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Italie : la fusillade à caractère raciste met l'immigration au coeur de la campagne

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Italie : la fusillade à caractère raciste met l'immigration au coeur de la campagne

Italie : la fusillade à caractère raciste met l'immigration au coeur de la campagne
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La fusillade à caractère raciste samedi dans le centre de l’Italie a placé l’immigration au coeur d’une campagne électorale désormais dominée par des discours très à droite, face à une gauche embarrassée ou inaudible.

Certes, l’ensemble de la classe politique a condamné le geste de Luca Traini, l’homme de 28 ans au crâne rasé et aux tatouages d’inspiration fasciste qui a tiré sur une dizaine d’Africains samedi à Macerata pour venger la mort d’une jeune de 18 ans après laquelle un Nigérian a été arrêté.

Mais aucun responsable politique ne s’est rendu au chevet des six blessés, à l’exception du ministre de la Justice, Andrea Orlando, mercredi, cinq jours après les faits.

“Merkel ou Macron seraient allés voir les blessés du fou (fasciste). En Italie, on a l’impression que c‘était un accident de la route”, a dénoncé dans un éditorial le journal de gauche Il Fatto Quotidiano.

En revanche, les leaders de la coalition droite/extrême droite ont vite lié ces tirs au poids de l’immigration dans un pays qui a vu débarquer plus de 630.000 personnes depuis 2014.

Matteo Salvini, le chef de la Ligue du Nord, un parti d’extrême droite proche du Front national français sous l‘étiquette duquel Luca Traini s‘était présenté aux municipales l’an dernier, a immédiatement dénoncé l’“invasion migratoire” source d’“affrontement social”.

Et Silvio Berlusconi, le chef de file du centre droit et allié de M. Salvini, a renchéri en évoquant “une bombe sociale prête à exploser” et en réclamant le rapatriement de 600.000 clandestins “prêts à commettre des délits”.

Le vieux milliardaire, qui a vu se réduire cette semaine l‘écart entre son parti Forza Italia et la Ligue du Nord – crédités d’environ 16% et 14% des intentions de vote – au sein de leur coalition, a même promis mercredi que s’il arrivait au pouvoir il y aurait assouplissement de la loi sur la légitime défense, un autre cheval de bataille de M. Salvini.

Pour Marco Tarchi, un professeur de sciences politiques à l’université de Florence, ceux qui iront voter le 4 mars ont déjà une opinion bien établie sur la question migratoire, mais “les jeux ne sont pas faits” au sein de la coalition de droite et le rapport de force pourrait évoluer dans les prochaines semaines.

- ‘Honneur à Luca Traini’ –

La fusillade a aussi fait sortir de l’ombre une série de petits partis néo-fascistes comme CasaPound, dont le secrétaire national sera mercredi après-midi à Macerata, et Forza Nuova, qui veut défiler jeudi soir dans cette petite ville.

Lundi soir, des militants ont même brièvement déployé une banderole proclamant “Honneur à Luca Traini” sur un pont dans le centre de Rome.

“Les messages de solidarité continuent d’arriver, des gens ordinaires, pas seulement de droite, qui veulent envoyer de l’argent”, a raconté à l’AFP l’avocat du jeune homme, Me Giancarlo Giulianelli.

La nostalgie du fascisme et le rejet des migrants s’exprimaient déjà avant les violences de samedi. Le film “Sono Tornato” (je suis revenu), tourné l’année dernière et sorti le 1er février, évoque un retour de Mussolini et montre les rencontres entre des passants et le personnage principal, accueilli avec des sourires et des saluts fascistes.

“Nous avons découvert une Italie sans direction politique, assez raciste, en colère, un peu dépressive, qui se cherche un homme fort”, a raconté à l’AFP le réalisateur Luca Miniero.

Face à cela, le chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), Luigi Di Maio, a imposé le silence à ses troupes sur le sujet, même si son parti promet dans son programme d’accélérer l’examen des demandes d’asile et le rapatriement des clandestins.

Le patron du Parti démocrate (PD, centre gauche, au pouvoir), Matteo Renzi, exhorte quant à lui “à la vérité et au sérieux”, rappelant que les accords de Dublin bloquant les arrivants en Italie ont été négociés par le gouvernement Berlusconi en 2003 et se disant “fier” de l’engagement de l’Italie dans les secours au large de la Libye.

“Nous ne nous abaisserons pas à ce combat dans la boue de ceux qui veulent gagner un demi-point en exploitant la haine et l’inquiétude”, a-t-il insisté, tout en promettant des milliers de policiers en plus.

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