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Dopage: sous pression, l'AMA doit décider si elle tourne la page russe

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Dopage: sous pression, l'AMA doit décider si elle tourne la page russe

Dopage: sous pression, l'AMA doit décider si elle tourne la page russe
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Trois ans après le début du retentissant scandale de dopage en Russie, l'Agence mondiale antidopage (AMA) doit décider jeudi si elle lève ces dernières sanctions contre Moscou. Mais cette hypothèse lui vaut déjà un déluge de critiques sur son indulgence supposée.

Comités de sportifs, agences antidopage, de nombreuses voix, surtout aux Etats-Unis et en Europe occidentale, ont exhorté l'AMA à ne pas se renier face au système de dopage institutionnel qui a sévi dans le sport russe de 2011 à 2015.

"Tout compromis serait dévastateur pour le sport propre", ont mis en garde dans une déclaration conjointe sept des dix-sept membres du comité des sportifs de l'AMA.

Mais c'est dans le huis clos d'un comité exécutif, convoqué aux Seychelles, que tout va se jouer. L'instance, qui réunit douze membres représentant les deux piliers de l'agence -- les gouvernements d'un côté et le mouvement sportif et olympique de l'autre --, décidera si l'agence russe antidopage Rusada redevient "conforme" au code mondial antidopage.

Un enjeu crucial pour Moscou. Au-delà de son image dans le sport, cette suspension a des effets en cascade, par exemple sur la fédération internationale d'athlétisme (IAAF) qui a banni la Russie depuis 2016. En théorie, les fédérations internationales doivent aussi en tenir compte dans l'attribution des compétitions à la Russie.

- Du bout de la plume -

Frappée par les sanctions en novembre 2015, Rusada a déjà repris ses contrôles depuis 2017, sous tutelle internationale. Mais il restait deux conditions fixées par l'AMA pour un retour à la normale: d'une part, que les autorités russes acceptent publiquement les conclusions du rapport McLaren sur l'existence d'un système institutionnel de dopage; d'autre part, que le gouvernement russe donne accès à l'AMA au laboratoire antidopage de Moscou, au coeur de la triche pendant des années.

La Russie a d'abord farouchement nié tout problème, avant d'avancer pas à pas vers un compromis, dans des courriers à l'AMA où chaque ligne est scrutée pour deviner une confession. Ainsi, dans une lettre mi-mai, le ministre des Sports Pavel Kolobkov reconnaît que des "manipulations inacceptables du système antidopage" ont existé. Mais quelques jours plus tard, il lâche dans une interview: "nous sommes en désaccord avec le rapport McLaren".

Décidée à tourner la page et sous la pression des fédérations internationales, la direction de l'AMA a aussi cherché le compromis. Dans un courrier du 22 juin, elle encourage Moscou à des aveux édulcorés sur "l'implication de personnes au sein du ministère des Sports et de ses entités". Réponse du ministre Kolobkov dans une autre missive du 13 septembre: des aveux du bout de la plume, sans mention qu'un système d'Etat ait existé, et la promesse de remettre une copie de la banque de données du laboratoire de Moscou, mais une fois que Rusada sera réintégrée.

Dans la foulée, l'AMA a annoncé vendredi qu'elle envisageait cette hypothèse, en s'appuyant sur les recommandations de son comité pour la révision de la conformité (CRC).

- "Tour de passe-passe" -

"Tour de passe-passe" selon le patron de l'agence antidopage américaine (USADA) Travis Tygart, "exigences à deux vitesses" aux yeux de son homologue française (AFLD) Dominique Laurent; un déluge de critiques s'est abattu depuis sur l'AMA, accusée de sacrifier l'intégrité du sport sur l'autel de la realpolitik.

"Le leadership réclame de faire preuve de flexibilité", s'est défendue l'agence mondiale, sans éteindre l'incendie.

"Les propositions faites dans cette lettre sont ancrées dans le pragmatisme", pour "parvenir à une conclusion dans ce dossier et ne pas voir disparaître les efforts réalisés par Rusada depuis deux ans, sous la supervision de l'AMA", a-t-elle insisté.

Alors que la campagne pour succéder à son président Craig Reedie en 2019 a déjà commencé, la vice-présidente de l'agence, la Norvégienne Linda Helleland, qui s'est portée candidate en promettant de mettre fin aux compromis et aux conflits d'intérêts, a annoncé qu'elle voterait contre la levée des sanctions.

"Cet épisode va définir pour toujours la crédibilité de l'AMA en tant que leader indépendant et puissant du sport propre", a-t-elle affirmé. Réponse jeudi, aux Seychelles.

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