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A Cuba, les églises évangéliques vent debout contre le mariage gay

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A Cuba, les églises évangéliques vent debout contre le mariage gay

A Cuba, les églises évangéliques vent debout contre le mariage gay
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Une affiche à l'entrée de l'Eglise méthodiste de La Havane annonce la couleur: "Je suis pour le modèle original", sur un dessin représentant un homme, une femme et deux enfants, alors que Cuba envisage d'ouvrir le mariage aux homosexuels.

"La proposition du mariage homosexuel, produit de l'idéologie de genre, est totalement incompatible avec l'histoire, les valeurs culturelles et la pensée des fondateurs de notre pays", affirme le pasteur Lester Fernandez face aux fidèles de son temple, dans le quartier du Vedado.

Parmi eux, Juana Rodriguez, infirmière à la retraite, est horrifiée: "Si nous ne unissons plus entre homme et femme, d'où va venir la famille? Dieu dit: l'homme pour la femme et la femme pour l'homme. D'où va venir la procréation, alors? Ce serait la fin du monde".

Il y a quelques jours, les dirigeants d'une vingtaine d'églises évangéliques de Cuba se sont réunis dans ce temple de La Havane pour se pencher sur le projet de Constitution, qui définit désormais le mariage comme l'union "entre deux personnes" et plus seulement "entre un homme et une femme", comme le stipule le texte actuel, de 1976.

Si la réforme est adoptée, il s'agirait d'un véritable bouleversement dans une île où, dans la foulée de la révolution castriste en 1959, les minorités sexuelles étaient stigmatisées et les homosexuels harcelés, voire envoyés en camps de "rééducation". S'appliquait alors une politique de marginalisation vouée à les exclure de tout emploi public.

Depuis plus d'une décennie, le vent a tourné à Cuba, sous l'impulsion notamment de la propre fille de l'ex-président Raul Castro, Mariela, députée qui a oeuvré pour un meilleur respect des communautés LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels).

Le président lui-même, Miguel Diaz-Canel, a fait connaître il y a peu son opinion personnelle: "Je suis d'accord, moi je pense que le fait de reconnaître le mariage entre les personnes, sans limitations, répond au problème d'éliminer tout type de discrimination dans la société", a-t-il dit.

La future Constitution est encore en débat, dans des assemblées populaires organisées jusqu'au 15 novembre. Puis une version finale sera élaborée et soumise à référendum le 24 février prochain.

- "Pas une guerre" -

L'Eglise catholique a déjà clairement exprimé son refus, qualifiant le mariage gay de "colonialisme idéologique" imposé par les pays riches.

Le président de l'Association Convention baptiste de l'ouest de Cuba, Dariel Llanes Quintana, est sur la même ligne: si la Constitution ouvre la porte au mariage homosexuel, alors les fidèles évangélistes - un million selon ses estimations, dans un pays de 11 millions d'habitants - voteront non au référendum.

Le pasteur évangélique Moisés Sanchez, 24 ans, l'assure: "Ce n'est pas une guerre entre chrétiens et homosexuels, il s'agit de chrétiens et d'une grande partie des Cubains qui ne sont pas chrétiens et qui défendent le mariage comme une union entre un homme et une femme".

"Ce n'est pas parce que nous pensons différemment que nous sommes homophobes ou intolérants (...). Nous aimons les homosexuels, les lesbiennes, ce que nous désapprouvons c'est leur manière de penser", ajoute-t-il.

Les relations entre le gouvernement cubain et les églises, surtout catholique, ont connu des hauts et des bas depuis 1959, quand l'éducation religieuse privée avait été supprimée et de nombreuses propriétés du clergé confisquées.

Depuis, dans cet Etat passé en 1992 d'athée à laïc, les liens se sont apaisés, notamment après la visite du pape Jean-Paul II en 1998.

Mais la question d'une possible approbation du mariage homosexuel est complexe dans une île où l'éducation - publique et gratuite - est sous la tutelle de l'unique parti au pouvoir, le Parti communiste de Cuba.

"Dans d'autres pays, des lois similaires ont été approuvées, mais ce sont des pays avec plusieurs partis, où, si tu ne veux pas envoyer ton fils à l'école publique, tu l'envoies à l'école catholique, ou à l'évangélique", s'inquiète Ricardo Pereira, évêque de l'Eglise méthodiste.

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