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Dix-huit mois ferme requis contre le "Dr Mabuse" en appel à Caen

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Une peine deux fois plus lourde a été requise mercredi en appel à Caen contre Bernard Sainz, alias “Dr Mabuse”, condamné à neuf mois ferme en 2017 pour aide au dopage dans le monde du cyclisme semi-professionnel et amateur.

“Le dopage qu’il promeut pervertit. Le sport est un peu moins le sport une fois qu’il est passé”, lance à l’audience Marc Faury, substitut du procureur général. Pour le magistrat, les pratiques du prévenu relèvent de “l’amusement d’une bande de vauriens”.

M. Faury a requis 30 mois de prison dont 12 mois avec sursis et 20.000 euros d’amende, pour aide au dopage entre mai 2007 et novembre 2010 dans le Calvados et en Ile-de-France. Le 5 septembre 2017, celui qui se présente comme un naturopathe, avait été condamné en correctionnelle à Caen à neuf mois de prison ferme et 20.000 euros.

“Je suis complètement étranger à ce trafic”, assure pourtant avec aplomb Bernard Sainz, qui comparaît détenu mais a été autorisé par la cour à venir s’exprimer à la barre. “Je suis le premier à avoir introduit la médecine douce dans le sport”, se vante le “Dr Mabuse”. Deux témoins directs et une série de témoins indirects, tous coureurs cyclistes, l’accusent avec précision d’avoir dicté des protocoles de prise notamment d’EPO, d’hormones de croissances et de testostérone.

“Il n’y a que deux accusations seulement”, de deux anciens coureurs dopés repentis, Fabien Taillefer, condamné à trois mois avec sursis en première instance, et Stéphane Belot, mort en mai 2014 à l‘âge de 30 ans, souligne le toujours très loquace et tenace Bernard Sainz.

- “Très malin” –

Les deux coureurs, avance le prévenu, ne l’ont accusé que pour obtenir la clémence de leur fédération et de la justice. Le reste n’est que “rumeur”, ajoute-t-il.

Ce n’est pas l’avis de l’avocat général pour qui ces témoignages ont du poids dans “un milieu où sévit la crainte des représailles” et où ceux qui “osent défier la loi du silence” sont rares.

“Le petit jeu du je te tiens, tu me tiens“ empêche “les langues de se délier”, poursuit M. Faury.

Et le magistrat, à travers les témoignages recueillis au cours de l’enquête de dresser le portrait d’un homme “très malin”, qui “ne veut pas prendre de risque”, passe à la fois pour un “magicien”, “un gourou” qui “essaie de rabaisser”, fait “peur” et demande “beaucoup d’argent” (“2.000 à 3.000 euros de droits d’entrée”, selon un de ces témoins). “Si il disait à un coureur de se jeter à l’eau, il le ferait”, dit un témoin cité par M. Faury.

Le prévenu, qui dit vivre d’une retraite mensuelle de 850 euros, écoute le magistrat, bras croisé, tête haute.

- “Peu porté sur la transparence” –

Usufruitier d’un manoir dans l’Orne, Bernard Sainz est “un homme assez peu porté sur la transparence” tant concernant ses compétences que les impôts, ajoute le substitut.

La compagne du prévenu a expliqué aux enquêteurs que Bernard Sainz “ne déclare rien”, qu’il n’a à sa “connaissance pas de compte en France”.

“40% des licenciés ont moins de 18 ans. Il faut les protéger” de ce “sorcier”, plaide de son côté l’avocat de la Fédération française de cyclisme Paul Mauriac, soulignant la difficulté de “faire condamner cette sorte d’anguille”.

Déjà condamné à plusieurs reprises, Bernard Sainz a par ailleurs été mis en examen et écroué en novembre 2017 pour exercice illégal de la médecine et incitation au dopage, dans le cadre d’une enquête ouverte à Paris.

La cour d’appel de Caen rendra sa décision le 27 février 2019.

Coureur cycliste amateur dans les années 1960, Bernard Sainz s’est fait connaître en devenant directeur sportif adjoint d’une équipe professionnelle dont les vedettes étaient le légendaire Raymond Poulidor et Cyrille Guimard, l’actuel sélectionneur de l‘équipe de France.

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