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Trois quarts de siècle après, le rôle des Polonais dans la Shoah toujours en débat

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Trois quarts de siècle après, le rôle des Polonais dans la Shoah toujours en débat

Trois quarts de siècle après, le rôle des Polonais dans la Shoah toujours en débat
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La Pologne, principal théâtre du génocide des Juifs perpétré par les Allemands, cherche encore et toujours à rejeter les accusations de complicité, ce qui lui vaut d‘être soupçonnée de vouloir nier toute participation de Polonais à la Shoah.

Ainsi, trois quarts de siècle après la Shoah, une loi préparée par le gouvernement conservateur nationaliste de Varsovie, destinée selon ses auteurs à combattre l’expression “camps de la mort polonais” jugée injuste et inexacte, inquiète les Israéliens et leurs alliés américains.

Ils y entrevoient une tentative de faire oublier, voire de nier, par la même occasion, le rôle individuel de nombreux Polonais dans l’extermination des Juifs.

Mercredi, le département d’État américain a averti qu’une loi votée par les deux chambres du parlement de Varsovie – mais pas encore signée par le président Andrzej Duda – risque d’avoir des “répercussions” sur “les intérêts et relations stratégiques de la Pologne, y compris avec les États-Unis et Israël”.

Varsovie a rejeté ces critiques jeudi, tout en souhaitant que le “partenariat stratégique” polono-américain soit préservé.

Avant le début de la guerre en 1939, la Pologne abritait la plus grande communauté juive du monde, avec plus de trois millions de personnes, soit dix pour cent de sa population.

Six millions de citoyens polonais ont été tués pendant la guerre et l’occupation, dont trois millions étaient Juifs. Si environ un Polonais non-Juif sur dix a péri, pour la communauté juive, la “solution finale” imaginée par Hitler et réalisée par l’Allemagne nazie a représenté une extermination de 90%, selon l’institut Yad Vashem de Jérusalem.

Les Juifs ont péri surtout dans les ghettos et dans six camps de la mort installées en Pologne, occupée de 1939 à 1945 : Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Majdanek et Auschwitz-Birkenau.

- Délateurs exécutés –

L’Etat polonais en exil et la résistance polonaise ont cherché, de manière organisée, à aider les Juifs à travers une organisation spécialisée, “Zegota”. Des délateurs de Juifs ont été condamnés par des tribunaux clandestins et exécutés. La résistance a cherché aussi à alerter, sans grand succès, les États-Unis sur l’extermination en cours. Aucune forme de collaboration institutionnelle n’a existé en Pologne, contrairement à plusieurs autres pays occupés.

L’Allemagne a mis sur pied une véritable industrie d’extermination et les camps, avec les chambres à gaz et les fours crématoires, étaient des usines de la mort. On a estimé le nombre de ses victimes à 5,7 millions de morts, dont la moitié environ étaient des Juifs polonais.

Mais des milliers de Juifs – le nombre exact est difficile à déterminer – ont été tués par des Polonais, surtout dans les campagnes. La plupart du temps pour les voler ou pour reprendre leurs terres ou leurs maisons. Comme à Jedwabne, un village du nord-est devenu tristement célèbre ces dernières années, où plusieurs centaines de Juifs ont été enfermés dans une grange et brûlés vifs par leurs voisins polonais.

Une quinzaine d’autres crimes similaires, portant sur un nombre moins important de Juifs et perpétrés dans la même région, ont été évoqués depuis par les historiens.

- Appât du gain –

Parfois, il s’agissait de se débarrasser de Juifs accueillis et cachés, souvent moyennant finances, lorsqu’on apprenait que les Allemands n’hésitaient pas à exécuter toute la famille polonaise concernée. Les meurtriers étaient motivés aussi par l’appât du gain, et encouragés par la propagande nazie, qui a trouvé un terrain fertile dans une société en bonne partie antisémite depuis des décennies, comme d’ailleurs dans d’autres pays européens.

En même temps, des milliers d’autres Juifs ont été sauvés par des Polonais qui ont risqué leur vie pour eux. La Pologne était le seul pays de l’Europe occupée où toute personne venant en aide à un Juif était punie de mort.

Au temps de la Shoah, “on a vu en Pologne un héroïsme inimaginable et la trahison la plus abjecte, ainsi que tout le spectre de comportements entre les deux”, a dit à l’AFP l’intellectuel juif Konstanty Gebert, une des plumes réputées du quotidien Gazeta Wyborcza.

“Pour sauver un Juif, il fallait la complicité de cinq à sept Polonais en moyenne”, selon Gebert.

Les Polonais, au nombre de 6.700, sont la nation la plus représentée au monument de Yad Vashem à Jérusalem, dédié aux Justes, ceux qui ont sauvé des Juifs.

Le nombre de Juifs ayant survécu grâce aux Polonais est estimé par Yad Vashem à environ 35.000 personnes, soit 1% de la population juive polonaise d’avant-guerre.

L’antisémitisme n’est pas mort avec la fin de la guerre. Un pogrom qui a fait une quarantaine de morts en 1946 à Kielce, dans le centre du pays, avait visé principalement des Juifs revenus d’URSS.

Il a ressurgi en Pologne en 1968, du côté des autorités communistes, qui avaient lancé une campagne “antisioniste”, poussant à l‘émigration environ quinze mille Polonais d’origine juive, mais aussi des chercheurs et artistes.

Après la chute du communisme, les nouvelles autorités de la Pologne indépendante ont noué des relations cordiales avec Israël.

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