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Tribune contre Trump: simple tourmente politique ou crise constitutionnelle?

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Tribune contre Trump: simple tourmente politique ou crise constitutionnelle?

Le président américain Donald Trump le 5 septembre 2018 à la Maison Blanche
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NICHOLAS KAMM
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Explosive, la publication controversée par le New York Times de la tribune anonyme à charge d'un haut responsable du gouvernement Trump a précipité la Maison Blanche dans une profonde tempête politique. Mais le spectre d'une crise constitutionnelle reste encore loin, selon des politologues.

- Est-ce une première?

"Il n'existe pas de précédent dans l'histoire américaine", tranche James Thurber, professeur de sciences politiques à l'université américaine de Washington.

Le politologue Larry Sabato, de l'université de Virginie, estime lui que "le seul précédent moderne est celui de +Gorge profonde+", lors de l'affaire du Watergate.

Derrière ce surnom se cachait un haut responsable du FBI, Mark Felt, informateur secret des journalistes du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein. Le scandale Watergate avait mené à la chute du président Richard Nixon en 1974. Mark Felt avait gardé le secret, y compris auprès de sa famille, jusqu'en 2005.

Plus récemment, en 2013, l'équipe du président démocrate Barack Obama avait lancé une chasse à l'homme pour découvrir qui se cachait derrière le profil Twitter @NatSecWonk, où étaient régulièrement publiés des commentaires, souvent insultants, sur le gouvernement. Un cadre du Conseil de sécurité nationale avait finalement été limogé. Mais à la différence de la tribune du New York Times, ses remarques ne mettaient pas en doute la capacité fondamentale du président à gouverner.

- Quelle gravité?

Accusation de "trahison" et de "sabotage": Donald Trump et ses proches ne cachent pas leur fureur indignée depuis la publication mercredi de cette tribune anonyme.

En face, un "haut responsable de l'administration Trump" se réclamant de "la résistance" au sein même de son équipe affirme travailler contre les pires instincts et "l'amoralité" du républicain.

Mardi, déjà, des extraits d'un livre du journaliste d'investigation Bob Woodward dressaient le portrait inquiétant d'un président colérique et paranoïaque que ses plus proches collaborateurs s'efforcent de contrôler... Quitte à voler des lettres au sein même du Bureau ovale ou à ignorer, sans détour, l'ordre présidentiel d'assassiner le président syrien lancé à l'emporte-pièce. Une insoumission extraordinaire dans un pays où la figure présidentielle est révérée.

"Ceci est incroyable", a réagi l'ex-secrétaire d'Etat démocrate John Kerry après la publication de la tribune. "Nous sommes face à un président qui est clairement incapable de faire son travail", a-t-il poursuivi sur CNN mercredi soir. Et de conclure: "Il s'agit d'une véritable crise constitutionnelle".

N'allons pas trop vite, rétorquent les experts en sciences politiques. "Tout ceci est politique et non pas constitutionnel à ce stade. Nous ne savons même pas qui est l'auteur de la tribune, or, c'est un élément essentiel pour l'évaluer à sa juste mesure", souligne Larry Sabato.

- Trump risque-t-il d'être poussé dehors?

Dans sa tribune, l'auteur anonyme affirme que face à "l'instabilité" de Donald Trump, des membres du cabinet ont, au début de la présidence, songé à utiliser le 25e amendement de la Constitution américaine.

Jamais utilisé, son article 4 permet, au terme d'un processus laborieux, d'ôter ses fonctions au président américain en le remplaçant par son vice-président. Les membres du gouvernement Trump auraient rapidement abandonné cette idée pour ne pas "précipiter une crise constitutionnelle".

Pour les experts, cette option n'est absolument pas sur la table. Elle est plus "complexe que la procédure de destitution et n'est prévue qu'en cas de circonstances réellement uniques et désespérées", écrit John Hudack, expert au centre de réflexion Brookings.

Cette procédure est "lourde et a été conçue à une époque ou il était possible que les deux partis", démocrate et républicain, "travaillent ensemble", explique Larry Sabato.

Pour l'instant, ses principaux ministres, le vice-président Mike Pence --essentiel au lancement d'une telle procédure-- font front avec Donald Trump. Tout comme les élus républicains du Congrès, qui auraient un rôle crucial dans toute procédure de destitution.

Au final, cette tempête "aura peu d'impact sur M. Trump", augure James Thurber. "Mais cela continuera de saper la confiance dans sa présidence, ici aux Etats-Unis et partout dans le monde".

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