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Kosovo: tension après l'arrestation d'un responsable serbe

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Kosovo: tension après l'arrestation d'un responsable serbe

Kosovo: tension après l'arrestation d'un responsable serbe
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L’arrestation lundi par la police kosovare puis l’expulsion d’un haut responsable gouvernemental serbe ont suscité un regain de tension au Kosovo, au moment où Belgrade et Pristina semblaient renouer le dialogue.

Dans un communiqué en début de soirée, le président kosovar Hashim Thaçi, tout en appelant au calme, a indiqué que Marko Djuric était raccompagné “à un poste-frontière entre le Kosovo et la Serbie” pour être expulsé.

A Belgrade, le président Aleksandar Vucic a qualifié l’incident “d’enlèvement de Marko Djuric”. “Tous ceux qui ont participé à cet enlèvement seront poursuivis en justice, jusqu’au dernier”, a-t-il dit.

“Ils l’ont battu (…) et sont allés jusqu‘à le trainer dans les rues de Pristina sous les huées afin de parachever l’humiliation”, a affirmé M. Vucic.

Dans la soirée, aucun incident n’avait été signalé à Mitrovica, la ville du nord du Kosovo, divisée entre secteurs serbe et albanais, où Marko Djuric a été arrêté.

Les autorités kosovares avaient prévenu dans la journée qu’elles n’avaient pas donné l’autorisation d’entrer sur leur territoire à plusieurs responsables, dont Marko Djuric, en charge de la question du Kosovo au sein du gouvernement serbe.

- Armes et fumigènes –

Les visites de ministres et autres hauts responsables venus de Belgrade dans les zones où vit la minorité serbe du Kosovo ne sont pas exceptionnelles. Mais elles sont l’objet de discussions préalables entre les deux capitales et reçoivent l’aval de Pristina.

La Serbie refuse de reconnaître l’indépendance de son ancienne province albanaise, déclarée en 2008. Sa tutelle sur le Kosovo reste inscrite dans sa Constitution.

Et les quelque 120.000 Serbes qui y sont installés, notamment les 40.000 du nord du Kosovo autour de Mitrovica, offrent toujours leur allégeance à Belgrade.

Malgré l’absence de blanc-seing accordé par Pristina, Marko Djuric est entré en territoire kosovar pour participer à une réunion publique à Mitrovica-Nord. Une réunion consacrée au “dialogue interne” sur le Kosovo, auquel Aleksandar Vucic a appelé ses compatriotes. Dans la salle avait été tendu un drapeau serbe.

Armés, des policiers kosovars sont alors entrés et, pour se frayer un passage, ont dispersé notamment à l’aide de lacrymogènes, plusieurs dizaines d’habitants de Mitrovica qui tentaient de s’interposer, a constaté une correspondante de l’AFP. A l’issue de cette intervention musclée, ils ont emmené Marko Djuric manu militari. Il a été ensuite conduit au commissariat de Pristina, où il a été traîné par les policiers kosovars, courbé en deux, devant les caméras et sous les insultes des habitants, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Si aucune violence intercommunautaire grave n’y a été relevée depuis plusieurs années, Mitrovica reste une ville divisée et sous tension.

Cette situation fragile avait été illustrée par l’assassinat mi-janvier de l’homme politique serbe Oliver Ivanovic, tenant de positions modérées. L’enquête n’a pas permis d‘élucider ce meurtre.

Des forces internationales y restent positionnées, près de deux décennies après le conflit entre forces serbes et indépendantistes kosovars albanais (1998-99, 13.000 morts).

- Le train de la discorde –

Cet incident est le plus grave entre les deux parties depuis que la Serbie avait envoyé vers Pristina en janvier 2017 un train paré des couleurs serbes, destiné à rallier Pristina. Il avait été arrêté avant la frontière par Aleksandar Vucic.

L’arrestation et l’expulsion de Marko Djuric interviennent alors qu’Aleksandar Vucic et Hashim Thaçi se sont rencontrés vendredi à Bruxelles pour relancer le processus de normalisation des relations entre Belgrade et Pristina, au point mort depuis deux ans.

Hashim Thaçi a souhaité que l’incident n’ait pas de conséquences sur “le dialogue entre les deux pays, les efforts de normalisation, les relations de bon voisinage et la réconciliation entre Kosovo et Serbie.”

Toutefois, les élus représentant les Serbes du Kosovo, et dont le soutien assure la majorité aux partis albanais au pouvoir, ont déclaré qu’ils examineraient la possibilité de quitter le gouvernement et les institutions kosovares.

Bruxelles a fait de cette normalisation une condition pour l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. De son côté, le Kosovo espère une libéralisation des visas pour ses citoyens.

En Serbie, la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo reste un tabou, même si le président Vucic exhorte ses concitoyens à un “débat interne”.

L’indépendance du Kosovo est reconnue par environ 115 pays mais toujours rejetée par Belgrade, avec le soutien de Moscou.

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