des deux parties n’est prête pour un réel mouvement à l’heure actuelle”, a déclaré à l’AFP Mohammad Abul Kalam, responsable du département d’aide aux réfugiés et de rapatriement du Bangladesh.

Le Bangladesh doit encore, entre autres, construire des centres de transit et transmettre à la Birmanie pour approbation une liste de noms de réfugiés candidats à un retour dans l‘État Rakhine (ouest de la Birmanie).

Sur l’autre rive de la rivière Naf, qui marque une frontière naturelle, les infrastructures nécessaires ne semblaient pas non plus en place.

Avant le rapatriement des Rohingyas, les Birmans doivent “reconstruire leurs maisons, leurs villages, arranger leur sécurité”, énumère M. Kalam.

Une marée humaine a submergé à l’automne dernier le Bangladesh, pays parmi les plus pauvres de la planète, déclenchant l’une des plus graves crises humanitaires de ce début de XXIe siècle en Asie.

Près d’un million de musulmans rohingyas se trouvent actuellement dans de gigantesques camps de réfugiés, dans le sud du pays. Environ 688.000 d’entre eux ont fui la Birmanie depuis fin août 2017 pour échapper à une campagne militaire considérée par les Nations unies comme une épuration ethnique.

Et le programme de retours est considéré avec circonspection par les experts et les ONG.

Ceux-ci estiment que les conditions ne sont pas réunies pour une résolution des tensions dans l’Etat Rakhine et demandent que les rapatriements s’effectuent uniquement sur la base du volontariat.

Nombre de réfugiés au Bangladesh ont indiqué qu’ils ne comptaient pas en l‘état revenir en Birmanie, qu’ils ont fuie en faisant état de massacres, viols collectifs et incendies de villages.

- Meurtres –

Les inquiétudes portent notamment sur la situation actuelle en Birmanie, où des centaines de villages rohingyas ont été rasés par des soldats et des manifestants bouddhistes. Certains craignent que de nombreux réfugiés rohingyas ne soient durablement parqués dans des camps.

Plus grande population apatride du monde depuis qu’ils ont été privés de la nationalité birmane en 1982, sous le régime militaire, les Rohingyas sont victimes de nombreuses discriminations dans une Birmanie à plus de 90% bouddhiste.

Ils n’ont pas de papiers d’identité et ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et les hôpitaux.

“Nous voulons d’abord voir notre peuple qui vit toujours en Birmanie avoir (ses) droits – une carte d’identité, pouvoir prier, se déplacer librement – et ensuite nous réfléchirons au fait de revenir. Autrement non”, a déclaré à l’AFP Nurulla Amin, 35 ans, résident du camp de réfugiés de Balukhali

La question des retours semble engendrer des tensions au sein de la communauté rohingya. Un responsable communautaire a été poignardé à mort lundi à Balukhali, trois jours après qu’un autre leader eut été abattu dans un camp voisin par des hommes armés.

Des médias locaux et un responsable rohingya ont lié ces meurtres aux dissensions internes autour de cet accord, et sur la pertinence ou non de retourner en Birmanie. Une connexion que la police a démentie.

Plusieurs programmes de retours de Rohingyas du Bangladesh vers la Birmanie ont déjà eu lieu au cours des trois dernières décennies, sans pour autant faire cesser le cycle violences-exode qui a atteint cette fois-ci une ampleur inégalée.

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