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Le pape promet "une lutte à tous les niveaux" contre les abus sexuels

Le pape promet "une lutte à tous les niveaux" contre les abus sexuels
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Le pape a promis dimanche "une lutte à tous les niveaux" contre les abus sexuels sur mineurs qui ne doivent plus jamais être dissimulés, clôturant un important sommet destiné à responsabiliser les évêques de la planète, au risque d'irriter les victimes.

"Aucun abus ne doit jamais être couvert, comme ce fut le cas par le passé, et sous-évalué", a déclaré François, après quatre jours d'un sommet inédit regroupant notamment 114 présidents de conférences épiscopales.

"Il s'agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la terre", a-t-il décrit en lançant "un appel pressant pour la lutte à tous niveaux contre les abus sur mineurs".

Le pape argentin a comparé les victimes d'agressions sexuelles aux "êtres humains" soumis "au sacrifice de rites païens". Et il a beaucoup insisté sur les dérives d'un clergé "devenant un instrument de Satan", une figure importante dans la mystique du pape pour parler "du mal".

Le pape a promis de "donner des directives uniformes pour l’Eglise" mais sans se soumettre à "la pression médiatique", évoquant avant tout des normes déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique.

- "Le pape fait diversion" -

Le Suisse Jean-Marie Fürbringer, présent avec un groupe de victimes sur la place Saint-Pierre, a exprimé sa déception. "Honnêtement c'est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l'Eglise", a-t-il assené.

Pour l'Italien Francesco Zanardi, "le Vatican n'est plus crédible" et "l'Eglise continue à se sentir comme une victime".

"C'est très décevant", a aussi taclé le Britannique Peter Saunders, ex-membre d'une commission anti-pédophilie du Vatican. "Il n'y a rien sur la tolérance zéro, l'exclusion définitive de violeurs d'enfants et des agresseurs sexuels employés par l'Eglise!", s'est-il insurgé.

Et de souligner, "le pape fait habilement diversion en regardant ailleurs, nous savons tous que c'est un problème global".

De fait, François a consacré un très long développement aux statistiques disponibles sur les abus sexuels perpétrés dans le monde dans toutes les sphères de la société, notamment dans les familles, les écoles et les milieux sportifs. "Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout", a insisté le pape.

L'archevêque maltais Charles Scicluna, un organisateur du sommet et grand expert juridique des abus sexuels, a jugé "légitimes" les attentes des victimes disant "comprendre leur frustration".

Mais les organisateurs n'ont cessé de répéter que des plans d'action, voire des changements législatifs, seront mis en chantier dès le lendemain du sommet.

Un "vade-mecum" spécifiant les démarches à entreprendre en cas de soupçon d'agression sexuelle sortira ainsi d'ici deux mois à l'intention des pays manquant d'experts.

Le pape souhaite aussi la création d'équipes mobiles de spécialistes pouvant aider certaines conférences épiscopales et diocèses "sans moyens", ont annoncé dimanche les ténors de la réunion devant la presse.

Ils ont en outre promis de dévoiler prochainement une législation pour enfin encadrer la lutte contre d'éventuels cas d'abus sexuels au sein de la Curie et de la Cité du Vatican, curieusement dans un vide juridique.

Durant la réunion, trois membres de la Curie ont aussi évoqué la possible levée du "secret pontifical" pour des cas avérés d'abus sexuels du clergé. Ils veulent de la transparence sur les procédures judiciaires de l'Eglise, qui entendent les victimes comme témoins puis ne les informent jamais de l'état d'avancement du dossier.

Le pape avait réclamé "du concret" dès le lancement des débats jeudi en distribuant une feuille de route en 21 points, qui ont effectivement été discutés par les 190 participants.

Mais François entendait surtout les placer devant leur "responsabilité" individuelle et collégiale face aux scandales, et prendre par le bras des épiscopats d'Asie et d'Afrique affirmant se sentir peu concernés. Ils ont en tout cas été confrontés à la rencontre directe avec des victimes livrant d'accablants témoignages.

"Ce sommet a eu une grande importance", a commenté dimanche à l'AFP le vaticaniste italien Marco Politi, expliquant que "90% des conférences épiscopales n'ont rien fait ces dernières années" malgré la demande de plans nationaux en 2011 par le pape Benoît XVI.

"Le pape veut mettre fin à une résistence passive dans l'épiscopat mondial", a-t-il résumé, mais il n'a effectivement pas dressé une liste de normes à suivre dans le monde entier.

"Il sera crucial de voir ce qui se passera dans les prochains mois. S'il n'y a pas de structures pour déposer des plaintes et des pratiques pour répondre aux besoins des victimes, alors le premier scandale qui éclatera touchera non seulement l'épiscopat local, mais aussi la crédibilité du pontificat", prévient-il.

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