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Malgré les sanctions, l'Iran jouit d'un contexte diplomatique plus clément

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Malgré les sanctions, l'Iran jouit d'un contexte diplomatique plus clément

Malgré les sanctions, l'Iran jouit d'un contexte diplomatique plus clément
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Au moment où il se prépare à subir économiquement, à partir du 5 novembre, une nouvelle vague de sanctions américaines, l'Iran trouve un peu de réconfort sur le plan diplomatique, où il apparaît en meilleure posture qu'autrefois.

Durant la dernière période de sanctions, entre 2010 et 2015, la plupart des pays avaient fait front commun derrière Washington afin de l'aider à imposer ses embargos contre Téhéran, pour endiguer le programme nucléaire iranien.

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Les Etats-Unis avaient alors un président auréolé d'une image flatteuse à l'international, Barack Obama, quand l'Iran était dirigé par l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, réélu au terme d'une répression de manifestations en 2009 et fustigé à l'étranger pour ses propos négationnistes.

Aujourd'hui, face à l'administration de Donald Trump, c'est l'Iran qui apparait comme la partie la plus responsable, relèvent des experts.

Gouvernements européens et asiatiques ont été atterrés par la décision du président américain de déchirer l'accord nucléaire, conclu de haute lutte en 2015 et alors largement salué.

Dans le monde de 2018, la Russie et l'Iran sont étroitement liés en tant qu'alliés du régime syrien. Quant à la Chine, elle observe le cas iranien comme un possible test sur la meilleure façon de résister à des sanctions américaines, dont elle fait aussi l'objet.

Parallèlement, parmi les rares puissances soutenant Washington, l'Arabie saoudite --grand rival régional de l'Iran-- fait actuellement face à un contexte diplomatique délicat, en particulier après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

"Lors du dernier round de sanctions, il y avait une vision très binaire avec l'Iran qui incarnait le mal dans la région, et les autres, alignés derrière (...) les Européens et le reste des acteurs", estime Ellie Geranmayeh, spécialiste de l'Iran à l'European Council on Foreign Relations.

"Il y a maintenant un débat plus (...) complexe sur les autres acteurs régionaux et on réalise que tout le monde joue un jeu très sale au Moyen-Orient. Personne ne pense que l'Iran est un saint, mais les visions sont plus nuancées", dit-elle à l'AFP.

- "Suicide diplomatique" -

Le problème pour l'Iran est de savoir si cette bonne passe diplomatique peut se traduire par des retombées tangibles, en particulier pour son économie.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la première vague de sanctions rétablies en août par l'administration Trump a déjà plongé le pays en situation de récession et les experts prévoient une baisse de moitié des exportations pétrolières, vitales pour Téhéran, après le 5 novembre.

Les Européens travaillent sur des mécanismes visant à préserver le commerce avec l'Iran, mais les entreprises privées n'ont aucun intérêt à contrarier le Trésor américain, et certaines ont déjà plié bagage face aux menaces de représailles américaines.

"Même si les Européens font preuve de bonne volonté et inventent ces mécanismes bureaucratiques, les utiliser n'intéresse pas le secteur privé", affirme Clément Therme, chercheur à l'Institut international des études stratégiques (IISS), un centre de réflexion britannique.

Téhéran espère toutefois tirer parti du soutien des gouvernements européens et asiatiques pour atténuer la charge.

Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei, a lui clairement indiqué que si les avantages économiques de l'accord se dissipaient, son pays n'hésiterait pas à quitter l'accord.

"C'est un choix entre le mauvais et le pire. Opter pour un retrait du JCPOA (acronyme de l'accord nucléaire) serait un suicide diplomatique, considère M. Therme. Même si le soutien politique de l'Europe, de la Russie et de la Chine n'est pas parfait, c'est mieux que rien."

"Mais le sens de la dignité de l'Iran rend très compliqué le maintien dans l'accord, si tous les principaux acheteurs de pétrole cessent leurs importations ou les réduisent", poursuit-il.

Selon Mohammed Marandi, analyste à l'Université de Téhéran, la question reste ouverte au sein du pouvoir iranien.

"Si les Européens n'arrivent pas à s'opposer aux intimidations américaines et que les Iraniens ont de sérieuses difficultés à exporter leur pétrole, je pense qu'ils se dirigeront vers une sortie" de l'accord, juge-t-il.

- "Capitulation" -

La situation diplomatique est en outre à nuancer depuis que l'Iran est accusé d'avoir fomenté des projets d'assassinats contre des opposants iraniens sur le sol européen.

Le Danemark a accusé cette semaine Téhéran d'avoir préparé une attaque, déjouée, contre des membres d'un groupe séparatiste arabo-iranien basé dans le pays scandinave, et la France a affirmé que le ministère du Renseignement iranien avait fomenté un projet d'attentat en juin à Paris contre des dissidents.

L'Iran rejette ces accusations, montées selon lui par ses ennemis pour faire échouer l'accord.

Téhéran croit en sa capacité à survivre aux sanctions, des experts soulignant sa longue expérience dans l'utilisation de réseaux informels et de la contrebande pour que l'argent continue à circuler.

Mais l'inquiétude réside dans son incapacité à apercevoir le bout du tunnel.

Pour relâcher leur pression, les Américains ont posé 12 conditions devant permettre de restreindre l'influence selon eux "déstabilisatrice" de l'Iran au Moyen-Orient. Mais des analystes estiment qu'il s'agit de demandes impossibles à satisfaire.

"Sous Obama, les sanctions avaient un but clair et atteignable, celui d'amener l'Iran à la table des négociations" sur le nucléaire, explique Mme Geranmayeh.

Les "12 conditions" américaines s'apparentent elles à une demande de "capitulation" du régime, dit-elle.

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