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Mexico-1968: le choc du podium "Black Power" inspire toujours

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Mexico-1968: le choc du podium "Black Power" inspire toujours

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Le symbole de protestation silencieuse de Tommie Smith et John Carlos, poing levé sur le podium du 200 m des Jeux de Mexico, a marqué durablement le monde du sport, jusqu'à influencer des combats contemporains comme celui de Colin Kaepernick.

Les poings gantés de noir de Smith et Carlos levés vers le ciel de Mexico, leurs têtes baissées, ont totalement redéfini le concept d'activisme dans le sport, à une époque où le poussiéreux mouvement olympique se trouvait confronté au maelström politique et culturel de l'année 1968.

"Cela a été un apport incommensurable pour des générations de sportifs noirs", estime Dave Zirin, journaliste et auteur de "The John Carlos Story: The Sports Moment That Changed the World".

Zirin estime que l'activisme actuel de sportifs peut être directement relié à Smith et Carlos. Comme celui de Colin Kaepernick, le joueur de football américain qui s'est mis à poser un genou à terre pendant l'hymne US, devenu un symbole de dénonciation des violences policières envers les minorités.

"Tellement d'athlètes citent 1968 comme une référence, une façon de se dire: +c'est arrivé avant, en tant qu'athlète protestataire, c'est notre héritage, on ne s'assoira pas sur cet héritage+", explique Dave Zirin.

"Donc quand vous voyez des sportifs sortir du rang et lever le poing, ils le font grâce à Tommie et Carlos".

- Luther King et Kennedy -

Si le podium de Mexico a eu un tel impact, c'est aussi parce qu'il est intervenu dans le contexte de la folle année 1968. Avant les Jeux de Mexico, les Etats-Unis avaient déjà été retournés, en avril, par l'assassinat de Martin Luther King, le leader de la lutte pour les droits civiques, suivi des émeutes meurtrières de Chicago et d'un deuxième assassinat majeur en juin, celui du sénateur Bobby Kennedy, espoir démocrate de la future présidentielle.

L'époque connaissait également d'importantes manifestations contre la guerre au Vietnam, tandis qu'un large mouvement de protestation civile gagnait la France, entre révolte étudiante, grèves générales et bouillonnement culturel.

Cette fièvre avait atteint le Mexique où le gouvernement avait réprimé dans la violence des manifestations, quelques jours avant les Jeux, faisant des centaines de morts lors d'un massacre étouffé par le pouvoir.

C'est dans ce contexte unique qu'est intervenue, le 16 octobre, l'action de Tommie Smith et John Carlos, respectivement vainqueur et 3e du 200 m. Les deux athlètes afro-américains avaient été éveillés à l'activisme politique à l'Université de San Jose en Californie par le sociologue Harry Edwards, fondateur du "Olympic Project for Human Rights (OPHR)" dont les trois médaillés, y compris l'Australien blanc Peter Norman, 2e, portaient le badge.

- "Menace permanente" -

Le geste était donc prémédité. John Carlos ayant oublié ses gants, les deux hommes durent partager une même paire, d'où la symétrie des deux poings couverts de noir sur l'iconique photo du podium.

"Le public a commencé à applaudir vigoureusement lorsque, soudain, j'imagine que les +Yankees+ présents dans la foule n'ont pas aimé ce qu'ils voyaient. Ils nous ont alors craché à la figure toute leur haine", s'est souvenu John Carlos devant la presse, en septembre.

"Cela m'avait laissé en état de choc", a-t-il ajouté, très marqué par les conséquences de son geste. Exclu à vie des Jeux, comme Smith, Carlos a essuyé l'opprobre populaire, et même reçu des menaces de mort.

C'est à ce contexte qu'il attribue le suicide de sa femme en 1977, "la plus grande tristesse" de sa vie. Reste que le geste à l'origine de tant de peine a donné un véritable pouvoir d'expression aux athlètes à travers le sport, souligne Dave Zirin.

"Ces poings levés, et plus largement la protestation d'athlètes noirs, avaient absolument terrifié le monde du sport, analyse-t-il. Cela a instauré une sorte de menace permanente et permis aux athlètes de se dire: +nous sommes les acteurs majeurs des Jeux, alors servons-nous en pour mettre en lumière nos idées politiques+".

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