DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Soudan: manifestation devant le QG de l'armée pour l'inciter à discuter d'une "transition"

Soudan: manifestation devant le QG de l'armée pour l'inciter à discuter d'une "transition"
Taille du texte Aa Aa

Des milliers de Soudanais se sont réunis lundi pour la troisième journée consécutive devant le quartier général de l'armée à Khartoum, appelant l'armée à soutenir leur mouvement de contestation et à discuter avec eux d'un "gouvernement de transition" pour remplacer le président Omar el-Béchir.

Samedi, lors d'une journée de manifestations à travers le pays, sept personnes ont été tuées et près de 2.500 arrêtées, a indiqué lundi le ministre de l'Intérieur Bushara Juma.

Rassemblés lundi devant le complexe abritant le siège de l'armée et le ministère de la Défense, non loin de la résidence du président, des milliers de manifestants ont tenté de convaincre les soldats de soutenir leur mouvement contre le gouvernement et M. Béchir.

Devant les manifestants, l'opposant Omar el-Digeir, chef du Parti du Congrès soudanais, a appelé l'armée à "engager un dialogue direct" avec l'Alliance pour le changement et la liberté, une union de partis d'opposition et de professionnels soudanais, "afin de faciliter un processus pacifique débouchant sur la formation d'un gouvernement de transition".

"Quand l'armée est là, nous n'avons pas peur", ont scandé les manifestants, faisant le V de la victoire, tandis que les forces de sécurité tentaient en vain de les disperser avec des gaz lacrymogènes.

"Les forces armées soudanaises comprennent les motifs des manifestations et ne sont pas contre les demandes et les aspirations des citoyens, mais elles ne laisseront pas le pays sombrer dans le chaos", a répondu en soirée le ministre de la Défense, le général Awad Ahmed Benawf.

"L'histoire ne le pardonnera pas si les forces armées laissent le pays perdre sa sécurité", a-t-il dit lors d'une réunion de hauts gradés, selon l'agence de presse officielle Suna.

Dans un communiqué, le général Kamal Abdelmarouf, chef d'état-major de l'armée soudanaise, a précisé que celle-ci "continuait d'obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens".

- "Protéger le peuple" -

Depuis le début du mouvement en décembre, l'armée n'a pas participé à la répression des manifestations, menée par le puissant service de renseignement (NISS) et par les forces de police anti-émeute.

Un conseil a été formé par les organisateurs de la contestation pour lancer des négociations avec les forces de sécurité et la communauté internationale, dans le but de transférer le pouvoir à un "gouvernement de transition, fidèle aux voeux de la révolution", a déclaré M. Digeir.

"Nous réitérons la demande du peuple de démission immédiate du chef du régime et de son gouvernement", a-t-il dit.

La mort de sept personnes samedi porte à 38 le nombre de contestataires tués depuis le début de la contestation selon les autorités.

Quinze personnes et 42 membres des forces de sécurité ont également été blessés samedi, selon M. Juma.

L'armée a déployé lundi des troupes autour de son QG et installé des barricades dans plusieurs rues à proximité, d'après des témoins.

Les forces de sécurité ont tenté à plusieurs reprises de disperser les personnes rassemblées pour protester, d'après des témoins.

Selon des militants sur place, l'armée a tiré en l'air à balles réelles, une information non confirmée dans l'immédiat.

L'Alliance pour le changement et la liberté a appelé l'armée à protéger les manifestants du NISS et de la police.

"Nous souhaitons que vous, jeunes officiers et soldats, vous engagiez à remplir le rôle d'une armée nationale, qui est de protéger le peuple", a-t-elle dit.

Lors de précédents rassemblements, les protestataires avaient tenté à plusieurs reprises de marcher vers des lieux symboliques du pouvoir, comme le palais présidentiel, avant de rebrousser chemin, dispersés par les gaz lacrymogènes tirés par les forces de sécurité.

- "Appel au changement" -

Déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont rapidement transformées en contestation contre M. Béchir, à la tête du pays depuis un coup d'Etat en 1989.

Le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, est confronté à une inflation de près de 70% par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Le Conseil de sécurité soudanais, un organe présidé par M. Béchir et réunissant les plus hauts responsables de l'armée et des services de sécurité, a affirmé dimanche que les demandes des protestataires "devaient être entendues".

Les manifestations de ces derniers jours ont coïncidé avec des coupures d'électricité dans tout le pays, que le ministère de l'Electricité attribue à un problème technique.

Depuis le début des contestations, M. Béchir a refusé de démissionner. Après avoir tenté de réprimer la contestation par la force, il a instauré le 22 février l'état d'urgence dans tout le pays.

La mobilisation avait depuis nettement baissé avant la journée de samedi, date marquant l'anniversaire de la révolte du 6 avril 1985, qui avait permis de renverser le régime du président Jaafar al-Nimeiri.

"Le peuple soudanais a montré une résilience remarquable face aux obstacles extraordinaires auxquels il a été confronté ces dernières années", a affirmé dimanche l'Union européenne qualifiant les rassemblements des deux derniers jours de "sans précédent".

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a pour sa part exhorté lundi le gouvernement du président Béchir à "créer un environnement propice à une solution à la situation actuelle et à la promotion d'un dialogue inclusif".

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2019 - Agence France-Presse.
+Voir plus
Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© 2019 - Agence France-Presse. Toutes les informations (texte, photo, vidéo, infographie fixe ou animée, contenu sonore ou multimédia) reproduites dans cette rubrique (ou sur cette page selon le cas) sont protégées par la législation en vigueur sur les droits de propriété intellectuelle. Par conséquent, toute reproduction, représentation, modification, traduction, exploitation commerciale ou réutilisation de quelque manière que ce soit est interdite sans l’accord préalable écrit de l’AFP, à l’exception de l’usage non commercial personnel. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des retards, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus dans le domaine des informations de presse, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations. AFP et son logo sont des marques déposées.