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Migrations: l'Albanie, terminus inattendu

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Migrations: l'Albanie, terminus inattendu

Migrations: l'Albanie, terminus inattendu
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Quand il a fui la Syrie avec sa famille, Saïd n'imaginait pas s'arrêter en Albanie. Mais l'épuisement a eu raison de sa persévérance: il a demandé l'asile dans ce petit pays pauvre des Balkans.

Dans ce pays lui-même soumis à une émigration massive où le chômage touche un jeune sur trois, les autorités albanaises s'inquiètent du poids économique de cette population, et réclament l'aide de l'Union européenne.

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"Je ne peux pas poursuivre la route. Je n'ai pas la forme des jeunes de 25 ans", dit Saïd Dabash, 45 ans, ouvrier en construction d'Alep qui regarde ses quatre filles jouer à côté du centre d'accueil de Babrru, dans la banlieue de Tirana, seule structure permanente de ce pays de 3 millions d'habitants. Partie de Syrie en mars 2017, sa famille y est installée depuis le début de l'été, avec le petit dernier, un garçon de quelques mois.

Le phénomène connaît une hausse substantielle selon Pablo Zapata, représentant à Tirana du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR): le nombre de dépôts de demandes d'asile "était de 307 en 2017, pour passer à 3.000 de janvier à août 2018, dont deux-tiers de migrants venus du Proche-Orient".

Parmi eux Ritag Al Rifai, une Syrienne de 26 ans, épuisée. Arrivée en août, elle n'est pas parvenue à passer au Monténégro avec son époux palestinien Osama al Sadiq, 28 ans. Enceinte de six mois, elle vit dans le centre de Babrru. "En réalité, nous ne pensons pas partir", dit Osama.

- Veto albanais -

Selon le gouvernement albanais, "il n'y a pas plus de 500 dossiers réels" de demandeurs d'asile. "Beaucoup retirent ou suspendent leur demande d'asile pour poursuivre leur chemin" après un peu de repos, dit Erida Skendaj, directrice exécutive de l'antenne albanaise du Comité d'Helsinki, ONG de défense des droits de l'homme. Une source policière européenne à Tirana décrit "un détournement du droit d'asile, devenu une des voies de l'immigration illégale".

"L'Albanie n'a pas la capacité d'accueillir des demandeurs d'asile et de leur offrir (...) nourriture, emploi, soins sanitaires et sociaux, assistance légale gratuite", dit Erida Skendaj.

Les responsables du centre d'accueil de Babrru expliquent que leur budget de 300.000 euros ne permet pas de répondre à la forte croissance des besoins.

Aujourd'hui, les autorités craignent de voir gonfler le nombre de personnes bloquées sur leur territoire, surtout avec le renforcement de la surveillance de la frontière par les autorités monténégrines. Chaque mois, depuis janvier, 800 migrants sont interceptés par la police albanaise, venant de Grèce et se dirigeant vers le Monténégro et le Kosovo, puis la Croatie et la Bosnie.

- Demande d'aide européenne -

"L'Albanie, a sollicité l'aide de l'Union Européenne pour accroître ses capacités techniques et logistiques afin de mieux contrôler aux frontières les flux migratoires qui au cours de 2018 ont enregistré une forte croissance", dit la ministre adjointe de l'Intérieur, Rovena Voda. Début octobre a été signé un accord de coopération qui prévoit l'aide de l'Agence européenne Frontex.

Depuis le début de la crise migratoire en 2015, l'Albanie, initialement à l'écart de la route des Balkans, n'avait reçu de l'UE qu'un apport d'experts en formation policière, selon les autorités.

Le pays, qui espère entamer en 2019 les négociations d'adhésion à l'UE, refuse la création sur son sol, avec des fonds européens, de camps pour accueillir les migrants refoulés de l'UE, une idée notamment soutenue par l'Autriche. Le Premier ministre Edi Rama s'était offusqué de cette idée, relevant que les migrants n'étaient "pas des déchets toxiques".

"Nous avons réussi jusqu'à présent à faire face seuls au flux migratoire mais si la situation s’aggrave, il sera difficile de s'en sortir sans l'aide des pays de l'UE", prévient Rovena Voda.

En 2015 et 2016, des centaines de milliers de personnes sont passés par la "route des Balkans", en route vers l'UE, jusqu'à sa fermeture en mars 2016. Mais des centaines continuent d'essayer de franchir clandestinement les frontières, dans des conditions souvent effroyables.

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