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La "corruption institutionnalisée" à Madagascar, fléau au coeur de la campagne électorale

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La "corruption institutionnalisée" à Madagascar, fléau au coeur de la campagne électorale

La "corruption institutionnalisée" à Madagascar, fléau au coeur de la campagne électorale
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Sur une portion de route en travaux, des paysans brandissent une banderole "Stop à la spoliation des droits fonciers". Ils manifestent contre le tracé d'une autoroute, promesse de l'ex-chef de l'Etat malgache Hery Rajaonarimampianina et candidat à la présidentielle du 7 novembre qu'ils soupçonnent de corruption.

“Nous dénonçons ici une corruption à haut niveau qui a entraîné la spoliation de nos droits sur notre terre au profit d'une société privée indo-pakistanaise et d'une entreprise chinoise qui construit la route", explique Célestin Razafimanantsoa à Andranotapahina, à 10 kilomètres de la capitale Antananarivo.

Corruption, le mot est lancé.

A Madagascar, elle gangrène tous les secteurs de la société: les projets de travaux publics, l'attribution des permis de conduire, la justice, le trafic de bois de rose...

Elle est "institutionnalisée", résume la directrice de Transparency International Initiative Madagascar (TIIM), Ketakandriana Rafitoson, et se retrouve naturellement au coeur de la campagne présidentielle.

Fanirisoa Erinaivo, à la tête du syndicat des magistrats et candidate à la fonction suprême, a fait de la lutte contre ce fléau son credo.

L'ancien Premier ministre Jean Omer Beriziky également. “Je vais rétablir l’Etat de droit”, promet ce candidat. “On est élu pour servir et non pas se servir."

A Andranotapahina, le conflit oppose d'un côté 2.500 familles - des paysans en majorité - et de l'autre la société indo-pakistanaise de prêt-à-porter Filatex.

La construction de l'autoroute, destinée à désengorger la capitale, nécessite de nombreuses expropriations de terrains.

“On n’est pas contre le projet, mais Filatex a acheté l’Etat pour faire passer l’autoroute devant ses locaux, au détriment de nos propriétés”, affirme Célestin Razafimanantsoa.

Une autre manifestante, Géorgienne Rahatarivony, dénonce le manque de transparence. “Nous n'avons jamais été consultés. Ce qui a attiré notre curiosité, c'est quand des Chinois ont posé des piquets dans nos rizières en pleine nuit."

“Quand dans un projet les populations ne sont pas consultées, on est en droit d'avoir des soupçons de corruption", estime Ketakandriana Rafitoson.

- Campagne en hélicoptères -

La Grande Ile pointe à la 155e place sur 180 du classement de perception de la corruption de l'ONG Transparency International.

Madagascar est "le pays du mametraha kely ("veuillez déposer un pot-de-vin" en langue malgache) et de la règle des 10%", explique Ketakandriana Rafitoson.

Car dans la réalité, pour obtenir un marché public, les entreprises doivent souvent verser l'équivalent de 10% du montant du contrat à des fonctionnaires verreux.

Pour les manifestants d'Andranotapahina, le projet d'autoroute n'échappe pas à cette règle.

Filatex dément cependant avoir versé des pots-de-vin. "Nous aussi, on va perdre une partie d’une propriété du groupe qui va être expropriée pour ce projet", se défend son directeur administratif Dominique Andréas.

Hery Rajaonarimampianina - au pouvoir de 2014 jusqu'à sa démission en septembre dernier pour pouvoir se représenter - refuse lui de s'exprimer sur le sujet.

Mais il n'est pas le seul pointé du doigt quand il s'agit de soupçons de corruption.

Lui et deux autres anciens présidents - Marc Ravalomanana (2002-2009) et Andry Rajoelina (2009-2014) - "devront expliquer l'origine des milliards d'ariary (dizaines de millions d'euros) qu'ils dépensent" pendant la campagne en cours, prévient Ketakandriana Rafitoson.

Alors que Madagascar est classé parmi les pays les plus pauvres au monde, les trois candidats disposent de moyens colossaux, notamment d'hélicoptères pour se déplacer.

- Trafic de bois de rose -

TIIM "n'écarte pas" que plusieurs des favoris financent leur campagne avec le commerce de bois de rose, une espèce menacée de disparition et très prisée des ébénistes chinois.

“La dérive du commerce de bois de rose a commencé en 2007” quand des cyclones ont dévasté Madagascar, explique Ketakandriana Rafitoson. “Ce commerce illicite s'est aggravé sous la transition politique (2009-2014) et ne s’est pas dissipé après l’élection de 2013."

Une affirmation basée sur le rapport de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) publié en août.

Cette enquête édifiante, qualifiant le bois de rose de "faiseur de roi", épingle Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina.

Ce dernier n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP mais les deux autres intéressés démentent.

"Aucun trafic illégal de bois de rose n’a eu lieu durant la période où j’étais président de Madagascar", affirme Marc Ravalomanana.

"Au pouvoir, Andry Rajoelina a multiplié les actions contre le trafic de bois de rose", assure son porte-parole Heriniaina Razafimahefa.

Son dernier Premier ministre affirme pourtant le contraire. "Les trafiquants étaient tellement protégés en haut lieu du pouvoir que tous mes efforts pour contrôler les trafics ont été rendus à néant”, déplore a posteriori Jean Omer Beriziky.

Dans ce climat malsain, TIIM et le mouvement Rohy de la société civile lancent un appel aux électeurs: "Ne laissez aucune chance (...) aux corrompus en tous genres d'être ou de revenir à la tête de l'Etat."

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