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En Autriche, les employeurs font les yeux doux aux réfugiés

En Autriche, les employeurs font les yeux doux aux réfugiés
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"Vous voulez travailler dans la sécurité ? Laissez votre CV !" Dans une Autriche tenante d'une ligne dure sur l’immigration, le patronat déploie ses charmes pour recruter des réfugiés alors que la pénurie de main d'oeuvre menace une économie florissante.

Organisé cette semaine à Vienne, le premier salon de l'emploi spécialement dédié aux réfugiés a attiré le gratin des employeurs locaux, du PDG des chemins de fer ÖBB à celui du géant du BTP Porr en passant par ceux de la Poste et de l'opérateur de téléphonie Telekom Austria.

Beignets, boissons, décoration soignée et gadgets gratuits: rien ou presque ne distingue ce salon de ceux proposés aux jeunes diplômés de grandes écoles.

Mais le public est tout autre: quelque 1.200 réfugiés sélectionnés par l'agence pour l'emploi AMS, originaires pour la plupart de Syrie et d'Afghanistan et arrivés dans leur grande majorité lors de la grande vague de migrants de 2015.

Surprenant à première vue dans un pays dirigé depuis un an par une coalition alliant la droite à l'extrême droite et très ferme sur l'immigration, ce salon parrainé par le gouvernement répond à un besoin pressant des employeurs.

Quelque 160.000 postes restent en effet vacants dans ce pays de 8,7 millions d'habitants où la croissance a tutoyé les 2,7% en 2018 et où le taux de chômage devrait s'établir à 4,6% cette année, après 4,9% l'an passé.

"Il y a un besoin criant de main d'oeuvre dans quasiment toutes les branches, de la production au tourisme. Notre plus grand frein à la croissance actuellement, c'est le manque de main d'oeuvre", confie à l'AFP Karlheinz Kopf, secrétaire général de l'organisation patronale WKÖ.

- "Enorme potentiel" -

Or l'Autriche compte quelque 30.000 migrants ayant obtenu l'asile mais se trouvant sans emploi, dont 10.000 âgés de moins de 25 ans, selon les statistiques officielles. "Ce sont des gens qui peuvent être formés et qui représentent un énorme potentiel", estime M. Kopf.

Le nombre d'emplois proposés au salon est vertigineux: 500 par l'ÖBB, 400 par le discounter Hofer, 350 par le groupe de distribution allemand Rewe, plus de 200 par la société de gestion d'immeubles Simacek, pour ne citer que quelques exemples.

Si beaucoup de postes offerts sont à bas salaires, la gamme de propositions est beaucoup plus vaste qu'il n'y paraît, souligne Gerhard Zummer, responsable formation chez Siemens-Autriche, où "des centaines de places" sont vacantes.

"Cela va de l'électrotechnique au cloud et à l'internet des objets. L'important pour nous est d'attirer de bons candidats. Qu'ils soient réfugiés n'a pas d'importance, on regarde leurs aptitudes et on les forme en interne", explique-t-il.

Depuis 2015, quelque 50 médecins originaires du Proche-Orient ont pu être recrutés dans des hôpitaux autrichiens après avoir fait valider leurs compétences, rappelle Johannes Kopf, le chef de l'AMS.

Mais pour les plus qualifiés, il reste souvent difficile de trouver un travail à la hauteur de leur formation initiale, comme en témoigne Sherihan, une jeune femme originaire de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie.

"J'étais professeure de mathématiques dans mon pays. Mais je ne peux pas faire valoir mon diplôme et je recherche du coup un travail administratif", explique-t-elle dans un excellent allemand.

- Offensive de l'extrême droite -

Lawand, un Syrien âgé de 18 ans arrivé de Damas il y a trois ans, rêverait d'un emploi "dans les chemins de fer ou dans un aéroport". Il n'exclut toutefois pas de suivre une formation "d'aide-soignant", un secteur en fort déficit de main d'oeuvre.

Outre les possibilités de recrutement pour la cinquantaine de grandes sociétés représentées au salon, ce dernier est aussi destiné à "sensibiliser les petites entreprises au potentiel que représentent" les réfugiés, souligne l'AMS.

"Beaucoup d'entreprises ont une certaine appréhension. Il est vrai que les six premiers mois demandent souvent un peu d'adaptation. Mais les retours après cette période sont très, très positifs. Ce sont gens jeunes et très engagés dans leur travail", relève Johannes Kopf.

L'acquisition d'un niveau correct d'allemand reste toutefois déterminante pour pouvoir entrer sur le marché du travail, s'accordent tous les acteurs du secteur.

Or l'extrême droite au gouvernement a supprimé les fonds destinés à l'apprentissage de la langue par les migrants et a interdit à ceux-ci de commencer une formation tant qu'ils n'ont pas obtenu l'asile, des dispositions critiquées par le patronat et jusqu'au sein du parti conservateur.

"On ne peut que saluer le fait (qu'avec ce salon) le gouvernement souhaite désormais faciliter l'intégration des réfugiés au monde du travail", ironise l'organisation de salariés Arbeiterkammer. "Mais il faut aussi revenir sur la suppression des subventions".

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