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"Je ne suis pas libre": au Nicaragua, les opposants libérés expriment leurs craintes

"Je ne suis pas libre": au Nicaragua, les opposants libérés expriment leurs craintes
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Emprisonnés plusieurs mois au Nicaragua pour avoir protesté contre le président Daniel Ortega, Carlos, Yolanda et Patricia ont été relâchés avec une centaine d'autres opposants, juste avant la reprise de pourparlers entre gouvernement et opposition. Mais ils restent sous étroite surveillance.

"Préparez vous ! On vous libère", leur ont lancé mercredi matin les gardiens, quelques heures avant le début de pourparlers entre le gouvernement et l'opposition pour tenter de trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis plus de 10 mois et a fait 325 morts.

La plateforme de l'opposition avait posé comme un des préalables à la réouverture des négociations la libération de tous les opposants emprisonnés.

Pour l'heure 100 opposants, sur les 700 emprisonnés depuis avril, ont été extraits de leur cellule et conduits en autocar jusqu'à leur domicile où ils restent en résidence surveillée. Ils n'ont pas le droit de sortir, de travailler, de recevoir des visites pour certains.

"On nous a dit que nous allions être surveillés, filmés, par téléphone portable ou par des voisins", raconte à l'AFP, Yolanda Sanchez, 30 ans, dans sa petite maison du quartier de San José Oriental à Managua, dont elle n'ose franchir la porte.

"Je ne me sens pas libre du tout. Nous avons encore plus peur", explique la trentenaire, détenue pendant sept mois avec sa sœur Patricia pour avoir participé à une manifestation anti-gouvernementale. Elle a été condamnée à six ans de prison pour détention d'arme illégale et fabrication de bombes artisanales, des accusations qu'elle rejette.

Les larmes aux yeux, elle raconte comment, pendant les interrogatoires, des policières ont menacé de lui couper les mains, de lui enlever sa fille et de la violer.

"Participer à une marche civique ne fait pas de nous des délinquantes", s'indigne sa sœur Patricia, 33 ans, qui ne se sent pas non plus en sécurité chez elle.

Un policier est venu lui dire qu'elle ne pouvait pas recevoir de visites et une voiture de police est restée stationnée devant la maison des deux femmes durant la nuit après leur libération.

- "Gagner du temps" -

Patricia pense avec tristesse à ses compagnes de cellule toujours détenues à la prison pour femmes de la Esperanza, dans la banlieue de Managua. Beaucoup souffrent des mauvaises conditions de détention. Parmi elles, la Belgo-nicaraguayenne Amaya Coppens, une étudiante de 24 ans accusée de "terrorisme" par les autorités et devenue un des visages de ces opposants emprisonnés.

Selon Patricia, l'étudiante "souffre d'hypertension, d'insomnie, de maux de tête en raison de la chaleur". "Elle n'en peut plus", dit-elle.

Dans cette prison est également détenue Lucia Pineda, directrice de l'information de la chaîne 100% noticias, fermée par le gouvernement et dont le propriétaire, Miguel Mora, est également derrière les barreaux.

Carlos Silva, un joueur de basket de 43 ans, n'est pas non plus serein depuis son retour chez lui. "Je ne me sens toujours pas libre, j'ai l'impression que, désormais, ils vont me surveiller davantage (...) j'ai peur", confie-t-il à l'AFP dans sa modeste maison.

Le quadragénaire a été arrêté en août alors qu'il rentrait d'un match dans la capitale. Il raconte comment des hommes armés l'ont obligé à courir nu devant eux, alors qu'il se trouvait en détention préventive. "J'ai cru qu'ils allaient me tuer", dit-il.

Il a été condamné à deux ans de prison pour mise en danger de la vie d'autrui et blocage de route. Lui dit que son seul crime est d'avoir participé à "presque toutes les manifestations" anti-gouvernementales.

Il a passé six mois dans la prison La Modelo, dans l'est de la capitale, avec 130 autres opposants qui, raconte-t-il, sont régulièrement dénudés, insultés, frappés quand ils chantent l'hymne national, devenu le chant de ralliement contre le pouvoir.

La nourriture est aussi "très mauvaise" et provoque de nombreux problèmes de santé chez les prisonniers.

Carlos Silva dit ne pas croire à la volonté de dialogue du président Daniel Ortega, 73 ans, au pouvoir depuis 2007 et que les opposants accusent d'avoir instauré une dictature.

"C'est un dictateur, il essaie de gagner du temps".

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