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Surnoms moqueurs et huées de supporteurs: l'ère Trump, particulièrement agressive?

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Surnoms moqueurs et huées de supporteurs: l'ère Trump, particulièrement agressive?

Donald Trump en meeting de campagne à Houston, au Texas, le 22 octobre 2018
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SAUL LOEB
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Derrière l'envoi de bombes artisanales à certaines des plus hautes personnalités démocrates américaines, beaucoup ont rapidement détecté la métastase d'un climat politique agressif qui ronge le débat public avec une vigueur renouvelée depuis l'entrée en campagne de Donald Trump en 2016.

Mais le climat de l'ère Trump est-il particulièrement acide dans une Histoire américaine marquée par des épisodes violents? Et l'homme d'affaires tempétueux en porte-t-il seul la responsabilité?

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- Des tensions inédites? -

Avec quatre présidents américains assassinés sur 45, des émeutes, des attentats et une Guerre civile, l'Histoire américaine n'est certainement pas un long fleuve tranquille. Mais le discours politique "semble avoir empiré" récemment, reconnaît Timothy Hagle, professeur de sciences politiques à l'université de l'Iowa.

"Nous ne sommes pas arrivés en une nuit à ce climat politique brûlant", renchérit Anita McBride, ancienne assistante du président républicain George W. Bush et secrétaire générale de la Première dame, Laura Bush.

Cette spécialiste en Affaires publiques à l'Américan University situe le point de départ aux années 1990, avec les critiques "personnelles" du candidat Bill Clinton contre George H. W. Bush puis la procédure acrimonieuse de destitution lancée contre le démocrate.

"Ce que les républicains ont fait à cette époque a créé le cercle très vicieux dans lequel nous nous trouvons toujours".

Après un décompte extrêmement tendu en 2000 des quelques voix séparant le démocrate Al Gore de George W. Bush, ont suivi huit ans de présidence "difficile" pour ce dernier, cible de commentaires démocrates "très dénigrants", se souvient-elle.

Mais la campagne puis l'élection de Donald Trump en 2016 "ont accentué" ces divisions, confie Anita McBride à l'AFP.

- Donald Trump, responsable? -

Donald Trump "porte une large part de responsabilité", juge John Pitney, professeur de politique américaine à l'université Claremont McKenna.

"Enfermez-là", faisait crier à ses supporteurs le candidat républicain, en direction de sa rivale Hillary Clinton. Barack Obama est-il vraiment né aux Etats-Unis? Il a posé la question publiquement pendant des années.

L'ancien directeur de la CIA John Brennan "est un très mauvais type", George Soros finance des manifestants et migrants, Maxine Waters, élue à la Chambre des représentants, a un "petit Q.I". Quant à la chaîne CNN, c'est une source de "fausses informations", estime Donald Trump, qui à l'habitude en meeting d'encourager la foule à se retourner pour huer les journalistes.

Toute ces personnalités ont été visées cette semaine par des colis suspects, en plus de l'ancien ministre de la Justice démocrate Eric Holder, l'ex-vice-président Joe Biden et l'acteur Robert de Niro.

Pour les démocrates, cela ne fait pas de doutes: "le président cautionne la violence physique et divise les Américains".

Même chez les républicains, des voix se sont élevées. "Le président ne devrait pas parler de la presse comme une +ennemie du peuple+", a déclaré le sénateur Jeff Flake mercredi. "Nous devons tous faire attention à ce que nous disons, les gens nous entendent et nous suivent".

- La gauche et les médias, également fautifs? -

Après avoir d'abord appelé au rassemblement, Donald Trump a repris jeudi ses attaques contre les médias. Et dès mercredi, d'influents républicains avaient désigné l'opposition.

"Trop d'élus démocrates encouragent activement tout cela", a déclaré le sénateur républicain Ted Cruz, rappelant que Maxine Waters avait appelé à protester contre les membres de l'administration Trump "dans les restaurants, les magasins, les stations-essence".

Eric Holder, lui, a déclaré que face aux attaques "basses" des républicains, les démocrates devaient "les frapper", avant de nuancer ses propos.

Les tensions avaient pris un tournant sanglant en 2017, lorsque des élus républicains du Congrès avaient été visés par un tireur près de Washington. Agé de 66 ans, cet homme avait travaillé sur la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates de 2016 et posté des messages indignés contre Donald Trump.

"Les démocrates ont également contribué au problème mais il n'y a aucune équivalence", nuance John Pitney. "Le président parle d'une voix plus forte et depuis une scène bien plus grande que quiconque. Il marque le ton, et ce ton est sinistre.".

- Quel impact sur les élections de mi-mandat? -

L'envoi des bombes artisanales tombe à moins de deux semaines de scrutins cruciaux aux Etats-Unis, qui décideront du contrôle du Congrès où les républicains détiennent la majorité.

Dès mercredi, des voix d'extrême droite affirmaient, y compris sur la grande chaîne Fox News, que les démocrates pourraient en fait être derrière ces colis, afin d'influencer le scrutin en leur faveur.

Le fils de George Soros, Alexander, a lui voulu croire, dans les pages du New York Times, qu'après ces événements les Américains pourront "rejeter la diabolisation des opposants politiques".

"Un premier pas serait de déposer des bulletins pour rejeter les politiques qui portent la cynique responsabilité d'avoir sapé les institutions de notre démocratie. Et nous devons le faire maintenant, avant qu'il ne soit trop tard".

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