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Tony Iwobi, l'immigré anti-clandestins, premier sénateur noir d'Italie

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Tony Iwobi, l'immigré anti-clandestins, premier sénateur noir d'Italie

Tony Iwobi, l'immigré anti-clandestins, premier sénateur noir d'Italie
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Un T-shirt “Stop invasion”, un discours bien rodé contre les clandestins… Tony Iwobi a tout du parfait militant de la Ligue (extrême droite). A un détail près: d’origine nigériane, il est devenu dimanche le premier sénateur noir d’Italie.

A 62 ans, ce dirigeant d’une petite entreprise d’informatique près de Bergame (nord) a fière allure: cheveux grisonnants, lunettes à montures transparentes, des yeux rieurs et une petite pointe d’accent.

Mais si l’homme est avenant, son parti veille et bloque les interviews. C’est donc surtout par les vidéos, commentaires et articles, qu’il a partagés sur internet, qu’on apprend à le connaître.

Tony Iwobi est arrivé en Italie en 1976, à l‘âge de 20 ans, avec un visa d‘étudiant. Un diplôme de comptabilité à Bergame, près de Milan, puis un autre d’informatique, une succession de petits boulots (ouvrier du bâtiment, plombier, éboueur) jusqu‘à ce que ses diplômes lui ouvrent enfin la porte des emplois de bureau.

Installé à Spirano (près de Bergame), une commune de 6.000 habitants dont il est conseiller municipal depuis 1993, ce catholique convaincu est marié à une Italienne et père de deux enfants aujourd’hui adultes.

Il y a 25 ans, il a adhéré à la Ligue du Nord, un parti sécessionniste alors tout récent et déjà très marqué à droite. “C‘était pour leur projet de fédéralisme fiscal”, explique-t-il.

Quand Matteo Salvini prend la tête de la Ligue fin 2013 et la transforme en parti souverainiste sur le modèle du Front national français, il confie la question de l’immigration à Tony Iwobi.

“Matteo Salvini n’a jamais parlé contre l’immigration ou contre les immigrés. L’immigration est dans l’ADN de l’homme”, affirme le nouveau sénateur.

Ce qui pose problème, selon lui, ce sont les clandestins, et en particulier les près de 700.000 personnes qui ont débarqué sur les côtes italiennes depuis 2013, parmi lesquels les Nigérians ont été les plus nombreux (18.000 en 2017).

Son élection sous les couleurs de la Ligue a fait vivement réagir Mario Balotelli, l’enfant terrible —et noir— du football italien: “C’est moi qui suis aveugle, ou alors ils ne lui ont pas encore dit qu’il était noir. Mais quelle honte!”, a-t-il lancé sur Instagram.

- ‘Ce n’est pas du racisme’ –

“Balotelli est un grand joueur et j’aimerais bien qu’il se contente de faire son métier”, a réagi l’intéressé à la radio. M. Salvini a été plus tranchant sur Twitter: “Balotelli ne me plaisait pas sur le terrain, il me plaît encore moins en-dehors”.

Un T-shirt “Pas racistes mais réalistes” sur le dos, Tony Iwobi martèle que la clandestinité est un délit et que les discriminations et les récentes manifestations de rejet visent les clandestins, pas les 5 millions d‘étrangers vivant en situation régulière en Italie.

Pourtant, pendant la campagne électorale, un responsable de la Ligue, Attilio Fontana, a bien parlé de défendre la “race blanche”. Elu dimanche président de la région Lombardie avec 50% des voix, M. Fontana a loué pour l’AFP le “sérieux” de Tony Iwobi. “Ici on le connaît depuis 20 ans, c’est un grand défenseur de la Ligue”.

“C’est quelqu’un de déterminé, qui ne lâche jamais”, confie à l’AFP un député de la Ligue.

Au Sénat, il siègera aux côtés de Roberto Calderoli, vice-président de la chambre haute qui avait traité d’orang-outan Cécile Kyenge, la permière personne de couleur à entrer au gouvernement italien en 2013.

Mais Tony Iwobi assure: “La Ligue n’a jamais été raciste. Ce n’est pas du racisme que de défendre la culture, les traditions, les frontières. C’est du bon sens”.

Pour lui, l’Italie doit aider au développement dans les pays d’origine des migrants et “contrôler les flux migratoires afin que ceux qui arrivent dans notre pays aient déjà un contrat de travail”.

“Il y a tant d’Italiens qui souffrent dont personne ne parle. Il faut recommencer à s’occuper d’eux. Aucun étranger ne se sentira jamais à l’aise dans un pays dont les citoyens ne sont pas heureux”, fait-il valoir.

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