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Japon: les ex-otages souvent violemment insultés à leur retour

Japon: les ex-otages souvent violemment insultés à leur retour
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A l'instar de précédents otages japonais, le journaliste Jumpei Yasuda essuie de violentes insultes venant d'une partie de la population japonaise selon laquelle c'est entièrement de sa faute s'il est tombé dans un guêpier en Syrie,

"C'est un anti-citoyen", "il perturbe la société", "il a fait exprès d'aller en Syrie alors que le gouvernement l'avait interdit" écrivent de nombreux internautes

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Ses parents, interrogés devant leur maison, sont aussi critiqués: "s'ils étaient corrects, ils commenceraient par s'excuser" pour les ennuis et l'inquiétude causés à la société. Ce que l'intéressé a déjà d'ailleurs fait avant son retour, devant la caméra de la chaîne NHK et via un message lu par sa femme à son arrivée jeudi soir.

Si lui et d'autres auparavant se sont fait enlever, c'est de leur faute et ils n'ont pas à réclamer ensuite l'aide de l'Etat pour les tirer d'affaire, estiment ceux qui clouent les otages au pilori, jugeant qu'ils ont agi par égoïsme, et doivent assumer "leur responsabilité personnelle".

"C'est la mentalité d'une partie de la société japonaise", souligne pour l'AFP Toshiro Terada, professeur de philosophie à l'Université Sophia de Tokyo.

- "Jiko sekinin" -

"L"expression +jiko sekinin+ (littéralement "responsabilité personnelle") est employée de façon impropre dans le sens +c'est bien mérité+, acception négative envers la personne visée qui n'a pas respecté les instructions. Alors qu'en fait, la responsabilité personnelle est consubstantielle à la liberté, au libre-arbitre, ce que les Japonais ont du mal à mesurer", explique M. Terada.

Il est l'auteur d'un essai sur "la théorie de la responsabilité personnelle" après le retour difficile de trois ex-otages japonais retenus en Irak en 2004. "Ils avaient été accueillis à l'aéroport avec des panneaux +c'est de votre faute+. Cette fois encore, les mêmes virulentes diatribes se produisent", déplore M. Terada.

Otage en 2004, Noriaki Imai a reçu des monceaux de cartes avec des insultes qu'il a ressorties récemment pour un reportage: "crève !" "bien fait", "abruti" y lit-on. "Sur internet, le bashing a duré dix ans", assure-t-il.

"Depuis cette affaire, l'expression responsabilité personnelle n'est plus employée que pour rabaisser une personne", a regretté M. Imai sur la chaîne en ligne Abema TV.

En 2004, le gouvernement avait été lui-même très critique envers ceux qu'il qualifiait de "jeunes irresponsables", à l'unisson de la presse de droite. Les autorités et grands médias ont cette fois évité de critiquer M. Yasuda.

Ses détracteurs contestent aussi sa citoyenneté japonaise en raison d'une vidéo étrange diffusée en août dernier par ses ravisseurs. L'otage, sous la menace d'une arme, s'y exprimait en japonais mais en disant s'appeler "Omar" et être "sud-coréen", apparemment après que ses geôliers lui interdirent de révéler son identité. Ces propos ont alimenté la haine contre lui: "ce type n'est pas japonais", "qu'il rentre dans son pays en Corée du Sud".

- Journalisme en danger -

M. Yasuda est en outre qualifié "d'otage professionnel" parce qu'il a déjà été détenu en Irak en 2004.

"Il fait exprès d'aller dans les pays dangereux alors même que le gouvernement le lui avait interdit", écrivent de nombreux internautes anonymes.

Lui-même, sur son compte Twitter, avait vertement protesté avant son départ contre les autorités qui tentaient de l'empêcher de partir.

Selon le professeur Terada, "ce serait un gros problème" si le gouvernement interdisait aux journalistes d'enquêter dans les pays où ils sont potentiellement en danger.

"Pour M. Yasuda, l'argument +c'est de sa faute+ doit être fermement rejeté. C'est un journaliste et un journaliste sert à défendre la démocratie", s'est énervé sur TV Asahi jeudi l'éditorialiste Toru Tamakawa selon qui "on a besoin de gens qui risquent leur vie pour aller chercher des informations sur le terrain". Et de préciser: "d'autres grandes démocraties défendent ce genre de personnes, les accueillent en héros à leur retour".

"Que des journalistes aillent en Syrie est extrêmement important. Bien sûr que c'est leur responsabilité personnelle, ils ne disent pas le contraire, mais ils doivent quand même être défendus et ce lynchage à l'encontre de M. Yasuda doit être dénoncé par la presse japonaise aussi, sinon c'est le journalisme qui est en danger", insiste auprès de l'AFP le journaliste syrien Najib Elkhash installé au Japon.

De fait, il se trouve aussi de nombreux Japonais pour ce réjouir sincèrement du retour de M. Yasuda.

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