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Asia Bibi: une semaine après sa libération, ce que l'on sait

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Asia Bibi: une semaine après sa libération, ce que l'on sait

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La Pakistanaise Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème et récemment acquittée, est libre depuis une semaine: Où se trouve-t-elle ? En a-t-elle fini avec la justice ? Peut-elle quitter le Pakistan ? Voici ce que l'on sait à ce stade.

Cette mère de famille chrétienne aujourd'hui quinquagénaire a passé huit ans dans le couloir de la mort suite à une condamnation pour blasphème. La Cour Suprême du Pakistan l'a acquittée le 31 octobre et elle a été libérée de sa prison de Multan (centre) il y a une semaine et transférée dans un endroit inconnu.

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Le verdict a provoqué la fureur des milieux religieux extrémistes du pays. Des milliers d'islamistes sont descendus dans les rues début novembre, paralysant le pays trois jours durant, jusqu'à ce qu'un accord controversé soit signé avec le gouvernement d'Imran Khan.

Les fondamentalistes réclament la pendaison de Mme Bibi et ont également appelé au meurtre des juges de la Cour suprême et à une mutinerie de l'armée.

Le sujet du blasphème est explosif au Pakistan et des accusations ont suffi dans le passé à provoquer des lynchages. La vie de Mme Bibi serait considérée comme en grave danger si elle devait rester dans le pays.

- Où se trouve Mme Bibi?

On l'ignore exactement. Selon des rumeurs, elle aurait déjà fui le Pakistan. Certaines, photos à l'appui, vont jusqu'à affirmer qu'elle aurait même rencontré le pape François. Un factcheck de l'AFP a démontré que ces photos montrent en réalité sa fille et sont vieilles de plusieurs mois.

Le gouvernement pakistanais assure pour sa part qu'elle est toujours dans le pays, en sécurité, et qu'elle ne peut quitter le pays avant une ultime étape judiciaire: une requête en révision du jugement d'acquittement.

Le ministre des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi l'a répété mercredi à Islamabad: "Nous l'avons expliqué auparavant et nous l'expliquons à nouveau. Elle n'est pas partie à l'étranger. Elle est ici. Il n'y a pas de controverse".

Quant à Imran Khan, après avoir dénoncé avec force le comportement violent des islamistes au début des manifestations, il s'est limité à appeler au respect du jugement et au dialogue inter-religieux.

- La procédure judiciaire est-elle terminée ?

Non, le verdict de la Cour suprême fait l'objet d'une requête en révision déposée par un religieux du nom de Qari Salam. Il s'agit essentiellement de vérifier si aucune erreur procédurale ou administrative n'a été commise lors du jugement.

Si ce n'est pas le cas, le verdict d'acquittement sera définitif. Selon l'avocat de Mme Bibi, Saif ul-Mulook, un nouveau coup de théâtre apparaît très peu probable.

- Où peut-elle aller ?

Aucune certitude en la matière, mais il semble que des discussions autour d'un départ à l'étranger de Mme Bibi soient en cours.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a indiqué cette semaine à l'AFP que son pays était "en discussions" avec les autorités pakistanaises pour éventuellement l'accueillir.

"Je ne veux pas me prononcer plus là-dessus parce que c'est très délicat, mais comme vous savez très bien, le Canada est un pays qui accueille", a-t-il déclaré.

Au Pakistan, le parti extrémiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), principal inspirateur des manifestations de début novembre, a fustigé cette annonce: "Nous nous opposons fermement ne serait-ce qu'à sa libération. Et c'est l'avis de millions de musulmans pakistanais", a déclaré à l'AFP son porte-parole Ijaz Ashrafi.

Tout pays accueillant Mme Bibi pourrait s'exposer à des réactions hostiles de la part des fondamentalistes pakistanais.

Plus tôt cette semaine, les Pays-Bas ont annoncé avoir rapatrié plusieurs membres de leur ambassade au Pakistan en raison de menaces persistantes d'islamistes rendus furieux par des tweets anti-islam du député néerlandais d'extrême droite Geert Wilders.

- Le Pakistan souhaite-t-il son départ ?

Oui et non. Les extrémistes continuent de manifester sporadiquement - mais pacifiquement - pour réclamer l'exécution de Mme Bibi.

Le parti TLP menace de bloquer à nouveau les rues si elle part à l'étranger.

Mais d'autres appellent au calme. Dans une lettre ouverte publiée ce week-end, un influent mufti, Rafi Usmani, plaide pour sa part pour le respect du verdict de la Cour suprême.

"Le verdict concernant la requête en révision sera définitif et doit être accepté sans réserve, conformément à la sharia", a-t-il écrit dans cette lettre publiée par le quotidien The News.

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