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Des paillettes aux sanctions, le déclin de la Russie à Davos

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Des paillettes aux sanctions, le déclin de la Russie à Davos

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Davos sans vodka ni caviar? Si la Russie menace de boycott le grand raout de l'économie mondiale, sa présence un temps incontournable, voire tapageuse, s'est en réalité faite déjà bien plus discrète, sanctions et ralentissement économique obligent.

Organisé chaque année dans les montagnes suisses, le Forum économique mondial (WEF) a donné l'occasion à la Russie post-soviétique d'étaler devant les élites mondiales la richesse engrangée par ses oligarques avec l'apparition de l'économie de marché, puis la puissance de ses conglomérats d'Etat formés sous Vladimir Poutine, le boom pétrolier des années 2000 aidant.

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La fête semble terminée: selon le Financial Times, le magnat de l'aluminium Oleg Deripaska, le patron de la banque publique VTB Andreï Kostine le propriétaire de la société d'investissement Renova, Viktor Vekselberg auraient été priés, sous pression de Washington qui les sanctionne, de ne pas venir sabrer le champagne au prochain forum.

Ces informations ont provoqué les foudres du Premier ministre Dmitri Medvedev, qui a menacé mardi de ne pas envoyer de délégation du tout. Le WEF s'est refusé à tout commentaire.

- Deripaska, roi de la fête -

"Le forum perd le roi de ses soirées: Oleg Deripaska", s'amuse la télévision en ligne indépendante Dojd, évoquant "son amour des +after-parties+ bruyantes" et une photo du dernier forum où le milliardaire se déhanche pendant que des cosaques exécutent une danse folklorique et que le champagne Dom Pérignon "coule à flots".

Si les grandes fortunes de Russie se donnaient parfois encore en spectacle, l'étoile russe semble avoir déjà bien pâli à Davos, notamment depuis le début des sanctions occidentales contre Moscou, après l'annexion de la Crimée en 2014.

Après l'édition 2018, Pavel Baev, chercheur associé à l'Ifri, estimait que la Russie s'y trouvait "réduite à l'insignifiance", se rappelant l'époque où "les affaires russes attiraient une attention démesurée".

"Cette année, l'élite économique mondiale ne semblait s'intéresser ni aux problèmes ni aux opportunités liés à cette puissance ébranlée et génératrice de troubles", analysait-il dans l'Eurasia Daily Monitor. "Le thème principal à Davos est le futur de l'économie mondiale. Or l'économie russe stagne, est sévèrement atteinte par la corruption et manque de nouveaux moteurs".

Après la récession de 2015-2016, les perspectives de croissance sont aujourd'hui très loin du redressement des années 2000 en raison des difficultés structurelles aggravées par des sanctions occidentales toujours plus dures.

Selon l'analyste Chris Weafer, depuis la crise mondiale de 2008, "le pays a toujours été dans une forme ou une autre de crise" mais en termes de sanctions, "2018 a marqué un tournant" avec la publication par Washington d'une "liste des oligarques" menacés d'être placés sur liste noire.

Les années de grande influence russe à Davos correspondent à l'ascension fulgurante des oligarques dans les ruines de l'économie soviétique. Dans les années 90, la Russie y présente ses réformes. En 1996, les hommes d'affaires y décident de soutenir la réélection du président Boris Eltsine, en difficulté face au candidat communiste.

En 2008, la Russie sort le grand jeu avec une soirée restée dans les annales, dans une patinoire avec une armada de chefs cuisiniers et des feux d'artifice.

Vladimir Poutine, qui assure le discours d'ouverture en 2009 en tant que Premier ministre, n'y est plus apparu depuis une décennie.

- "Question d'ego" -

Malgré les tensions actuelles, l'analyste Chris Weafer, connaisseur de longue date des milieux d'affaires russes, les investisseurs du pays seront malgré tout représentés à Davos, "probablement en comité réduit". "Ne pas y aller serait un pas de plus vers l'isolement", explique-t-il à l'AFP, expliquant la menace de boycott du Premier ministre comme une volonté de montrer aux Russes que la Russie "ne se laisse pas faire".

Mi-octobre, la Russie avait d'ailleurs annoncé que la représentation officielle du pays à Davos -- la "Russia House" -- serait élargie pour la prochaine édition en janvier 2019, comme l'avait expliqué le patron de l'organisateur Alexandre Stuglev: "le projet suscite un grand intérêt du côté des représentants russes et des délégations internationales".

"L'exclusion de ces hommes d'affaires est une initiative curieuse de la part des organisateurs car Davos est un évènement privé", estime Charlie Robertson, économiste en chef de la société financière Renaissance Capital. "Cela n'aura aucun impact, c'est comme ne pas être invité à une fête. C'est une question d'ego".

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