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Pacte sur les migrations: l'Autriche boycotte et divise

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Pacte sur les migrations: l'Autriche boycotte et divise

Pacte sur les migrations: l'Autriche boycotte et divise
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Le chancelier autrichien Sebastian Kurz essuie de cinglantes critiques après sa décision de boycotter un pacte mondial des Nations Unies sur les migrations, s'alignant sur Donald Trump et Viktor Orban pour ménager son allié d'extrême droite, au risque d'isoler l'Autriche.

C'est "l'accord qui va séparer l'Autriche du reste du monde", selon le quotidien de centre gauche Standard, la diplomatie autrichienne "seule, sur le flanc droit", déplore Die Presse: les jugements sont sévères depuis que la coalition viennoise entre droite et extrême droite a annoncé mercredi se retirer du document élaboré par plus de 190 pays de l'ONU pour mieux gérer le phénomène migratoire.

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L'avertissement est venu vendredi du chef de l'Etat Alexander Van der Bellen qui a mis en garde contre la "perte de prestige et de crédibilité de l'Autriche sur le plan international". Le président défend le texte des Nations Unies approuvé en juillet après plus de 18 mois de négociations et qui doit être entériné lors d'un sommet à Marrakech les 10 et 11 décembre. Le gouvernement autrichien n'enverra aucun représentant à cette réunion.

Une cinquantaine d'intellectuels et artistes, dont le prix Nobel de littérature Elfriede Jelinek, ont publié une déclaration qualifiant de "honte" le retrait de l'Autriche, y voyant un pas vers "l'isolement international" alors même que le pays occupe la présidence tournante de l'UE jusqu'à la fin de l'année et accueille l'un des sièges de l'ONU.

- Le FPÖ parade -

Le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, patron du parti d'extrême droite FPÖ, affiche au contraire son triomphe, multipliant les interviews où il assure que sa formation a arraché une concession majeure. Il voit l'Autriche comme "pionnière" contre le pacte auxquels seuls les Etats-Unis, dès 2017, et la Hongrie, cet été, ont tourné le dos.

Le gouvernement autrichien partage avec Washington et Budapest une hostilité affichée à l'accueil de migrants. Cette intransigeance constitue le ciment de la coalition dirigée depuis près d'un an par Sebastian Kurz, chef des conservateurs.

M. Strache assure que d'autres gouvernements pourraient claquer la porte du pacte migratoire présenté par ses promoteurs comme le premier outil international listant des bonnes pratiques pour faire face au phénomène migratoire. Les dirigeants polonais et tchèque ont récemment fait part de leur défiance vis-à-vis du texte. Le FPÖ a également mentionné des réserves de la Croatie, du Japon, de l'Italie, de l'Australie.

Imaginé en réaction au chaos migratoire de l'année 2015 pour aider les Etats à mieux se coordonner, le document des Nations Unies traite de l'un des sujets les plus conflictuels du moment, qui alimente les populismes à travers le monde. Les formulations adoptées sont donc prudentes et le document affirme à plusieurs reprises que les Etats sont souverains dans la conduite de leur politique migratoire.

Le gouvernement autrichien justifie cependant son retrait par la défense de sa "souveraineté", craignant notamment la reconnaissance d'un "droit à la migration" et déplorant une distinction trop floue entre migration légale et illégale.

- Pacte instrumentalisé -

La coalition prétend "éviter un danger qu'elle a elle-même peint sur le mur et qui n'existe pas en réalité", désapprouve le quotidien Die Presse, généralement indulgent envers le gouvernement mais qui le taxe ici de "propagande mensongère".

De nombreux spécialistes en droit international ont confirmé que le document n'était pas contraignant pour les Etats. Plusieurs organisations de défense des droits n'y voient d'ailleurs qu'un catalogue de bonnes intentions, condamné à rester lettre morte.

Mais que le pacte "fasse l'objet d'une instrumentalisation politique était prévisible parce que la migration est une question sensible", explique Andreas Schloenhardt, professeur en droit pénal à Vienne et en Australie, spécialisé dans l'étude des réseaux de trafic de migrants.

Le FPÖ a mené ces dernières semaines une vaste campagne, notamment sur les réseaux sociaux, pour mobiliser contre le texte. La décision de l'Autriche a été applaudie par les extrêmes droites allemande AfD et française Rassemblement national (RN, ex-FN).

Déplorant "les fausses informations circulant sur internet" à propos du pacte onusien, le parti de centre droit d'Angela Merkel, la CDU, a mis en ligne vendredi une série de questions/réponses sur le contenu du texte. La Commission européenne a jugé "regrettable" la décision de Vienne.

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