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Espagne: les indépendantistes catalans entre utopie et pragmatisme

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Espagne: les indépendantistes catalans entre utopie et pragmatisme

Manifestation indépendantiste catalane à Barcelone, le 1er octobre 2018
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PAU BARRENA
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Le 27 octobre 2017, leur tentative de sécession de l'Espagne échouait. Un an plus tard, une partie des séparatistes catalans continue de s'accrocher à l'utopie de l'indépendance unilatérale tandis que l'autre tente un virage pragmatique, malgré la pression de la base.

Pour les indépendantistes, l'anniversaire du 27 octobre restera celui d'un échec. La proclamation d'une République catalane par le parlement régional avait été suivie par la destitution du gouvernement de Carles Puigdemont, qui partit pour la Belgique, et la mise sous tutelle de la région.

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"Nous avions l'impression que nous pouvions tout changer, que nous pouvions gagner. Maintenant je vois l'avenir en noir", dit Carmen Roig, 59 ans, dans le petit village d'Arenys de Munt, fief séparatiste qui a le premier lancé en 2009 la première consultation populaire sur l'autodétermination.

"Ce qu'il s'est passé après la déclaration de la République a purement et simplement démontré que l'indépendance n'était pas possible", souligne Antonio Barroso, analyste au cabinet Teneo Intelligence.

La voie unilatérale choisie ne pouvait et ne peut en effet que se heurter à l'intransigeance du gouvernement central.

Et malgré l'arrivée au pouvoir du socialiste Pedro Sanchez, grâce aux voix des séparatistes catalans, Madrid s'oppose toujours à toute idée de référendum d'autodétermination, qui n'est pas prévu par la Constitution.

Face à ce mur, le camp indépendantiste catalan n'a pu éviter les divisions qui ont abouti à une rupture entre les partisans de M. Puigdemont et ERC (Gauche républicaine catalane), pourtant alliés au sein du gouvernement régional.

Des divisions dans lesquelles M. Sanchez a joué un rôle primordial en s'ouvrant au dialogue, selon Gabriel Colomé, politologue à l'Université autonome de Barcelone.

D'un coup, de "l'autre côté du court de tennis, au lieu d'un fronton renvoyant la balle" comme c'était le cas sous le conservateur Mariano Rajoy, opposé au dialogue, "il y a eu quelqu'un qui commençait à jouer (ce qui a fait) émerger les tensions latentes au sein du camp indépendantiste", explique-t-il,.

- Discours "surréaliste" -

Deux visions s'opposent donc désormais au sein de la famille séparatiste.

Carles Puigdemont et la frange la plus radicale s'accrochent à l'utopie de l'indépendance tout de suite.

Elle "peut arriver d'un jour à l'autre comme la chute du mur de Berlin", affirme Josep Manel Ximenis, ancien maire d'Arenys de Munt.

"Nous ne parlons pas d'un rêve, nous parlons d'une réalité, nous parlons de la République catalane", assure un clip de la Crida Nacional, nouvelle formation que Carles Puigdemont doit lancer samedi pour le premier anniversaire de la vaine déclaration d'indépendance.

Alors que les séparatistes sont au pouvoir en Catalogne, M. Puigdemont va présenter le 30 octobre un "conseil de la république", sorte de gouvernement catalan en exil en Belgique.

Un discours aux allures "surréalistes" mais auquel "croit une partie de l'électorat catalan, autour de 1 million de personnes, qui pensent qu'il y a un président légitime en exil et qu'il n'y a pas de démocratie en Espagne", souligne Gabriel Colomé.

- Virage modéré difficile -

De l'autre côté de l'échiquier indépendantiste, ERC, mais aussi une partie du PDeCAT dont est issu M. Puigdemont, ont adopté une posture pragmatique.

"Un an après, ils sont arrivés à la conclusion que la voie unilatérale était une erreur et sont revenus à la logique d'élargir la base pour arriver à 51%" des voix contre les 47,5% recueillies par les séparatistes aux dernières élections régionales, note Gabriel Colomé.

Soit un "objectif à long terme de 10 ou 15 ans", selon Antonio Barroso.

Mais selon lui, "effectuer un virage modéré est très difficile après avoir autant mobilisé la base" avec des promesses de lendemains qui chantent.

L'association indépendantiste ANC, qui a réussi à faire descendre dans la rue près d'un million de personnes le 11 septembre, "met la pression", souligne l'analyste. Elle a menacé le gouvernement régional de lui retirer son soutien s'il ne publie pas d'ici fin décembre une feuille de route claire pour parvenir à l'indépendance.

Seul le procès de 18 dirigeants séparatistes, attendu en début d'année après leur renvoi en justice jeudi, permet encore de resserrer les rangs.

"Sans les +prisonniers politiques+ (comme les appellent les séparatistes), le mouvement indépendantiste ne serait pas fort comme il l'est en ce moment", juge Gabriel Colomé.

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