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PSG-Etoile Rouge: le foot, "cible de choix des organisations criminelles"

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PSG-Etoile Rouge: le foot, "cible de choix des organisations criminelles"

PSG-Etoile Rouge: le foot, "cible de choix des organisations criminelles"
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Les soupçons de trucage du match de Ligue des champions PSG-Etoile rouge Belgrade et le récent coup de filet en Belgique confirment que le football est devenu "une cible de choix des organisations criminelles", explique à l'AFP Christian Kalb, consultant et spécialiste des paris sportifs.

Q: Le parquet national financier a ouvert une enquête sur le match PSG-Etoile rouge Belgrade remporté 6-1 par les Parisiens le 3 octobre. Selon le quotidien l'Equipe, un dirigeant du club serbe aurait misé 5 millions d'euros sur une défaite de son équipe par cinq buts d'écart. Un tel scénario vous semble-t-il plausible?

R: "Une finale de Coupe du monde, c'est plusieurs milliards d'euros de mises dans le monde. Donc 5 millions d'euros pour un gros match de Ligue des champions, c'est plausible."

En France, si quelqu'un s'amusait à jouer 100.000 euros ou 200.000 euros sur un avantage de cinq buts pour l'une des deux équipes, il serait tout de suite repéré car la Française des Jeux et l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel, NDLR) ont des moyens de contrôle extrêmement sophistiqués.

Si ces faits sont avérés, cela veut donc dire que les paris ont été réalisés auprès d'une multitude d'opérateurs différents et principalement sur le marché illégal, notamment en Asie et en Amérique centrale, et sans doute un peu aussi sur des marchés légaux assez mal contrôlés.

Pour cinq millions, cela voudrait dire qu'on prend 5.000 +mules+, des personnes qu'on paye assez cher pour parier dans sa région, qui chacune joue 1.000 euros sur le score exact chez des opérateurs différents. C'est possible mais ça demande une organisation très poussée pour un résultat qui reste vraiment aléatoire et risqué même pour une très grosse mafia. Sur un tel écart de buts et un tel montant, je n'ai jamais vu ça auparavant."

Q: Que révèle cette nouvelle affaire après celle qui ébranle le football belge où des soupçons de fraude ont conduit cette semaine à l'arrestation de 19 personnes ?

R: "Cela démontre que le sport aujourd'hui est devenu une cible de choix pour les organisations criminelles, notamment le foot et le tennis, et qu'à partir du moment où il y a autant d'argent en jeu et un intérêt pour des mafias, elles ne vont pas hésiter parce que c'est extrêmement rentable. Quand on parle de dizaines de millions d'euros de gains, cela représente la même chose que plusieurs années de trafic d'héroïne.

Il y a déjà eu énormément de cas: le scandale du "Calcioscommesse" en Italie, l'affaire de Bochum en Allemagne qui a touché plusieurs pays, une précédente affaire en Belgique. C'est devenu extrêmement fréquent. Et malheureusement, on va avoir encore beaucoup de scandales avant que les Etats ne réagissent vraiment et ne mettent des moyens en place pour lutter contre cette forme de criminalité."

Q: Quelles sont les grandes actions à mener selon vous ?

R: "Les investigations sont très longues, très difficiles quand elles sont internationales. Quand vous avez une mafia de Singapour qui travaille avec une mafia des pays de l'Est, qui fait passer l'argent par l'Amérique centrale, qui parie en Asie avec des comptes bancaires en Suisse, vous imaginez les difficultés pour aller au bout de l'enquête.

Il faut donc une meilleure coordination policière et politique. Une vingtaine de plateformes nationales existent en Europe et collaborent entre elles en matière de paris. On a des mesures mais on est au tout début.

Il faut aussi mettre en place des sanctions à la fois disciplinaires, c'est-à-dire sportives, et pénales avec une loi adaptée, et faire beaucoup de prévention.

Mais pour essayer de lutter vraiment contre le fléau, le plus important est sans doute de commencer par réguler les paris sportifs strictement. Aujourd'hui, surtout en Europe, on est en train de libéraliser le jeu d'argent et notamment les paris sportifs. En autorisant tous ces paris secondaires, sur des compétitions importantes et moins importantes, on crée des opportunités pour des organisations criminelles."

Propos recueillis par Anne-Sophie LASSERRE.

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