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Le patron pistolero du PAOK, homme providentiel dans le nord de la Grèce

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Le patron pistolero du PAOK, homme providentiel dans le nord de la Grèce

Le patron pistolero du PAOK, homme providentiel dans le nord de la Grèce
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Dernier trublion en date du football grec, le président du PAOK de Thessalonique, Ivan Savvidis, qui a fait irruption sur la pelouse une arme à la ceinture lors d’un match contre l’AEK Athènes, est considéré comme un homme providentiel en Grèce du nord, sur fond de déshérence économique et de rivalité historique avec la capitale.

Le coup d‘éclat de cet influent homme d’affaires, la semaine dernière, a valu au football grec d‘être menacé par la Fifa de “grexit”, une suspension de la Fédération. Cette contestation musclée d’une décision d’arbitrage, a aussi provoqué la suspension du Championnat de Grèce, dans l’attente de la mise en place d’un cadre réglementaire plus strict.

M. Savvidis et le PAOK s’exposent par ailleurs à des sanctions sur lesquelles la justice sportive grecque doit trancher cette semaine.

Mais à Thessalonique, la grande métropole du nord du pays, économiquement sinistrée, ce gréco-russe de 58 ans est surtout celui par qui les affaires ont repris.

“Cet homme a donné son âme, ainsi que son argent”, s’exclame Filotas Pellios, qui dirige l’association des vétérans du PAOK.

Au début de tout, il y a la Russie : en tant que travailleur dans une usine de tabac à Rostov (sud de la Russie), puis lors d‘études économiques avant de remporter des élections par deux fois à la Douma — le parlement russe (avec un dernier mandat conclu en 2011 sur les listes du parti présidentiel de Poutine) — M. Savvidis, issu d’une famille modeste, a acquis une fortune estimée à quelque 600 millions de dollars par Forbes.

- Un quasi enfant du pays –

Sa percée en Grèce est également rapide: en six ans, à partir de 2012, il acquiert le PAOK, un des quatre grands clubs grecs, le cigarettier Sekap, l’entreprise d’eau minérale Souroti, l’hôtel de luxe de Thessalonique Makedonia Pallas, une chaine de télé et le quotidien national Ethnos.

Selon la presse grecque, il vient de céder son groupe russe, Donsoy Tabak, qui inclut la Sekap, au nippon Japan Tobacco. Non sans avoir entretemps consolidé son emprise sur Thessalonique en entrant dans le consortium franco-allemand qui a racheté fin 2017 le port, porte des Balkans.

Au passage, “Ivan le Terrible”, comme le surnomment ses fans, décroche la nationalité grecque, qui lui est remise en 2013 par le précédent Premier ministre, le conservateur Antonis Samaras.

A Thessalonique, il est un peu considéré comme un enfant du pays car il fait partie, comme beaucoup d’habitants de la région, de la communauté pontique, ces Grecs de la mer Noire ayant fui les persécutions à la création de la Turquie moderne, ou l’URSS à sa chute.

Redresseur économique, il apparaît aussi pour beaucoup comme le seul à pouvoir défier la suprématie athénienne sur le football grec, après 30 ans d’absence des clubs de Thessalonique en tête du Championnat.

Pour Christos Nikolaïdis, un journaliste local, les Athéniens “sont inquiets que quelqu’un tente de changer le statu quo”.

De quoi expliquer, selon l’ancien joueur du PAOK Kyriakos Alexandridis, tout le bruit fait autour de son irruption sur le terrain, alors que les autres patrons de clubs ne seraient pas irréprochables.

Dans les années 80, c’est le président du Panathinaïkos d’Athènes, Yiorgos Vardinoyannis, qui était soupçonné de se rendre armé dans les stades. Et en 1996, des tirs étaient partis dans les bureaux VIP de l’AEK d’Athènes, durant une dispute sur l’arbitrage entre dirigeants du club et responsables de la ligue.

- Prêts pour la ‘bataille’ –

“Nous avons vécu avec des boss pistoleros par le passé. Ont-ils jamais été embêtés?”, s’indigne M. Alexandridis.

Le patron du PAOK a remis le club en selle, en s’offrant des joueurs comme le transfuge de Manchester United, Dimitar Berbatov, ou l’ancien ailier de Porto, Vieirinha.

“Nous ne tolérerons pas d‘être un club marginalisé, nous sommes plus forts qu’eux”, avait lancé M. Savvidis dans un discours en 2016.

Avant l’accroc de la semaine passée, le PAOK était au coude à coude avec l’AEK pour décrocher le titre. La perspective de sanctions a sonné la mobilisation dans la sphère PAOK, où se côtoient nombre de politiciens locaux, aux côtés de supporters réputés bouillants.

“Les partis politiques doivent savoir qu’ils ne peuvent pas jouer avec les supporters du PAOK. S’ils osent s’en prendre à Ivan Savvidis, nous serons là comme ses soldats pour livrer bataille”, s’emporte l’un d’eux, Yiorgos Triantafyllidis, chômeur de 31 ans.

Le directeur technique Lubos Michel, ancien arbitre slovaque de la Fifa, n’a lui pas hésité à proclamer que le PAOK est “en guerre” avec Athènes, sur un site russe d’information.

La Fédération grecque prend du coup ses précautions: elle a délocalisé à Athènes le match amical Grèce-Suisse du 23 mars, qui devait se jouer à Thessalonique.

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