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Etats-Unis : ces mineurs clandestins qui choisissent le "retour volontaire"

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Etats-Unis : ces mineurs clandestins qui choisissent le "retour volontaire"

Etats-Unis : ces mineurs clandestins qui choisissent le "retour volontaire"
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D'une voix presque inaudible, Sandy accepte la proposition de "départ volontaire" vers le Guatemala, son pays natal qu'elle a quitté il y a quelques mois avec son père pour chercher une vie meilleure aux Etats-Unis.

La juge Ashley Tabaddor, qui préside l'audience dans son tribunal de Los Angeles, donne alors au gouvernement 120 jours pour préparer le voyage de l'adolescente, à qui elle souhaite "bon retour".

Agée de 14 ans, Sandy a été arrêtée après être entrée illégalement en Arizona le 17 mai dernier, avec son père. Ce dernier a été renvoyé au Guatemala alors que l'adolescente se retrouvait seule dans un centre d'accueil.

Elle est l'une des quelque 2.600 enfants séparés de leurs parents après leur arrestation, dans le cadre de la "tolérance zéro" à l'immigration clandestine décidée au printemps par l'administration de Donald Trump.

Face au tollé, le président américain a fait volte-face et signé fin juin un décret mettant fin aux séparations systématiques.

Un rapport du gouvernement américain publié jeudi indique que 2.157 mineurs ont été réunis avec leurs parents ou leurs proches tandis que 445 autres, comme Sandy, restent sous la garde des autorités. Jusqu'ici, 15 mineurs ont accepté l'offre de "départ volontaire" pour rejoindre leurs parents déjà expulsés, ajoute l'étude, précisant que l'administration va "faciliter et payer" le voyage de retour.

- "Rien de bon" -

Si un mineur "n'a pas peur de retourner dans son pays, le départ volontaire est une option", affirme à l'AFP Lindsay Toczylowski, responsable de l'ONG d'avocats Immigrant Defenders.

Cette décision est cependant lourde de conséquences. La peur est un élément fondamental, les clandestins fuyant généralement la violence qui ronge les pays d'Amérique centrale.

Pedro, un fonctionnaire de 34 ans, a ainsi décidé de quitter le Honduras avec sa fille après avoir été la cible d'un gang. Il a été arrêté après son entrée sur le territoire américain, séparé de sa fille puis expulsé. Et il ne veut surtout pas qu'elle revienne au Honduras.

"Je ne voulais pas aller aux Etats-Unis. On m'avait dit que le trajet était effrayant et difficile", raconte-t-il, joint au téléphone par l'AFP.

Il a pourtant voyagé jusqu'au Texas, en traversant le Rio Grande en juin, avant de se rendre aux autorités pour faire une demande d'asile. Mais, comme des milliers d'autres, il a été finalement expulsé vers son pays d'origine, alors que sa fille, mineure, était placée dans un centre d'accueil.

Plusieurs organisations de défense des droits civiques, dont la puissante ACLU, ont contacté les familles de 322 enfants isolés aux Etats-Unis, selon le rapport du gouvernement. Et 167 d'entre elles ont refusé l'offre de départ volontaire, acceptant de facto de ne pas être réunies avec leurs enfants.

C'est le cas de Pedro. Sa fille, pour sa sécurité, ne doit pas revenir car elle a aussi été menacée. "Il n'y a rien de bon ici", lance-t-il.

- "Prendre la meilleure décision" -

Après avoir été séparés de leur famille, les enfants deviennent "mineurs non-accompagnés". Ce statut les empêche d'être expulsés avant d'avoir été entendus par un juge.

Ils peuvent alors faire une demande d'asile, une demande de visa pour mineur ou accepter un départ volontaire. Dans ce cas, leur dossier est effacé et ils pourront faire plus tard une demande de visa.

Mais, souligne l'avocate Lindsay Toczylowski, ces enfants "ne réalisent pas le danger dans lequel ils ont pu vivre" dans leur pays natal.

"Parfois, c'est aux parents de prendre la meilleure décision pour leur enfant et le convaincre de se battre pour rester" aux Etats-Unis, dit-elle.

Si un mineur refuse l'expulsion et n'a ni famille ni proches dans le pays, il sera confié à une famille d'accueil jusqu'à ses 18 ans.

Selon la juge Tabaddor, qui préside l'Assocation des juges de l'immigration et s'occupe des affaires de mineurs non-accompagnés depuis neuf ans, les départs volontaires sont rares.

Mais les récents cas sortent du lot car "c'est notre gouvernement qui a créé ces mineurs non-accompagnés" en séparant les familles, explique-t-elle à l'AFP.

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