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Après avoir "touché le fond" avec Kavanaugh, le Sénat américain doit panser ses plaies

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Après avoir "touché le fond" avec Kavanaugh, le Sénat américain doit panser ses plaies

Après avoir "touché le fond" avec Kavanaugh, le Sénat américain doit panser ses plaies
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L'amère bataille pour la confirmation du candidat de Donald Trump à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, a mis à vif de profondes brèches politiques et culturelles aux Etats-Unis, une division qui a aussi déchiré le Sénat, rompant avec sa tradition de civilité entre partis.

Epuisés et furieux, les 100 membres de la Chambre haute reconnaissent que leur vénérable institution a plongé vers les bas-fonds lors de trois semaines de débats enfiévrés autour des accusations d'agressions sexuelles remontant à plus de 30 ans contre le juge conservateur. Ce dernier a finalement été confirmé à ce poste à vie samedi par le Sénat.

Lundi soir, lors de la cérémonie d'investiture du magistrat, à la Maison Blanche, M. Trump a présenté "au nom de notre nation" des excuses "à l'ensemble de la famille Kavanaugh pour la douleur et la souffrance terribles que vous avez été contraints d'endurer".

De son côté, M. Kavanaugh a promis de se montrer "impartial" et de jouer "toujours collectif" auprès des autres Sages.

Après des heures d'audition poignante de l'une de ses accusatrices, Christine Blasey Ford, et le farouche démenti d'un Brett Kavanaugh très ému fin septembre, le sénateur républicain Lindsey Graham avait lancé une tirade enflammée contre ses collègues démocrates, dénonçant, à 63 ans, "la mascarade la plus immorale que j'ai vue depuis que je suis en politique".

Pendant des jours, la colère de manifestants anti-Kavanaugh a également résonné dans les couloirs du Sénat, sur les marches du Capitole et devant la Cour suprême, qui lui fait face.

"Nous avons touché le fond", a déclaré à l'AFP le numéro deux des républicains au Sénat, John Cornyn. "Nous n'avons pas d'autre choix que de remonter la pente".

Chez les démocrates aussi on digère mal. "La politique américaine a plongé à un niveau que je n'avais jamais vu de toute ma carrière politique, et je suis ici depuis 42 ans", a témoigné le sénateur Ed Markey.

Cette rupture avec une longue tradition de négociations plutôt courtoises à la recherche d'un consensus n'a pourtant pas attendu la confirmation tumultueuse de Brett Kavanaugh... et date en fait des démocrates.

En 2013, lorsqu'ils détenaient la majorité au Sénat, ce sont eux qui étaient passés outre une ancienne règle parlementaire qui exigeait 60 voix sur 100 pour confirmer les nominations juridiques, afin justement de pousser au consensus.

Les démocrates n'avaient toutefois pas appliqué cette nouvelle règle de la majorité simple (51 voix) aux candidats à la Cour suprême.

Mais en 2017, le chef de la majorité républicaine Mitch McConnell l'a étendue à la plus haute instance juridique du pays, afin de confirmer le premier candidat de Donald Trump à la Cour suprême, Neil Gorsuch.

- "A vif" -

Les relations entre élus "ont été mises à rude épreuve", estimait le démocrate Ed Markey après le vote final de confirmation samedi, mais les liens personnels entre sénateurs restent solides, a-t-il jugé.

S'il a reconnu que le Sénat traversait un "moment difficile", Mitch McConnell a tenu à souligner qu'en parallèle de la tempête Kavanaugh, ses élus avaient passé plusieurs lois sur une base consensuelle, comme celles adressant les graves addictions aux opiacés et le financement de l'agence qui supervise le transport aérien.

Plus frappant encore, le Congrès a adopté fin septembre un vaste accord budgétaire portant sur plus de 850 milliards de dollars, soutenu par les républicains et de nombreux démocrates afin d'éviter la paralysie des administrations ("shutdown").

"L'idée que le Sénat est en quelque sorte cassé à cause de" la confirmation de Brett Kavanaugh "est tout simplement incorrecte", a martelé Mitch McConnell dimanche sur CBS.

La bataille a pourtant bien laissé des cicatrices.

"Les sentiments sont à vif en ce moment", a confié la sénatrice républicaine Lisa Murkowski, cible de l'ire de son camp pour avoir été la seule voix conservatrice à voter contre le juge Kavanaugh.

Son amie proche et autre sénatrice républicaine clé dans cette confirmation, Susan Collins, a elle fait pencher décisivement la balance en faveur de Brett Kavanaugh quand elle a annoncé qu'elle voterait oui.

Mais les deux sénatrices se sont prises dans les bras après le vote décisif de confirmation.

Peu après, Lisa Murkowski a déclaré aux journalistes: "Nous avons besoin de panser les plaies".

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